-■7^
FONDEMENT
de L-ARTIFICE
VNIVERSEL,
DE L’ILLVMINE'DOCTEVR
Raymond Lvlle.
Sur lequel on peut appuyer le moyen
de paruenir à 1 Encyclopédie ou-
vniuerlalité desfciences, par vn or¬
dre metliodique , beaucoup plus
prompt & vrayement pins ‘facile
qu’aucun autre , qui ioit communé¬
ment receu.
te toutfiddlemenf traduit du ffied de U IcttïCi
de Latin en François, fuiuant l'mtenîion
Fautheur^ O mis en lum'me ^Var !{. L»
fteur de l^aJ?i,Confetlley duBjjf és Batllage
^frcuo^éd'jLuaUon enBourgonj^ne,
A P A R I S ,
De l’Imprimerie ci^j^Tçrf^^kg^pe-*
, noïs, rue viej^l^:^Âppâ^X
Auec Pi'iuilege <ln koy, Sc Appro^’
mi d es f 4à. F. I
A MONSIEVR,
Monficur de Bourges,
Confeiller du Roy, &:
Treforier Payeur de
Meilleurs les Trefo-
tiers de France , à Or¬
léans.
O N s lE VR,
Les premiers ira^
UAUx doiuenî ejire
proport ionnement a leurs Jk-
jets J reconnus tes premiers :
Z^ous eftes le premier qui
najant iamais eu tauanf
cognoijjance des lettres , nj
â ij
des langues y fors celle de
Jlre merCy aueT^ tres-con-^
fiamment [ouflenu les pre¬
miers 'Violents efforts de l en-
uie mèdifance , dans le
trauail que nous auons [ap¬
porté 'vous gÿ* Ynoj y allans
à U defcouuerte de lapratU
que artificielle du Dodîeur
Raymond Lullcy mis en ou^
hly par la plus grand' part,
rejette communément du
commun des Doéîeurs : par
ce moyen auffi 'vous deues
ejlre le premier iouijjant des
premiers aduantages y eùj
honneurs que l'off're de ces
prémices 'vous procurent iu-
5
Jlement, attendu que les we-v
rites de voflre contante re -
folutionen cette eflude^font
fignalés^four eflre préférés à
tous autres , qui ojousfecon^
dent feulement et^ vous fui-
uent pas à pas : La raifon le
veut ainf y ^ mes inclina^
lions m'y portent^ quand te
vous dedie et» prefente
franchemet cette traduflion
Françoifcy faite première¬
ment pour vouSy de quelques
traifle^LatinSy concernans
fondamenîallement l artifice
du rnefme Kaymond Lulte,
que vous receurés {fil vous
plaifi) auec autant de ^^ay été
et^ d'aUegreJpiConimeie les
njous addrefje j eù» les vous
mets entre les mains auec U
fmeeritéd'vn cœur affeéîion-
né y afin fu en cefaifam nos
defirs dejfeins [oient pro-
port ionés entre vous (s^moyy
€onme il faut , 6^ fie par
njofire exemple vôiu poriiés
vos [emyiahles u ernbrajjer
cette doflüne haute &t> pro*
fondeydontaU vérité le pur
naif refiablijjement {mal
gré ïenuie la vaine arro-
gace)fera deu en ce temps aux
trauaux infatigables de ij.
années ôùj aux frec^uentes
méditations (lue t J ay fait es
7
eù>que ie continuer ay auec
fat isfaâl ion pour le bien du
public le refie de mes iours,
puis quainfi efi que cette
doéîrine par l'infaillible
'vniuerfalite de fe s préceptes,
eB enfin finale autant ayfee
facile en fa pratique,
qu elle e^ dans fon abord (à
caufe de fon abfiraiéî ) très
empe fichante àificileen fia
Théorie fipeculatiue: Or par
ce que ces chofies njous font
patentes manifefics par
mm moyen : Uous naue'^
pas befioin que ie vous en face
aucune demofiration : Mais
bie que ie vous done auù que
â iiij :
8
dans cette première impref-
fton il f'y rencontrera' vne
quantité de fautes remar¬
quables , tant d caufe de là
mauuaife impref ion latine,
faite en France eij ÀÜema^
gne, qui en efl toute remplie,
(UP que corne fidel interprète,
ieïlity'youlu du tout etitout
corriger yCnfaifant celte tra^
duôîion : d'autant cjue ie me
piis contenté de Us 'vous in*
diquer et^ faire recognoiflre
d mefure^uà liure ouueïtyie
njous ay ex^ofé déclaré
lanaipuetè de l intention de
nojlre autheur : qu d caufe
aujfi de U négligence de
t Imprimeur de cette njerfion
jrançoijey qui n a pas tou*
fiQurs efte foigneux de m' ap¬
porter les premières fueilles
défi or s qu elles ont e fié tirees
de la prejje y pour les reuoir
eùj corriger; Mais pourtant
lefpere etix me promets de
reparer hien^tofl ( Dieu ay^
danî ) toutes ces fautes , par
'Vne fécondé édition y a la¬
quelle i* adioufleray ce que
nous auons iugè njous ^
moy^ vous eflre d tous
concourants aueevous en cet
te ejlude^ très Vîile ^ necef^
faire , Ÿourperfeélwnner au
popitfle vos entendemens^
V
10
defireux de la conformité
reelle des chofes corporelles
eùjfpirituelles y Cefceque
{entreprendra' etj execH»
ray refolument ^ pour vous
îefmoigner d'autant mieux
en vofire particulier y que ie
fuis pour efre fans fin.
M 0 KSIE VR>
Voftre tres-humbic
ôcafFeûionnéferuitcur,
^ ^ ^ De Vas s Y.
Cecj ejl vne coppie tran^a^
tée fideÜement de queU
ques Lettres feeÜees du
Jeau de cirependat , emct-
nees de U Cour de Taris^
defquelles lettres qui font
efcrites en parchemin, U
teneur ejl telle.
‘Officiai de la
Gourde Paris, à
tous ceux qui
ces prefentes lettres ver¬
ront, falut en noftre Sei¬
gneur, Que tous (çaclicc
quVn h prcfcîV'r
lean de Saulme Sc de
Michel de lonchcr nos
Clercs lurcz , aulquels
nous adiüuftons vnc toy
certaine Ôc indubitable
en cecy ôc en chofe de
plus grandeimportaiicc,
6c Iclquels quant à cecy
nous auons Commis par
la teneur desprefenres en
noftreliéu 6c placera eau-
fede ceayans perfonnel-
lemêt comparu M'^ Mar¬
tin, Dodeur en Médeci¬
ne, lean Scor maiftre
es Arts, Raymond de Bi-
terne. Bachelier en Mé¬
decine, Ffcre Clcmcnt
Prieur des S-^ruiteurs de
SaiavSc Marie de Paris,
Frcre Aymé du mefmc
lieu, Pierre Bourgi-
gnon maiftre es Arcs,
Gillcraaiftreés Arcs, delà
Vallée Defpoüer. Ma¬
thieu Guidon Bachelier
es Arcs, Pierre lulien Jean
de Luncaftre Bacheliers
es Arcs. Geofroy de MeU
de. Pierre de Paris. Ber¬
trand de Frifc. Gilberç
de Normandie. . Lau rens
Defpagne. Guillaume
Deicoce. Henry de Bour-
gongne, lean Normanc
Bachelier es Arts, ôc M^
Gille, & pluficurs autres
iufqucs au nombre de
quarante verfez efdites
Içiences, ont certifié ôc
ateeftépar ferment cfians
non induits à ce par for¬
ce, par finefre,par crainte,
ou par fraude , mais de
leurs propre volonté,
ayans efté requis de
Raymond Lulle Catalô-
nois de Maiorque, qu’ils
ont entendu quelques
téps dudit Raymond
l’arc ou fçience que le
iiiefmc Raymond die
auoir fait ou inuenté , le-
quel Art ou fcience Te
cômenec en cette forte»
O Dieu auec ta grâce ^ ta
fapierjce ^ ton amour ^ Icy
commence i'Àrt href^ qui ejl
t image de t^rt qui efl inti^
îulé de cette J'orte. O Dieu
auec ta fouueraineperfeélio^
icy commence ÏÂrt dernier
(y générai
La raifon pourquoy
nous faifons cét Arc bref,
cil afin qu’on fçachc plus
facilement le grand Art:
Car fçaehant celuy cy,
r Art fufdic & auffi les au¬
tres Artsfc pôurrôt plus
facilemétapprendre, d>cc.
Et fc finift ainfi, à l’ho -
neur 6c à la louange de
Dieu 6c de Tvcilité publi¬
que, Raymond à finy ce
Liure à Pife dans le M o-
uaflercdeS. Dominique
au mois delanuier, l’an
miltroiscens fept^derin-
carnation de noflre Sei¬
gneur lefus Chrifl'; Lef-
dits Maiftres 6c tous les
autres ont aufli certifie,
comme il eft dit cydefTus,
parfermét cnlaprefence
denofdits lurez, que le¬
dit Art ou kicnce efioic
bon, viile 6c necefiaire,
félon qu’ils le pouuoicnt
examiner 6c en iuger, 6c
qu en icelle n’y auoic rien
contre la foy Catholique
ou derepugnant àladitc
foy, aiqsqu onpouuoic
crouuer plufieurs chofes
propres pour fouftenir
ladite foy, ôc qui font
pour elle dans ledit Arc
oufciencc^conameils di-
foient : Ce quia eftéfaic
ôc paffé & tefte par lefdits
Maiftres &c Bacheliers,
comme a cfté dit cydcflfus
deuant nos fufdiisClcrcs
lurcz dans la maifon ou
demeure prcfcntcmcnt
le mefme Mc Raymond
Lulle^ dans la rue de la
Bucheric de Paris, au delà
du petit Pot vers la Seine,
comme nos lurcz nous
ont rapporte de viuc
voix j A la relation def-
quelspour tcfmûignagc
de ce que deffus , nous
auons iugé le fceau de
lîoftrcdite Cour de Paris
deuoir cftre appofé aux
prefentes Lettres. Faid
lan de noftre Seigneur
mil trois cen^ neuf, lè
Mardy d’apres ro6tàut
delaFcftcde la Purific^^-
tion de la bitn lièureuft
Vierge Marie. De Ion-
cher. Le feing de lacques
du Degré Notaire Ma¬
jeur telmoins , le feing
d’Arnaulj: de S. Martin
Notaire Majeur tcfmoin,
le (eing de lacques Daui-
gnon Notaire public qui
a fidcllcmcnc tranflaté ôc
clos cette copie, à Tçauoic
le fixicfme des Calendes
de May> l’an de noftre
Seigneur mil trois cens
treize, le feing dcBcrnard
luzolle Notaire public
tcfmoin de maiorquede
ladite copie, & le (eing
de Bernard des Oliues
Notaire termoin de Ma^
iorque.
Extraiéî du Triutlege.
du Roj.
O V I s Parla grâce de
Dieu Ro^ de France
Ôc de Nauarre. A nos
araez& féaux Confeil-
1ers, les gens tenans nos Cours de
ParlemétSjBaillifsjPrcuoftSjSenef
chaux ôc tous autres nos lufticiers
^officiers qu’il appartiédra Salut.
Noftre cher & bien amé Robert
leToul fieurdt'Vairy noftre Con-
feiller en nos Baillage ô«: Preuofté
d’Auallon en Bourgongne, nousa
fait dire ôc reraouftrer, que depuis
quinze ou feize ans il auroit occu¬
pé Ton efprit à l’eftude des eferits
Latins de M. Raymond Lulle , fur
lefquels il auroit faiâ: quelques
Nôtres & Coramentairès pour
l’intelligence d'iceux , ôc faiéb plu-
lîeurs Verfions defdics eferits de
Lâùn en François en faneur de
ceux qui n*ont pas la cognoifTance
de la langue ; Lelquels œuures tâc
Latins que François, ildefircroit
faire mettre en lumière pour Ivd-
lité pü’blique ; Mais d’autant qu'il
a délia faiâ: de grands frais & def-
pences , & qu’il luy en ennuient
faire encore beaucoup d'autres a
caufe du grand nombre de figures
qu’il faut faire gîauer,& des diuers
caraaeres qu’il y faut employer:
Il craint d’eftre priué de fon labeur
par quelques Libraires & Impri-
meursjfil ne luy eft fur ce pourueu
de nos Lettres necefiaires, hum¬
blement requérant icelles : A ces
caufes ^ inclinans libéralement à la
requefte dudit expofant, Nous luy
avions permis 6c permettes par ces
prefentes , de faire imprimer 6c
mettre en lumière en telles marges
volumes ôtearaderes que bon luy
femblera. Tous 6c chacunslesli-
ures de Raymond Lulle, tant en
Latin aueclefdites nottes & Com¬
mentaires qu’en François , pour
cftreles exeraplaites qui en feront
rirez, vendus 6c diftribuez par cet^
tuy noftce Royaume , pays , terres
& Seigneuries de noftre obeiiïin-
cc : Sans qu’autre que celuy ou
ceux qui auront pouuoir de luy
puilTent imprimer ou faire imprU
mer, vendre & diftribuer lefdids
hures, conjointement ou feparé-
raent,en quelque maniéré que ce
foie, pendant le temps Si efpace de
fîx années, à peine de mil liures
•d’amencie , applicable moitié à
nous, ôc laivtre moitié audit de
Vaify, ôc de confifcatio.n detous
les exemplaires qui fe trouueront
imprimez: fans fa permiflion , en¬
core qu’ils fuifent imprimez hors
noftre Royaume , & de tous fes
defpens dommages ôc interefts,
A la charge de mettre en noftre
Biblioteque deux exemplaires de
chacun defdits liures. Voulanseii
outre, qu'en faifant infererau cô«
menceraentouà la fin de chacun
deldits liures vn extraiél de;spre-
fentes , elles foïcnl tenues pour
bien fignifiees. -Si vous mandons
& à chacun de vous endroit foy,
tres-expreflTément enjoignons par
cesprelentes, que le contenu cy-
deilus vous facicz fuiure,garder 6c
obferuer de poindl en poinél/ans
permettre y eftre contreuenu en
aucune maniéré que ce foit. Car
tel eft noftre plaifir, nonobftant
quelconques Edids, Ordonnan¬
ces , Mandements, DefFences ôC
Lettres à ce contraires. Donné à
Paris le 20. iour de Nouerobre,
l’an de grâce mil Ex cens trente-
deux, & de noftre régné le xxiij.
Par le Confeil,
Signé DVMASj
Jpprôhaîion des DoSteurs
de Sorbonne.
NOus fous (îgnez, Doreurs
en Théologie de la Faculté
de Paris, Certifions auoir exade-
menc leu la traduélion Françoifc
de quelques TraidFez de Maiftre
Raymond Lulle, confifiant en fa
LogiquCy Veut ,Art . Ow^r Cahaljîiqucy
J\j(herche duTvledmm de U Con--
veyfion d(4 Snyt au Vndicat. Et n’y
auoir rien remarqué quicontre-
uienne à la Religion Catholique
Apoftolique 6<Romaine,ains que
cohformementà la teneur du pro¬
cès verbal cy-joint ,de l’an 1505).
La doélrine y côtenuc nous a paru
trefbonne, très vtile & neccifaire,
& entièrement conforme à la Foy
Orthodoxe. Faiétce^. deDecem-
brei(j3i.
M. D O LE S. Doéleur & Pro-
feifeur en Théologie.
Fr. L. CAYON, Dodeur^:
Pf ofeiTeur en Théologie.
I
D 1 A L £ C T I QJ/ E
O V
LOGIQVE
NOVVELLE.
D E M'= RAYMOND
L V L L E.
O Dieu, aucc ta fouueraine pcrfe-
(5lion,icy commence la Logique
Bâfue & Nouüelle.
Oraifbn
A Logique eft vn
Art, par lequel le
V ray & le faux font
cognéLis enrefon-
nansjêc difeernez
en argumentant,: Dans laLo^«
A
^ Diale clique ou
gique trois chofes font confi-
derées entre les autres : c’eft à
fçauoir, le Ti rme ^ h Propo/itiorti
O- 1’ Argument. Le Terme eft la
didion fignificatiue, delaqueL
le la propofition eft compofée,
oiipeuteilre compofée; com¬
me la bonté, la grandeur &:c.
Dieu, l’Ange ôcc. luftice , Pru¬
dence, 6cc. Auariçe,Gourman-
dife &:c. Il y a deux fortes de
T ermes, C’eft à fçauoir.Z.^ com^
muti, é- 1^ ütfcret Le commun
c’eft celuy, quifignifieoupeut
fignifter pluüeurs chofes foubs
vne impofition; comme 1 hom¬
me l animal , &; femblables. Le
Difcret c’eftceluy qui lignifie
pu peut lignifier vne feule cho-
felous vne mefrne impofition;
comme lefus Ghrift, Marie,
Ôcc.Q^lquesTermes font dits
Logique nouuelie, ^
(îgnes vniuerfels, & quelques
autres font dids fignes particu¬
liers. Les lignes vnluerfelsAf-
firinatifs font, comme tout, vn
chacun, 1 vn 8c l’autre, partout
aucc mouuemenr,par tout fans
mouuement, toujours. Les
Négatifs nul, perfonnc,ny IVii
ny l’autre, iamais, nulle part,
ôc-c.Les fignes particuliers font,
commc,aLicun, quelquVnjfau-
tre, quelquefois, en quelque
lieu 8c c. Dans la propofîtion
1 vn des termes eft le fubied,
l’autre eft le prédicat, 1 autre
le lien. Le lien eft la première
perfQnne,la fécondé ou la troi-
üéfme perfonne du fîngulicr,
ou du plurier, Indicatiue expli¬
quée ou impliquée de ce verbe,
Icfuis, lu es, il eft, i ay efté. Le
febieétcft le terme, qui eft de-
A ij
4 DUU^icfue ou
nantie lien : Comme la bonté
elt vn eftant : celte bonté eit le
fubietl:ôic. Le prédicat c’ell le
terme qui ell apres le lien , & il
fe diéb du terme qui elt deuant
le lien. C’eft à fçauoir du fub-
ieél : comme la bonté ell gran¬
de, Ce terme grande, ell le pré¬
dicat. Et les lignes vniuerfels
particuliers luldits, ne font
ianuislefujedny iepredicat.
De la Tropoftion.
La Propofition ell vne
Orailon compolée de ter¬
mes , dgnifians quelque chofe
ellre ou n ellre pas : comme la
bonté ell grande, l auarice n’eft
pas bünne,la propofition elt de
CoiX lortcsjc ell a Içauoirvraye
ou fat. iTe, la proposition vraye
c au telle qui lignifie comme il
Lo^icjuc nom elle. 5
cft ; comme la luftice eft vne
verciî. La propolition faulTc
cft, celle qui lignifie autrement
qu’il n’eft , comme la bonté cil
manuaife : rjaommc n cil pas
vn eftant ôcc. La propolinon
fediden deux façons : L ’vnc
cil Cathcgorique, L’autre Hy¬
pothétique. La propoliiion
Cathegorique eft vne oraifon
en laquelle il y a vn fubieét , vn
prédicat , & vnlien : comme la
bonté cft aymable : Dieu ell
éternel : La foy ell vne grande
vertu : L auarice ell mauuaifc.
La propofition cathegorique
cft de quatre manières. C eft à
fçauoir, CvnïuerfelU , U Farticu»
Itéré , l*/ nàe^nie,dr U Singulière^
L Vniuerfelle eft celle , de la¬
quelle le fubjeél eft vn terme
commun , ioint à vnfigne vni-
K iij
6 Dialeélique ou
uerfcl, comme toute pierre cft
fenfuelle : toute puiffance eft
bonne, &:c.La propofition par¬
ticulière eft celle ^ de laquelle le
fubje£t eft vn terme commun
joint à vn ftgne particulier î
comme quelque bote eft gran¬
deur : Q^lquc vertu eft fen-
fuelle. La propofition Indé¬
finie eft celle de laquelle le fub-
jed eft yn terme commun fans
cftre joint à aucun figne:Com-
me la bonté eft puiftantejrhom
me eft créé, &c. La propofition
Singulière eft celle de laquelle
le fubjed eft vn terme difcret.
Cl] commun joint à vn pronoft
dcmonftratif. Exemple du pre¬
mier : comme , lefus Chrift eft
Dieu , l’homme Bernard eft
Efcolier. Exemple du fécond:
Cét homme eft T eologien. De
Lo^icfue nouuelle, 7
mefmc la propoficion Cathc-
gorique cft de deux {oi'tes,c’eft
à Cçauoir affirmatiiie ou nega-
tiue. L’Affirmatlueeli: celle, de
laquelle le prédicat elt oufem-
ble eilre attribué au fubjeéi’,
comme l’home elt créé , 1 hom¬
me efl raifonnable. La Nega-
tiue eft celle, de laquelle le pré¬
dicat eft feparé du fubjeét , Ou
femble eftre feparé ; comme
l’homme n’eft pas vne pierre,
l’homme n’eft pas vne plante,
Uc. Le Logicien fe fert de trois
demandes en vnepropofition,
c eftàfçauoir ce quee’ell qu elle
^eft, qu'elle elle eft, combien
grande elle eft : par ce que c’ell
il demander fçauoir li la propo-
fition eft Cathegorique , ou
hyppothetique: Par combien
grande en fa quaticé, il demade
A iiij
8 ' Dtaleâique ou
fl elle eft vniuei'felle, particu¬
lière , indefinie, ou finguliere.
Et par qu’elle en fa qualité , fi
elle eil: affirmatiue ou negatiue.
Qi^lques proportions T’accor¬
dent auec d’autres en trois fa¬
çons. En vne façon quand elles
font de mefme quantité ou
qualité ; comme fi IVne eft vni-
uerfelle,que l’autre foit vniuer-
felle, ôcc. ou fi l’vne eft affirma-
riue,que l’autre foit afErmatiue.
Et ainfi de la Negatiue. La fé¬
condé façon quand» ils ont vn
femblablefubjeét ou Prédicat:
comme la bonté eft durable , la
grandeur eft durable , ficc. Par
le troifiefme moyen quand el¬
les font femblables en fubje(ft:
fie en prédicat -..comme- la bon¬
té eft grande : la bonté n eft pas
grande : ainfi des autres.
Logique nouuelle ^
De la Comerfion,
A Conuerfion c’eft la
i vtranfpofition du fiibjeft
au Prédicat, & au rebours. Le
Logicien faidl deux conuer-
fions , IVnc eft di6te fîmple,
Tautre par accident. La fimple
conucrfion eft le changement
du fubjed au prédicat , &; au
rebours, demeurant enl’vne 6c
l’autre propofîtion , mefme
quantité 6c qualité : Comme
nulle bonté eftfujedhaylTable:
elle eftainli conuertie ; nul fub-
jéél: hay (Table elt bonté : fem-
blablement quelque bonté eft
grandeur : elle eft ainft conuer¬
tie : quelque grandeur eft bon¬
té, Par cefte conuerfion (ont
conuêJT'^-s Tvniaerfeile Ncga-
A y
XO ou
tiue> &c la particulière Affirma-
tiue : La conuerfion par acci¬
dent eft le changement du lu-
je£l: au prédicat , ôc au rebours:
en l’vneôi l’autre, mefme qua¬
lité reliante , mais la quantité
eftchâgée comme toutfenfucl
eil différent : fe conuertit quel¬
que different cft fenfuel. Sem¬
blablement nul animal eft pier¬
re: efteonuertie, quelquepier-
re n’cft pas animal , Sec. Par ce¬
lle conuerfion font conuerties
Tvnitierfelle , affirmai lue Sene-
gatiue, &: ainfieft conuertiela
particulière affirmatiuc : fem-
blablementrindcfinie Si la fin-
guhere félon leurs maniérés. Il
îie fe faiét point proprement de
conuerfion de la particulière
siegatiue : dautant que la pro**
ppluion vraye pourtoic «lire
Logique nouuelle, îï’
conuertieen faiifTe : comme û
quelque animal n’elî: pas hom¬
me: ellefeconuerciroit, quel¬
que homme n eft pas animal :
elle feroit faulTe : ôc par mcfme
moyen on peut dire des autres
femblables, d’où vient le vers
Latin
Feci fim^liciîer Cônuertitur eu4
fer acci.
Des Oppo fît ions*
D Ans les propofîtionSj qui'
.'accordent en femblable
le lujet &le predicacjibnt faites
quatre oppoflcions : C’ell à-
fçauoir Lts Loniratres , les •
tra dit'tûires les SoHhz.cont^ai-t ^ ^
& S(*hafterr.e\ Sont oppofés
par côtrarieté , iVniuerielkaf.
irrmatiue Sc rvniucrfene nèga-
tKie concordantes en fübjed^
A VJ
fï DialeSiifue ou
prédicat : comme en difanc
toute bonté eft grande , nuile
bonté eft grande, Sc amlides
autreSt' Sont contradiûoire*
ment oppoTcs l vniuerfellene-
gatiLie &C ia particulière affirma-
tiue , ou Tvniuerlelie affirma-
tiueôc la particulière negatiue,
SCC. ainfi du premier nulle bon¬
té eft grande. Quelque bonté
eft grande. Du fécond ainfi.
Toute bonté eft grande , quel¬
que bonté n eft pas grande, ôcc.
Les Subalternes font l’vniuer-
felle affirmatiue Sc la particu¬
lière affirmatiue : ou l vniuer-
{elle negatiue &c la particulière
negatiue : du premier ainfi:
Toute bonté eft grande, quel¬
que bonté eft 'grande, du fé¬
cond ainfi nulle bonté eft gran¬
de»/ quel que bonté neft pas
Logique nouuelle,
grande, &: ainfi des autres. Les
Soubzcontrairesfont la paiv
ticiiliereaffirmatiue & la par¬
ticulière negatiue. Concor¬
dai! tes en fubjea &: prédicat,
en difant ainlliqueique bonté
eft grande, quelque bonté
ncil pas grande. Et ainfi des
autres : Commeilparroift en
la figure fuiuante, &c comme
il eftdiZi de la particulière de
mefme on peut dire de i’inde-
finie & finguliere.'
Tout homme
O
O
g Les fMurnees,
<
Lcygîque muuelte,
Les extremes de lapropofi»^
tion Cathegorique font le
fubjea&lepredicar. LaCa-
îhegorique fe prend en deux
façons ;L vne cH de l'exrreme
diiioint : L autre eft de l’ex-
treme conjoint. LaCatKego-
rique eft de 1 extreme difioint
au fubjedou au prédicat, de
laquelle vne conjonaion diP
jonftiue eft mife : Comme la
bonté GU la grandeur eft
grande par foy, ôcc. ou en di-
fant ainft,rhomme eft animal
ou pierre. La Cathegorique
eft de l extreme conjoint , au
ftibjed ou au prédicat de la^
quelle eft vne eonjonélion
cppulatiue , comme , la bon^
té 6c la grandeur fontayma-
blc& t ou en: difanc ainft , îa
|9ap&#graiîde6c puiiSantô^
i6 DideBiqus ou
Ht quelc^uefois la Cathegori-
queefl de IvnSi de l’autre ex¬
trême difioint ou conioint:
Et quelquefois d vn extreme
difioint 1 autre coniomt.
La contradidion eft 1 affir¬
mation : Si ffin contredit la
négation, à vnmefme, félon
vn mefme, femblablement,
énoncées en mefme temps.
De U rnatiere de U
Trofofjtion.
IL y à trois Matières La ïja*
melle, La Contingente ,&
tBlloignée, La Naturelle c cil
celle, en laquelle le prédicat
cft deTefTence du fubjed ou
fon propre icommelhomme
cil animal : l’homme cft rifi-
ble. La matière contingente
L o^ique nouuelle. 1 7
ceft celle, en laquelle le pie-
dicat peut eftie ou n’ellre pas
fans la corruption du fubjec:
Comme l’homme eft blanc.
La matière efloignécefl celle
en laquelle le Prédicat ne
peut conuenir au fubje^l:
Comme l’homme eil afne.
Des Loix.
A Loy des Contraires
JL/ eft telle qu elles ne peu-
uent eftre en aucune matière
enfemble vrayes : toutesfois
elle peuuent, eftre faulfes eti
matière contingente. La Loy
des foubzcontraires eft celle.
Quelles ne peuuent eftre
fauftes en aucune matière : Et
peuuent eftre vrayes en ma¬
tière contingente. La Loy
i8 Diale^ique m
des contradictoires eft teîkj
quelles ne peuuent en aucune
matière enfemble efttevrayes
ou fauffes. LaLoy des Sub-aî-
ternes elt tellejque fi l’vniuer-
felle eft vraye ainfi fera la par¬
ticulière, toutesfois ilneft pas
ainfi au rebours , iinon en
vne matière naturelle ou ef-
loignée.
Dell jYofoJitionllyfothetique^
La proportion hypothé¬
tique eft l’oraifon, en la-
pquelie deux Caihegoriques
font vnies enfemble par vnc
conionCtion : Comme la
bonté eft grande , 6c lagran*-
deur eft bonne , 6cc. La pro-
pofttion hypotetique eft de
fix fortes : CopuUtiue , Dtfion*
&iue^ Codi$wnnelle^ Katkmelle^
Logique nonueUe, 19
Temporelle ^Locale, La Copu-
latiue eft l'hypothetiquc , en
laquelle il y a deux Cathego-
riques conjointes par vne cô-
jondion copulatiue , cÔTne la
bonté el't grade &: la differéte
ell concordante : &cq. La Dif**
jonétiue eft l’hy potetique, en
laquelle il y a deux Cathego-
riques conjointes parlacon-
jontion difiontiue , comme
l’homme eft Animal, ou le
Lyon eft fenfible , ôcc. La
Conditionnelle eft Thypo-
thetique , en laquelle il y a
deux Cathegoriques con-»
jointes par cefte dition , ii,
comme li la durée eft puiifan-
te, la puiflance eft durable,
ôcc. La Rationnelle eft l’hy-
pothetique, en laquelle il y a
deux Cathegoriques con.-,
20 Di ale Bique ou
ioindes parfes coniondtions,
doncques , de confequenc,
comme la Sapience eft aima¬
ble, doncques la bonté cfl
puiffônce SCC. La Temporelle
ell: l’hypothetique, en laquel¬
le il y a deux Cathegoriques
conioindes auec vn aduerbe
de temps,commcla bonté eft
grande, quand la grandeur eft
bonne, S^c. La locale eft l’hy-
potetique , en laquelle il y a
deux Cathegoriques con-
ioindesauec quelque aduer¬
be local, comme la vertu eft,
ou la iuftice eft. Sec.
A ce que la Copulatiue
foit vraye il eft requis, que les
deux Cathegoriques foicn:
vrayes , mais quand quelqu’-
vne des Cathegoriques eft
faulTc, pour lors elle eft fauf-
Logique nouueHe. ir
fc , comme en ciifant , l’hom¬
me ell Animal Sc l’homme ell
cheurej &: c'eft pourquoy il
eftdi6t, la Copuladue faulTc
en vne partie, eil toute faufTe.
A ce que ia disjondiue foie
vraye, il fuffit que quelque-
vne des Cathegoriques Toit
vraye : comme en difant, la
bonté eft vercueufe , ou bien
l’homme eft animal , &:c. Et
c’eft pourquoy il eft diél, la
di^ondiue vraye en vne par¬
tie, eft vraye en tout : M iis à
ce , que, la Diliondiue Toit
faufTe, il faut que ces deux
Cathegoriques foient fauf-
fes : comme en difant l’hom¬
me eft raifonnable, ou la pier¬
re eft animal ôcc. Pour la vé¬
rité de la conditionnelle il
eft requis, que Tantecedent
z t* Diale^ique ou
ne puifTe demeurer fans le
confequent : Comme fi tu
es homme, donc tu es vn
eftanCjpour auoirla cognoif-
fance de laquelle on confide-
re, Si l’oppofé du confequent
ne répugné à l’antccedent.
Mais pour la faufleté il cft re¬
quis, quel’antccedent puifle
demeurer fans confequent,
ce qui pourra aufli eftreveu,
en conlidcrant que roppofé
du confequent ne repugnel
l’antecedent, &:c.
Toute propoficion eftnc-
ceffaire, po/Tibledmpoffible,
ou contingente.Laneceflairc
cft celle , qui ed tellement
vraye , quelle ne peut en au¬
cune façon eftrefaufl'e: Com¬
me en difant. Dieu'eftbon,
grand &; Eternel, riiomme
Lôgtquç n ou U elle,
efl: animal &;c. La poflîble eft
celle qui peut eftreou n’cftre
pas. Comme l’homme fera
Elcolier, l’homme ne le fera
pas, &c. Mais quand cela
pourra ellre , & n’eftrc pas,
elle eh contingence : comme
il faut foüeter l’efcolier, où il
fera loüeur , Sec. rimpofTible
eft celle , qui lignifie la chofe,
qui ne peut nullement eftrc,
comme l’homme cil def-
raifonnable , l’homme n’efi:
pas Animal , ôcc.
Des Suppojîtions,
T A Suppofition eft la fi-
**^gnification d’vn Terme
pour vnc chofe vniuerfellc
ou finguliere : &: il y en a
troisdaccepeion , c’eft à fça-
14 Dîale(liqH€ OH
uoir la fiinple, la perfonnelle,
&: la matei ielle, La fimple ell:
la fignification d’vn terme
pour vne chofe vniuerfelle,
comme rhomme eft efpece.
La perfonnelle eft l’accep¬
tion, la lignification d ’vn ter¬
me pouivne chofelinguliere,
comme l'homme court. La
Materielle eft la fignification
d’vn terme pour vne chofe,
prife matériellement, comme
1 homme eft vne diction de
deuxfilabes.
Des j^mpliations,
L’Ampliation eft la ftation
ou pofition d’vn terme
commun à raifon de ladiuer-
fiié des temps dont font don¬
nées les règles fuiuantes. La
prc^xiiere
Logicjue nouudle, 25
première eft, Q^en touce
propolicion , en laquelle efl:
mis le verbe du precerit par¬
fait: ou le participe, le terme
precedent eft emplié pour ce
qniell:, ou pour ce qui a elle,
comme vnefiile Vierge a efté
putain. La fécondé réglé, en
toute propolition en laquelle
eftmis le verbe ou participe
du temps futur. Le Terme
precedent demeure pour ce
qui eft ou fera , comme le
vieillard fera enfant. La troL
fiefme réglé eft , tout terme
mis en vne propofition au
refped de ceverbe,il peut, ou
de fon participe, demeure
pour ce qu’il eft, ou peut eftre,
comme le blanc peut eftre
noir.
B
Z 6 Dialeéîique ou
De U Keflriflton.
La Redridion eft la Sta¬
tion ou pofition du terme
en vne propoficion, pour
beaucoup moins de lignifi¬
cations , que fa nature le re¬
quiert, comme , tout homme
blanc court : Tout homme
pieux , eft agréable à Dieu.
Des Predicahles eù»
Predkaments.
IL y a cinqPredicables, qui
font les cinq voix de Por¬
phyre, c’eft à fçauoir le Ge»rè,
l^Efpece, la D'tjference^ le Propre^
& l'Accident. Le Genre, eft ce
qui f’endnce de plufteurs dif¬
ferents en efpece, en la que-
. Logicjue ncuuelle. 17
ftion ce que c’eft. L’Efpece
eftj ce qui f’enonce de plu-
fieurs differents en nombre,
en Iijqueftion de la qualité.
La differance , efl ce parquoy
quelqu Vnes des chofes font
differentes des autres. Le
Propte eftce qui conuient à
l’vn &C non à l'autre , comme
il conuient à l’homme , qu’il
foit ririble,au chien qu’il puif-
fe abayer , &:c. L’accident
elt l’eftant, qui ne peut exU
fier ny par foy ny en foy.
Les Predicaments font
dix , c’eft à fçauoir Suhfiânce^
’ Quantité , , Relation^
uitiion , Fanion , Situation^
Qjtand^ Ou , Hd 'ttude.
LaSubilance,efl: ce à faquelle
proprement il conuienf d’e-
ftre 6e d’exifter par foy. La
B i)
i8 Dialeéîique oh
Q^ntité cil l’eftant, qui peut
mel’urer la fubflance. La
Qualité eft,ce. félon quoy
nous fommes clids quels :
Ladion efl l’ade, félon le¬
quel nous fommes dits Agir.
La PafTion eft, ce, félon quoÿ
nous patifTons. La Relation
eft, ce , parquoy lesquel Tvn fc
raporte à l’autre. La Situation
eft l’habitude de la chofe ft-
tuante à la chofe fituée.
Quand, eft la durée félon
la permanence de la chofe.
Où, eft l’habitude de la choi
fevbiuifianteàla choie vbiui-^
fiée. L’habitude , eft l’habi¬
tude delà chofe habituante,
à la chofe habituée. Le Pre-
dicament eft l’ordonnance
des termes félon le bas Sc le
haut , comme il paroift en la
figure luiuante.
Logique nouuelle, 29
Suhjlance,
Cor^orellcf Incorporelle,
Corps^
Jnimê, . Inanimé,,
Viuant ou Corps anime,
Senphle, Infenfihle,
Animal,
Raifonnable, Defraifon-
nahle,
►
Homme,
Chriji, Socrates, Tlatonl
B iij
30 T)idlcflicjue ou
Comme cét Arbre eft fait
dans le predicament defub-
flance, ainfi il peut eftrefaid
dans les autres predicaments:
à celle fin queleschofes ap-
paroifTent aux Sens, entant
que fuperieures ôc inferieures
en chaque predicament, affin
que par vne telle cognoiffan-
ce,rhôme puifTe mieux cher¬
cher les variétés des chofes.
De L'argumentation.
7 ’Argufnentation cfl: vn
'•^affemblage de paroles,
defquelles d’autres paroles
/’eniuiuent. Comme la bonté
cfb, donc quelque chofe eft.
L’argument efl l’Oraifon
compofeed’antecedent,& de
confequent,
Logicjue noHuelle. 31
L’argumentation à quatre
Efpeces : c’ell à fçauoir , Le
Syllogifmc 5 1 InduSlion , /’£/?-
th^mefme l' ExempU^
La preuue eft l’argument,
dans lequel la vérité eft appa¬
rente : àc peut eftre faid en
trois façons , c’eft à fçauoir
par Autheritê^pAY Raifiin meef^
/aire^ & par Demonfiration,
La Demonftration , eft la
déclaration de quelque cho-
fc incongneuë par quelque
chofe cogneuë, ou de quel¬
que choie peu congneuc
par la chofe, d’auantage con-
gneuè : peut eftre faite de
trois façons ; c’eft à fçauoir,
par ce que c eft à priory , par,
d’autant que apofteriory , &:
par equiparence. La Démon-
32» DialeÛicjue ou
ftration par ce que c’eft , c efl
quand l’effed elt demonftré
par la caufe i ou l’inferieur d>c
pofterieur parle fuperieur ou
P rieur: La demonllration par,
d’autant que, eft, quand par
1 effefl: la caufe eft demôftrée,
ou quand par l’inferieur, ou
pofterieurde fuperieur ou prL
eur eft demonftré.La démon,
ftration par equiparencc ou
efgaiite eft , quand quelque
chofe efgalement incongneu
ou efgalement moins con-
gneu: eft demonftré par legal
mieux congneu,&: celle cy eft
la meilleure & plus neceftaire
preuue que ne font pas les
deux fufdites : d’autant que
par icelle , les chofes les plus
hautes font demonftrees.
Logique nouuelle, 35
Du ^llogifme,
T E Syllogifme, eft l’argu-
-^menucion en lac^uellede
deux propoficions premifes
bien arengées en vne mode
de figure deuè's, f’ enfuit la
conclufion.
Le Sillogifme,doic auoir
en foy deux premifes &:vne
conclufion, comme en difant
ainfij.tout bon eft aymable,
toute vertu éft bonne, donc
toute vertu eft aymable, 8c
de Tes deux premifes , la pre¬
mière eft appelléc majeure,
la fécondé mineure j 8c celle
qui fuit d’elles eft appellée
conclufion.
Trois Termes font nscef-
faites pour faire le Syllogif-
B V
54 Dialeélique ou
me , dont IVn f’appelle le
moyen , lautre l’extremiEé
maieure,^»: l’autre l’extremité
mineure . Le Moyen ciï le
T erme qui eft pofé deux fois,
auant la conclufion ; fçauoir
eft vne fois en la premife
maieure , & vne fois en la
preifme mineure ; L’extre¬
mité maieur, eft le terme
qui auec le moyen faid la
première propofition. L ex¬
trémité mineure eft le terme
là qui auec le moyen faid la
fécondé propofition : lamais
le moyen, ne doit edre mis
dans la conclufion : Mais elle
doit eftre faite de l’extremité
maieure mineure. Et tou¬
tes ces chofes font patentes
ôc manifelles dans le fufdic
Sylogifme:!! eft à remarquer
Logicjuc nouuclle. ^5
Qi^il y a vne certaine conclu-
fion direde & vne autre in-
direde. La Conclufion di-
rede , eft celle, en laquelle la
plus grande extrémité f’ef-
nonce de la mineure. La
conclufion indirecte , eft cel¬
le en laquelle l’extremité mi¬
neure eft efnoncée de la
maieure.
11 eft aufti à remarquer, que
tout bon Syllogifme, doit
eftre dans vne figure, dans
vne mode. La figure eft la
deué ordonnance des termes,
eu efgard aux placements
des fubjets Sc prédicats , les
figures du Syllogifme font
trois J SC chacune d’elle à fes
niodes. La mode eft la deué
ordonnance des propofi-
tions, ayant efgard a la quany
3.^ Dialeéî/que ou
tité& qualité, dans les mo¬
des des figures Te trouuét ces
vo7ellesicy,a,e,i,o, A,efl:
1 aiîitmatiue vniuerfellej E, la
negaciue vnluerfelle , î , laf-
Ermatiue particulière, O , la
negatlue particulière, doù
vient ce vers
^ J Neg4î E^feàvnim
ner/aUferamhd.
JyNegat O^fedpaift ’i»
cuUriter amhoy
dont le fens eiftel,que l’A,
affirme , que iE, nie, mais
IVne & l’autre vniuerfelle-
lîîent ,1 î , affirme, l’O , nie,
mais I vne & l’autre par ticuli-
crement. Les conditions ge¬
nerales à toutes les Eguresi
font cinq en nombre: La pre¬
mière qu en tout Syllogifme,
quelque vne des premifes
Logique nouuelle, 5/
foit vniuerfelle : La fécondé,
qu’en tout Syllogifme quel»
qu’vne des premifes fôit affir-
matiue. La troiliefme, que fit
y à aucune des premifes qui
îbit particulière, quelacon-
clufion foit particulière; mais
non pas au rebours, La qua-
triefme, que û la conclufion
eft ncgatiue que quelquVne
des premifes foit negatiue Se
au rebours, àraifo-n dequoy
faut remarquer , que dans le
Syllogifme, des pures propo-
titions negatiues;&:pures par¬
ticulières , rien ne fenfuito
La cinquiefme , que dans au¬
cune figure, on ne mette La-
mais le moyen dans la con-
clufion.
5^ Dialeâique ou
Delà première Figure.
T A première Figure eft
‘^celle en laquelle le terme
qui eft fubjet enlapremife
maieure, eft l’attribut en la
mineure, comme en difanr,
tout bon eft vray, la durée
eft bonne, donc la. durée eft
vraye. Elle a quatre modes,
concluantes diredement , Sc
quelquefois indiredemenc
concluantes , les quatre pre¬
mières font celles qui font
fignifiées par ces didions
Bar bar A C dirent darij Ferio.
La première mode eft com-
pofée des premifes A , con¬
cluantes A, comme ainft tout
bon eft durantjtoute gradeur
eft bonne, donc toute gran¬
deur eft durable ôcc. La
Logique noîiuelle. 39
deuxiefme mode, fe faid ds
la premife maieure E , de
la mineure A, concluante l’E:
Comme , nul mal eftayma-
ble, tout vice eftmal, donc
nul vice eft aymable. La troi-
riefme mode fe faid de la ma-
ieure A, ^ de la mineure I,
concluante 11 : toute puilTam
ce eft intelligible , Dieu eft
puiftance, donc Dieu eft intel¬
ligible. Laquatriefmemode
fe faid de la maieure E , Se de
la mineure I , concluante rO,
comme nul fubjet fpirituel
eft viftble, quelque Ange eft
*^fpirituel,donc quelque Ange
n eft point vifible.
Or les cinq modes con¬
cluantes indiredement , font
celles qui font fignifiées par
ces didions , Bar dicton ,
4 O JûialeSlique o u
laiîtes dahitis fapcfmo fnfefomol
rum Baralipton , eft compofé
de la maieure A , de la mi¬
neure A , concluante I , com¬
me tout bien eft pofitif, tout
ce que Dieu faid eft bien^dôc
Dieufaidle pofitïf. cdames
eft compofé de la maieure E ,
de la mineure A,concluam
tes E; comme nul fubjet ver¬
tueux eft vicieux, toute gloire
eft vertueufei donc nul fubjec
vicieux eft gloire. Vabitu eft
compofé de la maieure A ,
delamineurel , concluantes
I, corne tout eftant ejjintel-
ligible. Quelque particulier ^
eft, eftant, donc quelque in¬
telligible eft particulier.
I^4pefm$ eft compofé de la
maieureA, &de la mineure E,
concluante O, comme toutes
Logique nouuelle, 41
chofes nouuelles plaifenc,
nulle chofe antique eft nou-
uelie J Donc quelque chofe
plaifante, n’ell point antique.
Fnfefomorum eftcompofé de
la maieure I, Se de la mineure
E , concluante O > comme
quelque homme cft feruiteur
de Dieu, nul afne eft homme,
donc quelque feruiteur de
Dieu n eft point afne. Celle
.figure a deux propres condi¬
tions. La première eft , que
dans icelle l’on conclud tou¬
tes fortes de propolitions;
fçauoir , eft l’afKrmariue &:
negatiue vniuerfelle , l’affir-
maciue &: negatiue particu¬
lière ; La fécondé, que le
moyen foie dans la maieure
fubjeft, dans la mineure at¬
tribut, ou prédicat.
42f DialeÛique ou
De la fécondé Figure,
T A fécondé Figure efi: cel¬
le J en laquelle le terme
moyen , qui eft prédicat en la
maieure, efi: prédicat en la
mineure : comme, en difant,
nul animal eft plante, toute
herbe ell plante, donc nulle
herbe efl animal, & elle a qua¬
tre modes, qui font lignifiées,
par fes diétions, effare. Came-
Jires iFeJtino U<rrroc$,. La pre^
mieremode fe faitdela ma-
ieure E , de la mineure A,
concluantes E, comme dans
leSyllogifmeauantdid. La
fécondé mode, fe faift de la
maieureA, 6c de la mineure
E, concluante E,comme tout
homme efl animal,nullepier-'
Logique nouuelie. 43
reeft animal, donc nullej)icr-
reeit homme. La croiiiefme
modes fe fai6h delamaieure
E, 8c de la mineure I, conclu¬
antes O , comme ainfi nulle
vertu eft hayfTable, quelque
vice eft haylTable, donc quel¬
que vice n’eft pas vertu. La
quatriefme, fe faid de la ma-
ieure A, ôcdela mineure O,
côcluantesOjCÔmeainfitouc
fujet ereé eft bô,le péché n’eft
pas bon, donc lepeche n eft
pas créé. Les conditions de la
fécondé figure font deux. La
première, que le moyen foie
prédicat en l’vneSc l’autre des
premifes. La fécondé, quela
maieure foit vniuerfelle,*en
quelque Syllogifme que ce
foit.
4 4 Dialeéîique ou
De U troifefme Figure.
T A troifiefme Figure eft
celle en laquelle le terme
qui ell fubjet dans la maieure,
cil fubjet dans la mineure , &c
elle a fîx modes, qui font fi-
gnifiees par ces dirions,
Darapti , FeUpîon , Dtfamü ^
Vatif)^ Bocarào^ Verifon, La
première modeefteompofée
de premifes A , concluantes
I, comme toute bonté efl:
grattde, toute bonté eft dura¬
ble, donc quelque fujet dura¬
ble eft grand. La fécondé
mode, fe fait de maieure E, &:
de la mineure A,côcluanteO,
comme ainfi, nul bien eft vi¬
cieux , tout bien eft aymable,
donc quelque aymable n*eft
pas vicieux. La troifiefme
Logique nouuelle, 45
modefe delamaieure I,
&c mineure A, concluantes I,
comme ainfi, quelque bonté
eft Eternité, toute bonté eft
grande , donc quelque grand
eft Eternité. La quatriefme
mode fe ftriét de la maieure
A, 8c mineure I, concluantes
I : comme , T out homme eft
raifonnable, quelque hom¬
me eft cordonnier, doncques
quelque cordonnier eft rai-
fonnable. La cinquiefme
mode fe faid de la maieure
0, 8c mineure A, concluante
O , comme quelque fenfible
’eft pas mortel , tout fenft-
bleeftviftble, donc quelque
viftblc ri eft pas mortel. La
fixiefme fe fait delà maieure
E , 8c mineur 1 , concluantes
O : comme , nul intelleduel
4^ Dtaleéîique ou
eft coloL'^j quelque intelle-
â:uel eftame: donc quelque
ame n’eft pas colorée, &:c.
Les conditions delà troilief-
ine figure font deux : La
première, que le moyen en
l’vne & l’autre, foitlefubjet,
Ladeuxiefme,qu'elle necon-
clud, que particulièrement.
De llnduflion,
T ’Induétion eft l’Argu-
-■—"mentation, en laquelle on
;argué des finguliers fuffi-
famment nombrez àleur vni-
uerfelle immédiate : comme
Pierre efl bon, lean eltbon,
& ainfi des autres ; donc tout
homme efi bon.
Logique nouuelle. 47
De ï Enthymefme.
L’Enthimefme eft l’argu-
mentationjcn laquelle on
arguë d ’vne feule premilTe à
la conclulion : comme , tout
homme elt animal : donc
Pierre eh animal : S>c ainfides
autres.
De lExemfle.
L’Exemple eftlargumêta-
t ion, en laquelle on arguë
d Vn particulier à quelque au¬
tre J à caufc de quelque chofe
femblable trouué en eux : co¬
rne il ell bon que Pierre férue
à üieu : donc il ell bon que
Martin ferue a Dieu. Sem¬
blablement , la grandeur eft
4 8 Dialeâique oh
aymable, donc la durée cfl
aymable : Targument tient
par cette chofe femblable
qu’il eft bon, d’autant que
tout bo n eft aymable.
Des lieux, cjjt* premièrement
dulieu duplus auxmoins^
T E Lieu du plus, efllargu-
-*^ment qui fe faid du pluj
au moins : comme Diei?
peut creerle monde : donc il
le peut conferuer, ou bien , le
Roy peut auoir cent Soldats,
donc il en peut auoir cin¬
quante : Et ce a/Ermatiue-
ment , mais negatiuement
ainfi : Le Roy ne peut fur-
prendrelecamp , doncny le
Soldat. Semblablement le
feu ne peut brufler le bois,
donc
Lo^icjue nouuelle. 49
donc nyl air: &cc. Etainfiil
paroiü do quelle forte i’hom-
mepeutaiguerpar ce lieu af-
firmatiuement, &: negatiue-
ment, comme il appert cy-
defTiJS. La condition de ce
lieu eftjque le plus&: le moins
f’accordent,en ce,enquoy il
cflargué,de 1 vn à lauire. Et
pour ce il ne f’enfuit pas»
l’homme ne peut faire vnc
pomme, doc ny le pommier:
la rajfon poiu quoy il n'a pas
lieu, parce que I homme ôclc
pommier ne f’aecordent pas
en failant des pommes, ÔC
par confequent, l’homme eft
plus que le pommier, ny au
au rebours, en ce qui eftdc
faire vnepomme, ôt ainû des
autres*
' C
5© Dialectique ou
Du beu de CEgaL
T Elieudeî’ErgaUefirargu
met, quife fait de l’efgal,
à refgal: comme l'homme eft
^compofé de corps &c d’ame,
donc la créature fenfuelle Sz
întclleduclle efl compoféc
de corps &c d’amerfemblablc-
ment en difant , le rifiblc elt
bon:donc 1 homme elt bon,
6cc. ouainfî, la bonté diuin^
cft infinie fans quantité , &c.
La condition de ce lieu elt;
que les chofes efgalcs f’accor*
dent, en ce,enquoy onarguc
de Tvn à l’autre : &pource,iI
ne fenfuit pas , Raymond elt
Médecin : donc lean elt Mé¬
decin: parce qu’il peut eftre
cocdônier^ U ainii des autres.
Logique nouuelle. 31
Du lieu du Moins.
T E lieu du moins cft lar-
^ gu ment , qui fe fait du
moins au plus ; comme ainfi,
le Cheualier peut auoir vn
cheual , donc le Roy peut
auoir vn cheual. L’homme
ne peut porter dix quintaux,
donc il n’en peut porter
vingt. L’air peut efchaulFcr,
donc le feu. Demefmeque
ce lieu procédé affirmai iue^
ment, &: negatiuement, com¬
me il elt ditjdu lieu du plus.
La condition de ce lieu eft,
que le moins & le plus,l’ac-^
cordent, en ce, dequoy , on
argue de Tvn à l’autre, & pour
ce il ne f’enfuit pas , l’Aigle
peut voler > donc l’homme
Ci;
Diaïe^icfueou
peut voler : d’autant que
l’homme U l’Aigle ne f’ac-
cordent pas dans le voler > 3e
ainh des autres.
Des Confequences,
LEs principes de la Coiï-
fequence,(ont l’Antece-
dent 5c le confequenr , 5c la
marque de la confequcncc*
L antécédent eft ce qui nc-
ceflîte qu’il fuiuc quelque
chofe par luy , Le Confe-
quenc eft celuy > qui monltrc
deuant foy vne nectflité. Là
marq IC de la confequcnce eft
dite cette conion^^ion , par le
moyen de laquelle la propo-
fitipn qui eft antécédente , 5C
celle qui çft confequente font
conjoüites,côœcionc>donc>
Logique nouuelle* 53
de confequentjSc autres fem-
blables. La confequence^eft
quelque raifonnement ,danî^
lequel eft lantecedenc Sc le
confequentjauec la marque
de la confequence : comme
en difant, laborué eft, donc
la durée eft.: Semblablemenc
la bonréeft grande, donc U
bonté eft durable: Sembla¬
blement l’homme eft, donc
le corps & l’ame font: de mef-
me l’Ange eft, donc l’intelle-
(ftueleft, SCG. Etdçlaçonfe-
quence fufditc font données
des réglés fpeciales, La pre¬
mière defquelles eft : que de
vrayes il ne ftenfuit que vray,
mais des fauftes quelquefois
yray ôefaux. Exemple : com¬
me l’homme eft afnc, donc
ü eft a^iimal , ce qui eftyray*
C iij
1
54 DiaU Clique en
te l âfne à vnc amc raifonna»
ble, ce qui eft faux. De mef-
me, tout ce qui fuitaucon-
fequent dVne bonne confe-
quence, fuit à l’antecedent.
Et tout ce qui antecede à l’an¬
tecedent, antecede au confe-
qiient. Et tout ce qui répu¬
gné au confequent , répu¬
gné à lantecedent. Dauanta-
gedelvniuerfel à fa particu¬
lière ou indefinie, qui luy eft
fubalterne , la confequence
eft bonne, 5c non au rebours,
linon en la matière naturelle
ou efloignee ; 5c de la parti¬
culière, à Ton indefinie 6c au
rebours , la confequence efl
bonne : 6c generallement de
la deffinicion au deffiny, de la
defeription au fujet d’efcric,
de l’interpretation au fujet
Lop/juf nouuelle. 55
interprété , dVn Synoniine
à vn autre Synonime.
Ues Fallaces,
Le Paralogifme efl: l’ar¬
gument , mdicant eftrc
vray , ce qui eft faux , au
rebours : &: c’cïl pourquoy
on dit paralogifme) comme
fl on vouloir dire apparent
Syllogifme. Le paralogifme
fc faid en deux façons : en
Vne façon dans la diélion > en
l’autre hors la diélioni Le pa-
ralogifmc eu efgard à la di¬
ction, fe faid en fix façons,
félon que font les falaces
dans ladidion , ceft à fça-
UO^iE^uikOcation^ ^mphtbo^
logie , Compefitien ,
Accent , ligure de diSlion : Sc
i
5^ Diakclique ou
font dites cftre datvs ta di-
6tion, par ce qucidans la di-
â:ion,8c’par la didtion, fc faic
la falace , comme il pa-»
roiftra cy defTous.
La falace de l’Equiuoca-
tion eft la déception qui pro-
uienc de ce que quelque di^
âiion fignifie par diuers ref»
pieds pluûeurs chofese,côme
celle didio fi , le chien, ligni¬
fie vnclvien qui peut abayer,
&V1Î certain poilîon marin,
&: vu certain ligne du Ciel,
ôc vn homme mordant , &:
mefchanc.
Lafalace de l'Amphibolo-
gicicft la dcception proue-
nante de ce, qirvnd mefme
Orairon,totallemenc fignihe
plufieurs chofes, comme cet¬
te Orairon,le liure du Maiflrc
jLogique nouuelle» 57
à deux fens , IVn eft le liurc
du maiilrejC’cft à dire fait par
lemaillre, & l’autre fens ell: le
liuredii maiflre, c’efl: à dire
poffedé par le maiftre.
La falace de la Compofî-
tionefl la déception proue-
nante de ce que de la multi¬
plicité potentielle de quel¬
que Oraifon, dont les di¬
rions peuuent fe coinpofcr
enfemble , dans le fens com-
poléjfont faulTes , &: dans le
fens diuiféjfont vrayes, com¬
me cette Oraifon^tout ce qui
vit , toufiours, eft, cette di-
éUon touliours , fi elle eft mi-
fe auec ce yerbe vit , elle eft
ainftvraye, que fi on la met
auec le verbe eft, elle eft ainlî
fauftedlen eft ainfi de celle cy
<out,çe quiexiftepar to^t>eiL
1
5 8 Dlaleéîlque ou
La falace de la Diui{ion,eft
la déception prouenate delà
multiplicité potentielle de
quelque Oraifon,dont les di-
âions/e peuuent diuifer les
Vne des autres^ &c dans le fens
diuiréjclle eft fauire,& dans le
comporé,elle eft vraye, com¬
me cefteOrairon,toute créa¬
ture eft fenfuellejou intelle^
éluclle, peut auoir deux fen^,
IVneft, que toute créature
£bit fenfuelle , ou bien que
toute créature foii intelle¬
ctuelle, SC ainfi elle eft faufle,
ou le fens peut eftre tel, toute
créature eft fenfuelle; ou in-
telleduelle cnfemblement,&:
ainfielle.eft vraye,
La falace de l’Accent, eft la
déception ; prouenante de ce
que quelque diction diuer-
Logique nouueüel 59
fement prononcée : fignifie
diuerfes chofes, comme cecte
diétiô J occidtti0^2iï\à la filabe
en fa penultiefme eft longue,
fignifie tuer, mais quand en
fa penukiefme filabe, elle eft
brieue, à lors elle fignifie
choir,
La fftace de la figure delà
di6tion;cft la déception, qui
fe fait de ce que quelque di-
élion eft femblable à l’autre
diftion, & fembleauoir vne
mefme forte de fignification:
mais tou:t;sfois,clle ne la pas:
comme par exemple, toute
eaue eft froide, la M ereft eaue
donc elle eft froide.
Il y a fept falaces hors la
diflion , fçauoir eft, de l’acci^
dentjfuiuant quoy,eft fimple^
ment Itgnorance dé bc Isn-
C vj
éo DîdU clique ou
che : la pétition ou demande
du principe: le confequent,
la non cauie , comme caufe :
Plulieurs interrogats comme
fl ceftok vn feul , Sc telles
falaces font appeUces,hors la
didion : car la faiace Ce fait
des propoiicions fophifti-
ques, ôc la caufe apparence fc
prend delà, part delà chofCs
^ en cecyicUes font difFeren-
tes de falaces, qui fe font dans
ladiflion , dans lefquelles ,1a
caufe apparente fe prend de
lapartdelavoixôcdidion. .
La faiace de l’accident, eft
la déception qui fe fait, de ce
que quelque chofe fi^nific
ettre iimplement,dans l’vnc
le l’autre des chofes qui efga-
lement (ont vnes, comme
L ogi(ju e no uuel'*.. 6î
& ranimai efl du genre neu¬
tre : donc l’homme^ eft du
genre neLicre,cela ne vauc,ny
ne fuit, d’autant que l’hom¬
me, &: l’animal, ne font point
lamerme chofeTimplement.
La falace, fuiuanc quoy,&:
fimplemêr,eft la deceptio qui
fefait de ce que , cequi fe dit»
fuiuant quoy:ou condition-
nément fe prend, comme,f il
eftoit di£l hmplemenc : com¬
me par exemple , Adam clt
homme mort, donc il eft
homme: Celane vaut,n’y n’a
point de fuitee , par ce qu’on
argumente deladiflion, fui-
tiant quoyià la didion fim-
plemenc.
La falace de l’ignorance de
l’Elench e » eft la deceptio qui
üefaid , de çp qu’on ,40 garde
ci DUleBique ou
pas les chofes qui font reqiii-
fes à la définition de la con-
tradidion : comme, par ex¬
emple, rhomme cft dans 1 E-
glife, SC n’efi; point en mer,
doncilefl:,ôin’cftpas.
Lafalace delà pétition ou
demande du principe, eft la
déception ,qui fe fai£l: de ce
que la mefme chofe fe prend,
pourlaprcuuedefoy mefme,
& ce , fous vn autre terme,
commie fi quelqu’vn vouloir
prouuer que l’homme lit, Sc
qu’il preuuaft, ainfi l’animal
raifonnable mortel lit , donc
l’homme lit.
La falace du confequent,
cft la déception quifefai£l: de
ce que le confequent,eft tenu
pour eftre , de mefme que
Tantecedent , corne fi 1 hom-
Logique nouuelle, 6^
ine eft , l’animal eft i donc li
l’animal eft, l’homme eft, cela
ne vaut,ny n’a point de fuite.
La falace de la non caufe,
eft la déception qui fe fai6t
de ce qu entre les premifes,
defquelles la conclufion fuir,
l’on met quelque propofitiô,
qui ne fait rien à laconclu-
lion, pour cela,elle f’ap-
pelle, non caufe.
La falace fuiuanc pîu-
fieurs interrogats , com¬
me û c’eftoit vn feul , eft vne
déception , qui fe fait de ce
qu a vn interrogat aboutif-
fant à plufteurs , fe fait vne
feule refponce : comme, par
exemple ft on demande,le
miel , &: le fiel font iis doux;
fi on refpond que non ,
donc,lemiel n’eft pas doux.
^4 Diale flique ou
fi on refpond que lî , l’on
conclura donc , le fiel eft
doux 5 &:c. par ce que tu dois
donner à pludeurs incerro-
gats diuerfes refponces.
De U Dif^uter
T A Difpute eft vne con-
-■^trarieté fpirkuelleiqui dé¬
claré par paroles la concep¬
tion qu’vn entendement à
contre vn autre.
Des Conditions de U
Difpute*
Ar ccluy qui difpute, doit
^^premièrement, auoir l’in¬
tention de cognoiftre &: ay-
îper la vérité, &: de cognoi-
itre ôcjiayriaiauffetéjôc.pour
L of^tcjue n gu uclle. 6$
cela, celuy qui difpute vrayc-
ment comme il f lut, doit ac¬
corder les chofesvrayesjcon-
gneuës, & nier les fauffes.
En fécond lieu , que des le
commancement , lo fuppofe
que IVne èc l’autre partie de
la queiüon foit polTible, c’ell
à fçauoir 1 ’afHrmatiue, &c la
negaciuc , affin que l’enten¬
dement en fa recherche, foit
libre-, 8c nullement lie.
En troifiefme lieu , que ce¬
luy qui argue prewiue^u im-
preuue,par quelque efpece
d'argumentation, en fondant
l’argumétifur quelque efpece
de demonftration.
En quatriefme lieu, qu’en¬
tre ceux qui difputent , il y
ait vne amitié commune.
66 Diale fl ou Lùg non,
affi i de relrener la contra*
riecé particulière, quils ont
à railon de ce, doue lU dif*
purent.
F I N.
:4-
; » k*t
1
f>7
LART£REF
de M^RAYMOND
L V L L E.
L’Abrégé &: Introdudion
du grand Arc.
Le Prologue»
DiEy,auec ta grâce»
ta Sapience , &- ton
Amour i Icy com¬
mence l’Arc Bref»
qui eft ri mage de T Art vni-
iicrfel,qui eft intitulé en cette
forte : O Dieu, auec ta fouue-
raine perfection , icy com¬
mence l’Art general ôc dec-;
;ïûer.
D
68 L! An href de M.
Du Prologue,
La raifon pour laquelle
nous faifons cet Art bref
elt.affin que le grand Art foie
plus facilement congneu &
entendu : Car fçaehant cét
Art cy-deuant dift, les autres
Arts 5 poiirrôt auffi facilemét
cftre congneiis &: appris. Le
fujet de cét Artjeft de refpon-
,drc de toutes fortes de quê¬
tions , fuppofé que l’on fça-
che ce qui fe did par le terme
où le mot. Et çe liure et di-
uife en treize parties , efquel-
Jes femblablement le grand
Art et diuifé. La première
partie eft de lAIphabet. La
Leçonde des Figures. La troi-
Gefme des De^ition^ jU
Ra^ymond Luile.
quatriefme, des Réglés. La
cinquiefm.e, de la Ikuation de
la Table. La fixielmc, de 1 e-
uacuation de la troiliefiTieFi-
gure.La feptierme, delà muL
tiplication de la quatrieimc
ügui'e.La hui(Sl:iefme,du mef-
lange des piincipes &: des
Réglés. La neufiefme, des
neuf fubjcts. La dixiefme, de
l’Applicadon. La vnzieimc,
des Q^ftions. La douzième,
dei’Habicuation.La treizief-
me,de la manière d’enfeigner
cét Art î Et premierenient
nous parlerons ainli de la
premierpi^ ' -
T.
- -- -H
70 L" Jrthrefde M,
De la première partie qui
efl de t Jlphahet de
cét Art.
Chapitre L
'>^0us pofons TAIphabet
en cét Art , afin que par
fon moyen nous pu i /Tiens
/aire des figures, Sc au/Ti meT
1er les principes 6c les reigles
pour chercher 8c trouuer la
vérité. Car par vne lettre qui
aplufieurs fignificationsjl’en-
tendemenc eft plus vniuerlel,
pour regarder plufieurs cho-
fes fignifiées , 6c pour faire
auflilafciçncc.
Raimond Luile, 71
Et il faut fçauotr cet Al¬
phabet par cceur , car autre¬
ment l’Artifte ne fe pourra
bien feruir de cet Arc.
yi L" /értlrefJe Aâ.
B Signifie Bonté : Difteren-
ce,rçauoir-mon: Dieu,
luftice, Auarice.
C Signifie Grandeur, Con¬
cordance, ce que C’efi:
rAnge,Prudence,Gour-
mandife.
J) Signifie Durée, Contra-
“ rieté, DequOy , le Ciel,
Force, Luxure.
E-^ Signifie PuiiFance, Prin¬
cipe, Pourquoy, L’hom¬
me, Tempérance, Su¬
perbe.
F Signifie'Sapiéce, Moyen,
Combien grand, Imagi¬
natif, Foy , Lafcheté *
ou Parefie.
G Signifie Volonté , Fin,
Quel, Senfitif, Efpe-
rance, Enuie.
'Kaimonâ Lulle» jÿ
H Signifie Vertu, Majorité,
Q^nd,Vegetatif,Cha-
rité, Cholere.
I Signifie Vérité , Egalité,
Ou , Elementatif, Pa¬
tience, Menfonge.
K Signifie Gloire,- Minori¬
té, Comment, 6^auec
quoy , Inftrumcntatif»
pieté ou Pitié, Incon¬
fiance.
7 4 L! ^rt bref de M.
De U fécondé partie quiefi
des Figures, (sr premiè¬
rement de la première,
CjH AP. 1 1.
CEile partie efldiuifée en
quatre parties i ceft à
fçauoir en quatre figures , la
première figure elt de A,cefte
ligure contient en foy neuf
principes : c’efi à fçauoir la
Bonté, la Grandeur , &:c. 8c
neuf lettres, c’eft à fçauoir, B,
C, D, E , &:c. celle figure ell
Circulaire , & ce d’autant que
le fubjed ell changé en prédi¬
cat, 8c au rebours, comme
quand on di6l , la Bonté ell
grande , ôc la grandeur cil
Lit première Figure, ^
Tredicats abfolutsf^
KaimondLuUe. 75
bonne, Scainfi des autres ; En
celle £gure l’Artifle cherche
vne naturelle conjondîon
entre le fubjet &: le prédicat,
vne diTporuion,&: vne pro¬
portion , afin qu’il puifTe
trouuer vn moyen, pour faire
la conclufioii. Car chaque
principe pris en foy,eft entiè¬
rement general j corne quand
on didjda bonté Sc la gran¬
deur, iviais quand vn princi¬
pe elb joint à vn autre . pour
lors ce principe efl fubalter-
ne, comme quarid on diét,
ba bonté grande, 6çc. Et quad
- Jfju.elque ^
vn fingulier, pour lors leprin^
cipe eh rpecialiflime,commé
quand on diél , la bonté de*
Pierre efl grande 5 &: ainft
l’entendement a l’efchelie
D V
•]6 L' Jrt bref âe M.
pour monter & defcendre dti
principe entièrement* gene¬
ral, a celuy qui n’eft pas tout
■a faift general : & de celuy
quin’e pas entièrement fpe-
cial J à celuy qui eil: tout a fait
fpecial, &: autant en peut-on
dire de l’afcenfion de celle
efchelleàfamode.
Tout ce quieft, efl impli¬
qué dâs les principes de celle
figure ; car tout ce qui ell j où
il ell bon, ou grad, &c. Com¬
me Dieu Se l’Ange , qui font
bons &c grâdsj&c.C’eil pour-
quoy tout ce qui efl, peut
cllre réduit fufdits priaei-
pes, —
Kaimond Lullel 77,
De U fécondé figure,
.fignifiée far T.
CtîAP. III. *
La fecôde figure eft nom¬
mée par T, Cefte figure
contient en foy trois trian¬
gles , 3c chafque triangle , eft-
genefalàtout.
Le premier triangle efl de
la Différence, Concordance^'
Contrariété ; dans . lefquels
tout ce <^ui eft, tombe afa fa-?
çon : Car tout ce c[ui eft, ou il
cft dans laDifference ,; Con¬
cordance, ou Contrariété i 3C
on ne peut rien trouuer hors •
ces principes. Il faut toutes-i
£ois f^auoirijue chaque a,ng,l^
7S L*JrthrefdeM,
àç ce triangle a trois efpecesr
Car il y a de la différence, en¬
tre fenfuel &c fenfuel , comme
l’ar exemple, entre vne pier¬
re, ôc vn arbre : encores entre
fenfuel &:intelle6tuel,commc
par exemple , entre le corps
^ lame. Dauantage , entre
l’inteileduel Sc l’intelleétuel,
comme entre l’ame de Dieu}
ou entre l’Ange &c l’Angej oii
entre l’Ange Dieu : ôc on
peut ainfi dire de laconcor-
tiance de contrariété en leur
maniéré. Et cefte différence
eflant entre chaque angle de
ce triangle , eft fefchelle de
remendement, par laquelle il
monte de defeend en foy,afîn
qu’il puiffe trouuervn moyen
naturel entre le fubjet, Scie
ptedkat } auec lequel moyens
R Atm ond Lu Ile. 7 ^
fl puifTe conclure , &c déclarer
la propolition , Sc autant en
peut-on dire de refchelle de
la concordance &: contrarié¬
té à leur mode.
L’autre Triangle, cfl: du
Principe, du Moyen , de la
Fin ; dans lequel tombe tout
ce qui eft : car tout ce qui eft,
où il eft dans le principe, ou
dans le moyen, ou dans la fin,
Sc on ne peut rien inuenter,
hors ces principes..
Dans l’angle du principe, la
eaufe,fignifie la caufe efficien¬
te , la materielle , la formelle^
&la finale : Mais par la quan¬
tité, SL le temps, les autres
neuf predicaments , font fi-
gnifiez , Sc les chofes qui peu-
uent eftre réduites à iceux.
Dans l’angle du moyen.
S'o L! Art bref de M •
il y a trois efpeces de moyen,
comme le moyen de conjon-
dlion, qui eft entre le(ubje6t,
gclepredicati comme quand
on did, l’homme ell animal,
car entre rhomme&l’animal,
il y a des moyens : c eft à fça-
uoirfavie &: Ton corps, fans
lefquels il ne peut eftre ani¬
mal : De plus, il y a vn moyen
de mefure, qui eft celuy qui
exifte par l’ade exiftant entre
1 ageant , l’agible : comme
lay mer entre l’ay mant Sclay-
mable. Et il y a encores va
moyen d’extremités, comme
la ligne qui eft entre deux
poin61:s,&: cet angle du moy e
eft vne efchelle generale a
Tentendement.
L’ Angle de la fin, a trois
fcees,;
'Raimond LuUe. Si
La première eil , la fin de
pnuacion , qui lignifie l’habi¬
tude priuee5&: toutes les cho-
fes qui Ibnt dans le temps
palTé : comme la mort , qui
finit la vie.
La fécondé efpece , efi: la
fin de terminaifon, qui figni-
fie les bornes , ce font deux
poinfbs , dans lefquels, la li¬
gne eft terminée , comme,
l’ay mer dans lefujetaymant,
&; faymé.
La troifiefme efpece , elf
la fin de perfeétion , qui ell la
dernierefin: comme l’hom¬
me, qui eft afin qu’il multi¬
plie fbn efpece, Se afin qu’il
congnoifte , qu’il ayme, de
qu’il fereftbuuiéne de Dieuj
ainfi des autres, 8i cet an¬
gle de ia fin , eft vnc efelieli# -
8l L'oyérthrefdeM»
generalleà rentendement.
Le troifierine Triangle, efl
de la Maiorité , Egali¬
té 5 Minorité , efl: ge¬
neral à*tout, félon fa maniéré,
car tout ce qui eft , où il ell
dans la maiorité , ou dans i’e-
galité, ou dans la minorité.
La maiorité, a trois efpeces;
La première eft, quand il y a
maiorité , entre fubftance , &
fiibftance ; comme , par ex¬
emple, la fubftance du ciel^
qui eft plus grande , que la
fubftance du feu. Lafecondc
efpece eft, lors qu’il y a majo¬
rité entre fubftance, & acci¬
dent : comme , la fubftance,
qui eft plus grande , que fa
quantité : car la fubftance
cxifte par foy, maisl’acc^
4enc>ouiiegient«
Y^aimovd Lu^e^ Sf
Latroifiefme efpece , eft
quand il y a maioritë, .entre
accident , &c accident, com¬
me l’entendre, qui eftplus.
grand que le voir, le voir;
que le courir. Et comme l’on
a dit de la majorité , de mef-
me , on peut dire,de la mino¬
rité : car elles fe rapportent
relatiuement.
L’angle derEgalité,a trois
cfpeces.
La première eft , quand les
chofes font égales fubftan^
tiellement , comme Pierre,8d
Martin , qui font efgaux en
fublfance.
La (econde espece eft, quâd
lafubftance, &: l’accident s’é-
gallent , comm<>lafubftance>
6c fa'quantité.
La troifiefme efpece eft».
quand il y a égalité entte l’ac-
s 4 L' Art bref de A4l
cidenr, laccidenti comme,
l’entendre , &: Tayiner, qui
font égaux dans lobjed :
cét angle de l’égalité j efl: vne
efchelle àl’entendementj par
laquelle il monte 6e defcend,
comme il ell: dit , és autres
triangles : &: quand l’enten¬
dement monte aux objeds
generaux , il elt general: mais
quand il defcend aux objeéls
particuliers, il eft particulier.
Cette figure de T , fert à la
première figure : car par la
différence , on diftingue en¬
tre Bonté , U. bonté: Gran¬
deur , ôcgrandeur , &:c.
Et par cette figure, join-
à la première figure , l’en¬
tendement îcquiert lafcien-
ce; & parce que cette figure
eft generale : c’ét pourquoy
l’entendement eft general.
V<almond Luite, 8/
De la troifie/me Figure.
Chap. IV.
La troifiefme figure, cfl
compofécjdela première
& feconde.CarB , qui eft en
icelle jvaiit. B, qui eft en la
première, 6c fécondé figure:
6cainfides autres lettres , el¬
le a en foy trente fix cham¬
bres , comme il appert en
icelle î chafque chambrée a
plufieurs 6c diuerfes fignifica-
tmns , par deux lettres qui
ibnt contenues en elle ,
comme la cellule B C, a plu-
fieurs 6C diuerfes fignifica-
tions par B C.Séblablement,
la cellule B D , aplufieurs &:
diuerfes fignifications par
s 6 L'o^rt bref Jf
B D,&comnie il paroift dans
lefuldit Alphabeth , il y a
deux lettres contenues en
chafque cellule , elles figni-
Bcnt léfujet 5 le prédicat,
dans lefquels , lartilie trour
lie le moyen j auec lequel le
fujed 5 5c le prédicat font cô-
joinds: comme la bonté; 5c
la grandeur , qui fontcon-
joinéles :par la concordance
5c autres femblables, auec le¬
quel moyen, l’artifle prétend
de conclurre , 5c déclarer la
proppfitiô. En cette figure, il
cft rignific,que chafqne prin-^
cipe eft attribué à chafque au--
tre principe , corne B, auquel
on attribue E D,&c. comme
il paroift en^n la figure. La
raifon de ce,eft;afin que l’en¬
tendement , auec tous ces
Raimond Lulle. 8/
principes, cognoiiTe chafque
principes , afin qu’il apporte
plufieurs raifons , pour vne
mefme conclufion,6^ de cecy
nous en voulons donner vne
exemple de la bonté, de la¬
quelle nous faifons le fujet,8i
des autres principes le prédi¬
cat.
La bonté efl: grande , la
bonté efi: durable : la bonté
eftpùifiante, la bonté eftin^
telligiblei la bonté efl ayma.
ble , la bonté eft vertueufe, la •
bonté cil vraye i la bonté eft
glorieufejla bonté eft diffe¬
rente, la bonté eft concor-
dantéilabonté eft contra¬
riante , la bonté eft princi-
piante» la bonté eft moyen-
nante, la bonté eft finiftance,
la bonté eft majoiifiante,
88 L*^rt href deiJ^.
bonté eft efgalante j la bonté
eft minorifiante. Et comme
nousauons dit de la bonté,
autant en peut-on dire des
autres principes à leur mode.
Cette figure eft grande¬
ment generale , âuec laquelle
lentendement eft grande¬
ment general , pour faire des
fciences'
La condition de cette fi^-
reeft, qu’vne cellule ne foie
pas contre vne autre : mais
qu’elles s’accordent entr elles
en ync conclufion: comme
la cellule B C, &: ainfi des au-*
très : &c auec telle condition,
l’entendement fe condition^
ne, ôc fait. la fcience.
J
Ka'imond LuIIe.
De la quatriefme
figure.
C h A P. V,
T A qiiatrierme figure a
' ‘■^trois cercles , defquels le
Ifeperieureft immobile : &:les
: deux inferieurs font mobilesj
1 comme il paroilt en la figu-
I re,Le cercle du milieu, fe rou^
Ile fous le cercle fuperieur,
i immobile^ comme par ex-
I cmple 5 quand on pofe C>
fous B.Orlecerle inferieur fe
jroule fous le cercle du mi¬
lieu, comme, quand on pofe
D , fous C , &; pour lors il fe
formeneufcellules :B C D,
^ellvne cellule, CDE,eft
^ o L* Jrt bref de
l’autre , ^ainü des autres en i
apres. Ejdu petit cercle cftant
mire fous C, du cercle du mi¬
lieu, pour lors reformeront
autres neuf cellules J BC Et
eftvne cellule: C D E'a eif
l’autre.
Et lor^ <5^ie toutes les let¬
tres du petit cercle , feront
parcourues aiiec le B,du grâd
cercle , ôt auec le C, du cercle
mitoyen 3 pour lors le C3cft:
le rhoyen entre B , ôc D 3 ce
d’autant que B,6t D , partiel--
pententr’elles3 parles figni-
.fications de C, ôc ainli des au¬
tres cellules : S>c. ainfi a la
faueur > des cellules ,
i’homme pourchalfe les
conclurions neceflaireS3& les
.trouue-,d’auantage,que ïon\
preoure ks lettre auec B , du|
B^aimonâ Lulle. 91
niefme grand cercle, ôc.auec
D,du cercle mittoyen,&: ain-
fienell-ilj des autres du cej-
clemetoyen , 6c cercle infe¬
rieur, en les changeantXe B,
du grand cercle demeuranc
immobile, jufques à ce, qu’il
. foit paruenu auéc le . jB , du
grand cercle , à l’I , du cercle
mitoyen , 6c au , K, du cercle
inferieur , 6c aind il y aura-
deux cens cinquante 4-^ux
cellules.
Cette figure eif plus gene^
ralle que la trqifielme , parce,,
qu en chafque cellule de cette
quatriefme figure , il y a trois
lettres-, mais en chai que cellu^
le delà troifiefme i il ny aque
deux lettres : c’efl pogrquoy
l’entendement , eft fait plus
general par la quatriefme,que
9 1 l^LÀvt bref de
parlatroifiefme.
La condition de la qua-
mefine figure eft, que l en¬
tendement applique les let¬
tres à fa propofition , qui
femblent plus applicables à
la propofition, ayant fait vne
cellule de trois lettres , quil
réçoiuelesfignifications des
lettres , regardant la conue-
nance, qui eft entre le fujet 8c
le prédicat i éuitant la difcon-
uenance, 8cauec cefte-cqn-
dition , l’entendement fait
lafciencc, par la quatriefrne
figure, 8c a plufieurs raifons,
pour vne mefme conclu-
fion.
Nous auons trai£lé des
quatre figures , qu'il fautfça-
uoir par cœur : fans lefquel-
Ics l’Artifte ne peut fe feruir
'P^dimoni 'Luh* 95
de ccc Axe 3 n’y prati'
<|vter.
Des Définitions , qui font
la troifiefme partie.
Chat. \L ,
Elsl cét Art les principes
font définis , afin quils
{oient cGgneuS'pax leurs ilef*
-finitlons , afin c[ue l’hom-
me fe ferue d’icenx > en affir¬
mant, ou niant , de telle fa¬
çon , que les définitions ne
demeurent point l>kflrées.
Etauec telles conditions,
Ventendement fait la icience,
êe trouue des moyens; X bri-
fe X deftruift l’ignorance,
qui eft fon ennemie.^
Eij
l!(LAYt bref de M,
La Bonté eft l’eflant , à
raifon duqueLcc qui eft bon,
ou bien , fait le bon , ou le
bien : & ainfi il eft bon qu’il
foit , ôi mauuàis > qu’il ne foie
pas.
La Grandeur, eft ce , à rai¬
fon dequoy , la bonté , la
durée, &:c. font grandes en-
cernant toutes les extremi-
tczdel’eftre,
La Durée , eft ce, à raifon
dequoy , la bonté , la gran¬
deur, Sec. durent.
La Puiftance,eft vn eftant,
à raifon dequoyi la bonté, la
grandeur, ôcc. peuuentexi-
fter &: agir.
La Sapience , eft ce , à rai¬
fon dequoy , le Sage entend.
La Volonté, eft ce, à rai¬
fon dequQyikk^niéilagran-
B^aimond Lu!h. 95
deur, &C. font defirables.
LaVenu ,ett l’ongine de
l'vnion , de la bonté , gian-
deur, &:de tous les autres
principes.
La Vérité , eRce, qmelt
vray de la bonté , grandeur.
&c. ,•
La Gloire ,eft la Deleéta-
tion mefme , en laquelle la
bonté, la grandeur, Sec. repo-
fent. ^ .
La Différence, eft ce, a rai-
fon dequoy ,la hont;€, la gran¬
deur, ôec.fontrairons claires»
&non confufes.
La Concordance, eft ce , à
raifon dequoy ,1a bonté , ôcc.
s’accordent en vn , ôc en plu-
fleurs.
La Contrariété , eft vne
pnutuelle refiftance de quel-
E iij
$6 L! A Yî bref de Kl.
ques chofes , à caufe de leurs
diiierfes fins.
Le Principe, cfl: ce qui a
fon efgard à toute chofejà
xaifon de quelque priorité.
Le Moyen , cft le fujct,
dans lequel, la fin influe à fon
principe , &: le principe re¬
flue à fa fin J Sc tient de la na^
ture de l’vn &: de l’autre,
La Fin, eft ce, cnquoylc
principe repofe.
La Majorité , eft l’image de
Mmmenfité, dclaBonté, de
la-grandeur,&c.
L’Egalité cft le fu jet, dans
lequel la fin de la Concor¬
dance, de la bonté, 8cc, repo-
fc.
LaMinorité , eft l’eftantj
iboutlffant au néant.
Nous auons parlé des défi-
Kaimond Lutte. 97
nitions des principes . qu’il
faut fçauoir par cœur : car ces
définitions ignorées , lAr:
ne peut cfire enfeigne.
De U quatriefme Partie^
quiefldesKegles.
Chai?. VU*
T EsReglesdccét Art/ont
•L|çsdix queftions genera¬
les , efquelles fe reduifen^
toutes les autres queftions,
qui pcuucnt eftre faites i SC
elles font telles , fçauoir-
mon fl il eft, ce que c eft^
quoy il eft , pourquôy il ^.
coihbien grandileft , quel il
eft> quand il eftjoù il eft>coni^
ment il eft, ac aucc quoy il
^ 8 L! A Yt hrtfde Mf
• Chacune de ces Q^ftions
àfesefpeces.
Sçaiioir mon , a trois ef--
peces jx’eft à fçauoir,la dubi-
tatiue , 1 ’affirmatiue , Sc la ne-
Çatiue.,afin que dés le cômen-
Cernent, l’entendemét fuppo-
fe, que l’vne ôc l’autre partie
cft po/Tible, ôc qu’il nefelie
pasauecle croire j qui natu-
rellemétn’eft point Ton a£te:
mais' bïen l’eateiïdre; ôc àinfi
prenne la partieyanac lai
quelle il a vn plus grand en¬
tendre: car il faut que celle-là
foitvraye. -
- que ceft , a quatre
efpecesplapnemiere cft,ladcf.
fimtiue , comme , quand on
demande ce que c’eft que Tc-
cendement-.ilfaut rerpondre,
qu’il cH lapuiiTance , à laquei-
iii II
Kaimond Luile. 99
îe il conuient proprement [
d’entendre. La fécondé efpe-
ce , eft quand on demande ce
que l’entendement a en foy
decoefTenticl ? ôc il fiut ref-
pondrCjqu ilafes corelatifs»
à fçauoir , l’intelleftif, l’intel-
ligiblCîSc l’entendre; fans lef-
quels, il ne peut eilreicar fans
eux il feroit manque 6c defe~
tlueux, indigeantjôc’oyfeux,-
de nature, de fin, de repos.
Latroifiefme efpecejefty
quand on demâde ce qucle-
ftant eft en autruy , comme
quand on demande , ce que-
l’entendement eft en autruy^
ôcilfaut refpondre , qu’il eft
bon , intelligent dans la bon¬
té , >and entendant dans
la^randeur ,j&:c. Stieltgram-
jnairi^ dans la g^îammane t
ioo L*Jn%tefde M.
6c logicien dans la logique,
dans la rechorique, rethori-
cien,6cc.
La quatnefme efpece, eft,
quand on demande-, ce que
1 eflanc a en autruy , comme,
quand on dit;cc que l’enten¬
dement a en autruy? il faut
refpondre qu’il a dans la feiê-
ce , l’en tendre,&: dans la foy,
le croire.
La réglé Dequoy, a trois'
cfpeces.
La premiere,c eft la primL
tiue 5 comme ,* quand on ditj^
l’entendement, dequoy
& il faut refpondre, qu’il eft<
de foy mefme,par ce qu’il ne
tire pas fon origine de quel^
que autre , naturellement.,
La féconde efpecéii’
^^und on demande
KaltnondLuüe, î<0l
lement dequoy eft leftant»
comme, quand on demande,
dequoy elt l’cntendement?ôi
il faut refpcmdre , qu’il eft de
faforme,&:defa matière fpC-
cifiées,aueclefqueUes , ila Vtl
entendre fpccifié.
La troifiefme efpece , elt,
quand on demande à qui ap¬
partient leftant poffefliue-
ment ? comme quand on de¬
mande, à qui appartient Ten-
tendement ? Si d faut refpom
-edre , que c eft à l’homme , co¬
rne la partie a fon tout , 6c le
theual a fon maiftre, ^
La quatriefme réglé, c*eft
à fçauoir pourquoy , a deux
crpeces , c eft à fçauoir la
inellé,'6£la6nale. ‘
La formelle,quànd on de¬
mande , reftant, pouiquoy
É vj
X02. /irt hrej' de}Ai
. eft - il ? comme, quand on de¬
mande, rentendementjpour-
..quoy eftdl î &:.il fauc reipon-
parce qu’il#^ de fa ma¬
tière 5 '6c de fa forme fpeci-
, fiées, aueç lerqiielles , il a fon
entendre fpecifié,&: auec lef-
quelks il agid , félon fon eC
pece. La fécondé efpece
xll: à 1 efgard de fa fin, comme
quafid on demande, pour-
quoy eft l’entendement? Sc
ilfaut refpon dre , afin que les
Q^hjeds foient infelfigibles,
^afin .-qu’on puifTe auoir la
cognoiffance fcieniifique des
cho, fesf
V La cinquiefme réglé , trai¬
te de. \a quantité , fic elle a
deuxefpeces: la premiere.ef|^
quafid on traide delà quanti¬
té continué : comme, quan4
Raimorid Luüe* . 103
' on dit, combien grand eft Tê-.
rendement : &c il faut refpon-
dre,qu’ilefl aufli grand , qu’il
le peut êftre , par fa quantité
fpirituelle ; car ; il, n’eft pas
grand pondiiellènient, ou li-
nealement. La fécondé efpe-
ce eft , quand on parle de la
quantité difcontinué , où dif-
crete,comme , qùand on dit,
combien grand efl: l’entende¬
ment ? ôc il faut refpondre,
qu’il eft aütât grand que font
fes corrélatifs , dans Icfquels,
fon elTence eft diffufe, & four
ftenuè : c’eft à fçauoir, l’intelr
ieélif, l’intelligible , & l’enté-
dre auec lefquels il eft theorb
cien,&: praticien , general Sç
partieufter* t n ' :n
LadSjxiefme réglé , ; eft de
la qualité i ic a
Îd4 bref de M.
'peces : première eft, quand
on demande , qu’elle efl: la
propre & première qualité de
l’entendement ? &: il faut ref-
pondre,que c’eft l’intelligi-
l>ilité , auec laquelle il ell ha¬
bitué. Or l’entendre extrin-
feque , eft la propriété fécon¬
dé, &, plus elloignee , auec la¬
quelle , ce mefme entende¬
ment entend, l’homme, ou lé
lyon, 8cc. Duquel l’entendre
intrinfeque U. fubhantiel , du
mefme entendement eft ha¬
bitué. Et femblàblement , de
intelligible extrinfeqüe.
La féconde efpece eft, quad
on demâde, qu’elle eft la qua¬
rte appropriée de l’entende*
ment ? ôc il faut réffK>ndrc>
eft létMre , où le dou-
^ le fef pofcï î
B^aimond Lulle^ ïof
a£tes ne conuiennent pas
proprement a rentendemccî
mais l’entendre.
La feptierme réglé , trai6te
du temps, ôca quinze efpeces,
comme il paroift dansle grâd
Art, lignifiées par les lettres
CD K. Mais parce que céc
Art efi Bref, cefi: pourquoy
nous traiûôsenpeude mots
cette regle,comme quand on
demande par quel moyen'
l’entendement eft dans le
temps , veu qu’il n’eft , ny de
poinébs, ny de lignes : à quoy
il faut refpondre , querentê-^
demient , efi: dans le temps,
foccelTiuement par le moyen
du mouuemêt du corps , auec '
kqudileft conjoinâ:. *
La regîe',
lieu , ^ L
ïo6 H bref de A4 .
e.fpeces , fîgnifiées parles ré¬
glés C D K, comme il paroifl
dans le grand Art , comme,
quand on demande, où elî
lentendement , à ce , il faut
l)riefuement refpondre, qu’il
eft dans lefujet, dans lequel il
eft, comme la partie dans fon
tout , non pas enfermé , mais
diffus en iceluy: car l’emen-
dement n’a'pas vne elTence
compofée de poin61:s , de li4-
gnes 5 ny de fuperficie.
Kjcontient deux réglés, c eft
à fçauoir la réglé demodalité,{
& la réglé d’inftrumentalfté. it
La réglé de modalité a qua- j
tre efpeces,comme quand on
demande. Comment eft ren-*
tcndement , & cpmtnent eft
la pârtie ? ôc la partie dans la
la partie dâs le te)ut, ;
V^aimond Luüe, lO;;^
8^: le tout dans fes parties, &:
comment le tout met horsde
foy fareffeinblance ? A quoy
il faut refpôdre qu’il eft fubie-
ftiuement , par le moyen par
lequel il eft defduit par les ef-
peees cy-deuant diètes j il
entend de la forte qu il a , en
trouuant le moyen qui eft en¬
tre le fubjet &c le predicat,qui
eft defigné dans les figures,
eni multipliant les efpeces
eftrâgeres abftraiètes du fensî
SC de l’imagination, Sc chara-
fterizées , Sc entendîtes dans
fon propre intelligible.
La fécondé réglé de K a
quatre efpeces , c’eft à fçauoir
quand on demande , l’enten^
dement auec quoy eft-il » St
auec quoy eft la partie dans la
JO 8 V Jyî hrefde M,
partie , & les parties dans le
tout , ôc le tout dans fes par¬
ties , auec quoy il met hors
de foy fa relTemblance ? A
quoy il faut refpondrcj quil
cfl auec fes corrélatifs , fans,
lefquels il ne peut eftte ny en¬
tendre i car il en tend auec fes
efpeces eftrangeves , defquel-
les il fait Yû mftrument pour
entendre.
Nous auons parlé des
gles , auec lefqueUes fenten^
dement refout les queftions,
en les conduifant par les ré¬
glés , en regardant ce que la
réglé lignifie, & fes efpeces,
en conduifant fuhjediue^
ment la queftion par les
principes &: par les réglés,
i’«ntendcmentfe reprefentat
B^dimond LuUe. 109
par forme d objec la queftion
doiiteufe auec les définitions
des principes, choifilfant,en~
tendant raffirmatiue , ou la
negatiue intelligiblement, &c
que l’entendemct foit feparé
du doubte.
De la cmqtiiefme partie,
qui eji la Table.
CnAP. Vllli
C Eftc Table cft le fubje£^
dans lequel l’entende¬
ment fe fai61: vniuerfel , ce
cFautant qu’il entend & ab-
ih-aiâ: de lüy plufieurs partU
culiers de toutes lés matières,
difcourant les principes par
lesfubje^^s particuliers obje-
Il O L' Àrthref de M.
^biuementj appliquant à chaf-*
que queftion vingt raifons,
en déclarant hvquell:ionj& en
tire vne raifon de chaque cel¬
lule de celle colonne.
La Table a fept colonnes
comme il paroill-, dans lef-
quelles font impliquées qua¬
tre vingtSjôe quatre colonnes
expliquées dans le grand Art.
En celle Table le T lignifie,
que les lettres qui font deuat
le T font de la première figu¬
re, & celles qui sot apres font
de la fécondé figure : ,
Par la mcfme Table Jen-
tendement eû rendu capable
de monter & defcendre: de
monter, par ce qu’il monte
aux chofes prieures & plus
generales:5c defcendre, parce
qu’il defeend aux chofes po-
JJ Avthref àe M» m
fterieures de particulières.
Dauantage, il eft rendu ca¬
pable d’vnir de conjoindre,
par ce (]^u’il vnit les colon¬
nes , comme la colonne B
C D , eft jointe auec la co¬
lonne C D E , ainft des
autres.
D e la fîxiefme partie y qui
ejl teuacuation de U
îYoiJieJme figure*
C H A P. I X.
D Ans la troifiefme figu¬
re, l’entendeméteuacue
les cellules, d’autant qu’il ab-
ûrait d’elles, autât qu’il peur,
receuât de chaque cellule les
ITi L' Jrthrefde Ml
chofes que les lettres figni-
fient, afin qu’il applique ces
fignifications à la propofitiô,
^ ainfi il fe faid applicatif,
inueftigatif , &: inucntif , Se
de ce nous dônerofis l’exem¬
ple d’vne cellule ; & comme
il f’enfuit de celle-là, ainfi il
f’enfuiura des autres.
L’entendemét puife dou2e
propofitions de la Cellule»
B C , en difant ainfi : La bôté
eft grande, la bonté eft diffe¬
rente , la bonté eft concor¬
dante. Lagrandeur eft bône^
la grandeur eft differente, la
grandeur eft concordante.La
différence eft bonne, la diffé¬
rence eft grandeda différence
eft concordante. La concor-*
dance eft bône , &: la concor-*
dance eft grande, laconeor-
Raimond Luile, ïlj
dance eft differente,. Ayant
fait ces douze propofuions
en changeant le fujet en pré¬
dicat, de au rebours, la cellule
eft ainfi euacuée de ces pro-
polirions.
Et en apres il faut qu’il Tc-
uacuè de douze moyens *, 6c
Rappellent moyens , par ce
qu’ils font entre le fubjet & le
prédicat , auec lefquels ils cô-
uiennent en genre ou en ef-
pece, 8c auec ces moy ens,l’é-
rendement fe fait difputatif,
8c déterminatif.
Et ayant fait ladite euacua-
don : il faut que l’entende¬
ment euacuë cette mefme
cellulede 14. queftions,d au¬
tant qu’en chafque propofi-
tion,il y a deux queldons im-
pliquéessôc ce > de la forte *. la
II4 L'JrthefdeM,
bonté eft grande , fçauoir-
eft differente: ce que c eft que
la bonté differente i la bonté
elf concordantejfçauoir-mô,
fi la bonté eft concordante,
ce que c’eft, que la bonté co-
cordante.La grandeur eft bo-
ne , fçauoir-mon , fi la. gran¬
deur eft bonne , ce que c eft
que la grandeur bonne. La
grandeur eft differente , fça-
uoir-mon ; fila grandeur eft
differente , ce que c eft que la
grandeur differente. La gran¬
deur eft concordânte,fçauoir
mon i fila grandeur eft con¬
cordante, ce que c eft que la
grandeur concordante. La
^ diffe-
mon , fi la bonté eltgrandej
ce que ceft , que la bonté
grande. La bonté eft differen¬
te , fcauoir - mon ; fi la bonté
'Raimond Luile. irj
differenc-e eft bonne , fya*
uoir-uion fi la différence cjft
bonne , ce que c’elf que la
differeiïce bonne. La diffé¬
rence eft grande, fçauoir-
inon fl la différence eft gran¬
de , ce que c’eft que la diffé¬
rence grande. La différence
cft concordâtes fçauoir-mon
fi la différence eft concor¬
dante , ce que c’eft queia dif¬
férence concordante. La
concordance eft bonne , fça-
uoir-mon ft la concordance
eft bonne , ce que c’eft que la
concordance bonne, La con¬
cordance eft grande, fçauoir-
mon fi la concordance eft
grande , ce que c’eft queia
concordance grande. La con¬
cordance eft differente, fça-
uoir-xnon ^ fi la concordance
F
Ii6 iJJrîhrefâeM.
eftciifferente,cequeceftque |
la concordance differente.
Cette éuacuation des que-
ftiôs eftant faite, il faut à lors
que l’entendement euacue la
qçUule auec les deffinitiôs de
!a tonte &: de la grandeur ,
auec les trois eipeces de la-
différence concordance,
comme ilparoiff en la fécon¬
dé figure.
De là en apres il faut qu il
cuacuë la cellule auec les trois
efpeces delaregle B , Se auec
les quatre efpeces de la réglé
C , 6e ayant acheué celle eua-
cuation,lentendemét refoule
lesqueftionscy-deffus dides
en celle mefme euacuation,
fuiuant les conditions de la
cellule,en affirmant ou niant,
&ainfi l’entendement chaffe
Raymond Lui! e, jiy
les doiMcsiSc deaieureen icel¬
le en eftat de repos 3c d’alTeu-
rance : Sc aufli il fe cognoift
fort general 3c rendu artifi¬
ciel ôc habitué d ’vne grande
fcienee.
De la mnliipUcation de U
quatriefme figtire^ fepî-
ie [me partie.
Ch AP.. 'X. ■
La multiplication de la
quatriefme figure confi¬
ée en ce , c’eft à fçauoir que là
première cellule B CD, en
la quatriefme figure ou table,
lignifie que E,a vne côdition
auec C , 3c vne autre auec D ,
ôeC, à vne conhhion auec
B a 3c vne autre auec
Fij
iiB l^oyérthrefdet^*
ÔcD,avne condition auec B,
&; vne auec C : ainfi il y a
en celle cellule fix conditiôs,
auec lef(^uelles l entendemét
fe conditionne Sc fe difpofe a
fureter, Sc trouuer, ôcobie-
der, de prouuer , &: détermi¬
ner.
Apres ces fix conditions,
rentendement ac<]^uiert lix
autres conditions , roulant le
petit cercle, mettant fon E
fous le C,du cercle mitoyen,
fous lecjuel eftoit fon D , 6c
par ce que la cellule eft chan¬
gée, c’ell pourquoy fes con¬
ditions font châgées,ôc com¬
me l'entendement f habitue
de quinze conditions, & ainfi
parles autres cellules, en mul-
‘tipliant les colonnes de les
xoullant. Les conditions que
Kaimond Luile. //y
l’entendement multiplie par
ce moyen font difficiles à nô-
brer ; car de chaque cellule
l’entendement peut ainfi eua-
cuer trente propofitions , &
nonante queftions : comme
delà cellule B, C > de la troi»
(iefmefigure,il y a dou2epro
pofitions & vingtquatre que¬
ftions, 8c en ce pas l’entende¬
ment fe cognoiftgrandemét
general & rendu artificiel par
deffijs vn autre entende¬
ment qui ignore cet art en le
eottduifam U rangeant, a pUt-
fieurs inconucniens 8c chofe^
impoffibles, 8c par ainfi le
fophifte ne peut demeurer
ferme en prefence d’vn tel
entendement, d’autant que
rentendement d’vntelArti-
fte de cet an , fe fert des con-
ilO L Art kefde M.
ditions primiciues &: naturel¬
les , &: le Sophifte des fécon¬
dés, bi confiderées hors h na¬
ture, corne il paroilf au grand
Art.
De U h tiiSltefme partie , qui
ejl dumeflange desprm^
cipes des réglés,
. Chap. Xl--
En celle partie l’entende*
mentmeae vn principe
aücc faüüre , parcourant cha¬
que principe par toutes les
efpecesdes réglés , Se parva
teldïfcours 1 entendement a
la cognoilfanex de chaque
prmcipe, 6c au un t de fois
qu’il le mefte en difcourant.
Kaimond Lulle, izi
autant de fois a-il vne diffe¬
rente cognoiffince d’iceluyj
J&: qui pourroit nombrer au¬
tant de moyens que lenten-
demententrouue pour con¬
clure, en euaCLiant ce meflan-
ge, comme en eua'cuant la
cellule B C , comme il eft dit
cy-deffus. Ce meflangeeltle
centre 6c le fondement pour
trouuer plufieurs propor¬
tions 6c queftions, 6c les con¬
ditions des matières 6c folu-
tions, 6c auffi objeûiôs j mais
nous lailTons à vn entende¬
ment bien regardant au de¬
dans , à en donner des exem¬
ples à caufe de la briefuetéjôc
par ce qu’auffi le moyen du
meilangei^ eft déclaré 6c ex-
amplifié dans le grand Art.
Dauantage,cc meflange eft
F iiij
lit V Art bref de A4.
lefujec&ile refuge delardlfe
de cet arc, afin qu’il trouue ea
îceltiy ce qu’il voudra pour
prouuer : car f’il a befôin de
quelque chofe qui Toit du gé*
re de bonté , qu’il difcoure
cefte bonté par tous les prin¬
cipes & les réglés , &: trouue
d’elle tout ce qu’il en aura
voulu entendre, ôc comme
nousauons diét de la bonté,
de mefme on peut dire des
autres principes. Ceineflan-
geeft conditionné 6c ordon¬
né de la meCme forte qu vne
chofe eftdiftinae de l’autre:
car fl on difeourt delà diuine
bonté par les principes & les
réglés, ce difeours de la diui¬
ne bonté requiert les defini-
tiôs plus hautes, 6cles efpeces
des réglés que le difeours de
Kalmond Lulle.
la bonté de l’Ange , & le dif-
cours de la bonté de l’Ange
que le difeours de la bonté
de l’homme : àc le difeours
de la bôté de rhomme,que le
difeours de la bonté du lyoru
Sc ainii desautres en leurs ma
nieres«
De ta neufiefme partie , qui
eji des neuf [ukjeHs*
Ch AP. XII.
N celle partie on met
•^neuf fujeàsj frgnifiez das
F Alphabet i dans lefquels tô>*
be tout ce qui eft , & hors cçi
fuj-eéls il n'y a rien. Le pre*
mier fuj eél c cil D'ieu,fîgn ifîé
par Le feeôd, c’eü FAnge,
fignifiéparCr Le troifkline,
e’eft ie Gieli fîgnifié pat D.
ie qhatriefait, é’efl Fbomnié
F V
1^4 V^rîlref âe
fignifié parE.'Le cinqwiefme,
c’eft l’imàginatif î^fignifié par
F. Le fixielnae , c eit le fenfi-
tif, fignifié par G. Le fepti^--
mcv ceftlevcgecattLiignme
par H. Le hmâiierme > c eft
i eiemencat iLLign vfté par I.Le
neufiefme Se dernier , c eft
Idnftrumentatif, ügmfie par
K; - -,
D>utapt,qiie. d*j,i>s le grand
Art chaque fu)€^'-Ç%deduit
par les principes 8c par les rC'-
gles., c’eft pourquqy nous ne
les y condpftq^^ pasicy j paj:
ce que pQ;qs
Art; plqs
par Ve que.ccfte ded.u ûion cft
inapliquée dans céc Art, p(aur
pous la laiiloçis -a l enteq-
. 5ikrnentbieri^eg;^|r^^
§fi 1 ^
KaimôndLulte, ii$
l’exemple que nous auons
donnée dans la troifiefmefi-
^gure, en laquelle nous appli¬
quons tous les principes à la
bonté, & aufR à 1 entendemét
toutes les réglés de cét Art.
Nous conüderpns le trai¬
té de ces fujeds auec quatre
conditions , afin que par elles
l’entendemct foit condition^
né pourdilcourir les fubjeéts
fuldits par les principes les
réglés conditionnellement,
félon que chaque kibjeél: eft
conditionné , par fa nature &:
fon effence : car la bonté diui-
neavne condition en Dieu,
la bonté de l’Ange a vne
autre condition dans le mef-
me Ange , &: ainü des autres
enleurs modes.
La première co’^ d tion eft,
B vj
jffctf Ü Ayî hrefie
c’eftàfçauoir , que chafque
fujeftayeCa définition,, auec
laquelle, iH'ok different de-
tout autre fujed. Et fi on de¬
mande quelque chofe de ce
fujeut ’, qu’on refponde de
telle façon , en affirmant , ou
niant, que les définitions des
principes conuiennent auec
(pefte deffinition , &: ainfi des
ffegles, fans aucune lefion des
principes &; des réglés.
La Z. côditionefijque dans
îe iugement, ou dans la prati-
le , la différence des fujedsv
Ibit confeiuée , comme la di¬
vine bonté , qui différé de la.
de r Ange , par Tinfini^
îé, 5c Eecernkéid’autant qu
ne telle borné, luy eft vue rai-
foB peur faire vn bien infiiîy^a
$c çtemel î U bpmé AngcUt-
KaimonJt Lulle, izi^
que nullement : mais elle e(l
finie &:nouuellc.
La troifiefme condition efl,.
que la concordance , quielt
entre vnfujed & l’àutre, ne
foit pas ruinées comme la cô-
Gordai^e , qui eft entre Dieu
& l’Ange: car ilsPaccordent
dans la fpiritualitéjôc on peut
dire , ainfides autres à leur
mode.
La quatriefme,c eft que fé¬
lon qu’v n fuje£^ eft plus no¬
ble ôcplus releué, on luy doit
attribuer des principes plus
nobles &£ releuez*, 6cdes ré¬
glés » qu a vn autre , commic*
Dieu qui eft vn fu/et plus no¬
ble ôc releué que l>A nge,&c>
& l’Ange que l’homme » ôt
ainfi en eft-ildes autres ^: en
leurs^modesr
12.S V Jrt'hrefde M,
Du premier fuhjeély qui
ejl de Dieu.
Ch AP. Xin*
Dieu peut eftre parcouru
parles principes &par les
réglés : Car Dieu eft bon,
grand, Sec. on peut donner
plufieurs deffinitions de luy,
en le deffinilTant dvne am-
plefaçonimais icy nousluy
en donnerons vne. Dieu eft
vn eftre , qui hors de foy ,n a
befoin d’aucun autre i car en
luy, toutes les perfedionsy
font totalement. Et auec cet¬
te deffinition , Dieu eft diffe¬
rent de tout autre eftre : car
tous les autres eftres ont be-^
KaimondhuHe. 119
foin de quelquVn , hors
d eux : il n’y a point de con¬
trariété en Dieu , ny de mi¬
norité i parce qu’elles font
principes de manquement
de defaut toutefois en Dieu
il y a de la maiorité à l’égard
de tous les autres eftres, & de
l’égalité : car il a fes principes
efgaux 5 c’eit à (çauoir fa bpn-
téjfa grandeur, &:c. ôcaulTi a-ii
ies aétes égaux , -Sc relation.
En Dieu il y a différence de
corrélatifs , fans laquelle fes
corrélatifs ne peuuent eftrc
e, U- façon quelconque , Dieu
^s eux, ne ppurroic aupir
d’^ion intrinfeque , infinie
^reternellesmefme fans eux,
tpujcs,cçs raifons feroient pi-
fïineantes, ce qui e§
j9;uîi(%faidimpofn^ y. a
t}0 V Art Iref de M.
en Dieu de la concordance,
afin qu auec elle il foi: infinie-*
menr éternellement dillâr
&elloigné de la contrariété».
&que fes corrélatifs eonuien-
nent infiniement &: eternel-
Jement en vne eflence & vne
nature i &: ainfi on peut dire
de ces raifons. Il ny a point
de quantité en Dieu, ny de
temps, ny aucun accident , la
laifon de ce, eft, par ce que fa
fubftance eft feparée & de-
nuée de toutes fortes d acci¬
dents î car elle eft infinie Sc
cternelle. Dieu eftant ainft
conditionné , par ks qmtré
conditions fufditeside là Feiii
tendement f’enténd ainfi cô^
ditionné, pour entêdre Dieu
les ebofes quî% peuoent
ditedeluy , paries principes
Kaimond Lulle. ijr
êc les réglé appropriées à
Dieu.Dauâtage,il congnoift
Sc entcnd,que li l’Ange à vns
naturelle pu ilTan ce en foy , 8C
ainli des autres > Dieu en a
beaucoup plus , veu que c’eft
vnfujetplus releuéjcommcil
appert par le lieu du moins,
au plus grand.
Du fécond fuhjet qui
ejl de l /d nge.
CttAP. XIV.
L’Ange peut eftro déduit
par les principes , & les
réglés , $c il a vne bonté na¬
turelle, vne grandeur, duree,,
ôcc. Sc on le defHnit ainli.
L’Ange eft va efprit qui
îji L'y^^threfdeKi.
n eftpas coniointa vn corps,
il n’y a point en luy de con¬
trariété naturelle : car il eft
incorruptible. En luy la ma¬
tière eft des ablcs î ceft àfça-
uoir bonifiable, magnibable,
&c. comme il eft lignifié par
la fécondé efpece de D.Dans
l’Ange , il y a de la majorité,
par ce qu il eft plus fembla-
ble à Dieu, que l’homme,
parce qu’il a des principes , Sc
des réglés plus releuées que
l’homme , en ce pas,ren-
tendement cognoift , que fi
l’homme ne peut feferuirde
fes fens fans organes , il ne
fenfuit pa* pour cela , que
l’Ange ne le puifte fans orga¬
nes : Car l’Ange eft dVne na¬
ture plus excellente , &: eri ce
pasi l’entendement cognoift.
Kaimond Lulle, n|
que les Anges peuuent par¬
ler entr eux : Si agir en nous
fans organe , Si pafTer d Vn
lieu à l’autre fans moyen j Si
ainfi des autres , comme il
appert , par l’entendement
dilcourupar les réglés.
Dans l’Ange , il y a delà
différence : car fon entende¬
ment , fa mémoire , Si fa vo¬
lonté font differentes entre-
elles. L’egalité d’entendre,
daymer, de fe reffouucnir,
cft dans l’Ange , à raifon du
fouuerain objeét , à fçaqoir
de Dieu î qui cft également,
à entendre, à aymer , Si à ra-
menteuoir.
Il y a de la minorité dans
TAnge , parce qu’il eft créé
de rien.
15 4 L! A rt hrefd e
Du troijlefme Sujet , qui efi
du Ciel.
Chap. XV.
Le Ciel a fa bonté , gran¬
deur , duree , naturelles,
&c. & eft definy ainfi:
Le Ciel eft la première fub^
llance mobile. Il ny a point
de contrariété en luy , car il
neilpas coinpofé de princi¬
pes contraires. Car en luy , il
y a des inftinéls & appétits
naturels, ôrpar confequcnt,
mouuement,lans lequel il ne
pourroitauoir fa nature, fon
inftinél fon appétit : il eft
vray toutesfois qu’il y a va
principe en luy : car il eft agét
Kdimond Lulle, 13 j
dans les chofés inferieures,
ÔCCy iiefl compofé defama-
tiere &c de fa forme fpeci-
fiées,afin qu’il agilTe par fon
efpece,fonmouuementcft fa
fin & fon repos.
Le Ciel ellen fon lieu,
comme le corps en fa furface;
d’auantage, il eft dans le têps,
carileft nouueau, &:mefme
dans le temps, comme caufe
efficiente dans fon effe6t: de
ainfi defes autres accidents
à fa façon.
Du quatriefme Sujets qui
efl de l'Homme.
Chap. XVI.
T ’Homme efl compofé
'*^d’ame & de corps,à raifon
dequoy , il peut eftre deduift
1^6 Ü<i^rt bref Je M.
parles principes par les
réglés , en deux maniérés:
c’eft à fçaLioir, à la maniéré
fpiruuellc , 6e à la maniéré
corporelle ^ 6e eft ainli defîi-
ny , 1 homme ell l’animal rai-
lonnable hommifiant ,dans
rhommedly atous ces prin¬
cipes ôefes réglés de deux for¬
tes , à caufc des deux natures:
c’effcà fçauoir , fpirituelle 6c
corporelle; defquels il ell cô-
pofé,6e pource , il elt plus
general , qu’aucun autre eftre
créé a à raifon dequoy , on
peut dire alTeurément , que
l’homme ell; la plus grande
partie du monde.
Kaimond huile. 237
Du cinquiefme Sujrt^'qui ejl
l' Imaginatif,
Chap. XVIL
Ans rimAginatif, il y a
des principes Sc des ré¬
glés rpecifices,pour imaginer
les chofes imaginables : co¬
rne dans l'aymant , pour at¬
tirer le fer, éc fe definie ainfî.
• L’imaginatiue efl , cette
puiffance , à laquelle appar¬
tient proprement d’imagini-
fier,6<: pour ce , rimaginaiiue
eftcôduice par les principes.
Si. les réglés qui conuiennent
àFimaginatiue, & l’entende¬
ment à vne grande cognoif-
fance d’elle , ôcauflldes cho-
Ü Art bref üe M ,
Tes qui luy conuicnticnt . l’i-
inaginatiue abflrai£i les cfpe-*
ces des choies lenfées auec
les fens particuliers , 6e ce
auec fes corrélatifs lignifiés
par la fécondé efpece de C,
&; auec la bonté, elle fait les
efpeces bonnes : 6e auec la
grandeur elle fait les efpeces
grandes : comme quand on
s’imagine vne grande mon¬
tagne d’or , 6e auec la mino¬
rité, elle minorifie, comme
quàdon s’imagine vnpoiiïét
• indiuifible. L’imaginatiue , a
rinfiinél , comme les belles
brutes, ont l’indullrie à vi-
ure , 6e comme h. cheure à e-
uiter le loup.Li’maginatiue, a
i’appetic pour imaginer ce
qui peut eftre imaginé, à cel¬
le fin quelle repofecnluy,
en ce
Raimond Lulle»
: en ce fujec en l’imaginanr, les
fens particuliers fe feruâtdes
chüfes (enlibles, enipefchent
J à i’imaginatiuefon ade qu’el¬
le ne peu càuoir : comme ce-
luy qui void aues fes yeux vn
-fujet coloré , ôc alors l’ima-
■ginatiue ne peut auoir ion
: aéte : c’eil à fçauoir par ce qu -
i elle ne peut imaginer vn fii-
; jet imaginé, comme eitant vn
l'fujeteltrangeimaginablejiuf^
; ques à ce que celuy qui a des
I yeux les ferme, Se alors l’ima-
[ ginatif a fon a£le , ou le peut
auoir: Celuy qui void atteint
mieux ce qui a couleur en
voyant qu’en imaginant : car
le fujec fenfé aboutir plus au
fe-ns mefme. L’imaginatiue
n’eft pas vne puiffan ce il ge¬
nerale aux chofes fenfees^^
140 L'JrthrefâtM. |
comme la fenfitiue; comme j
il appert pat le toucher, auec |
lequel l’homme tenant vne
pierre, en vn mefme temps
fent plufieurs Sc diuerfcs cho-
fesi c’eft àfçauoit la pefanteur
de la pierre , la froideur , 1 al-
preté, 8C la dureté i&l’imagi-,
naciuenullement, linon fuc-
cc^rluement,8cainfldesau-
tres femblables à ceuxcy,que
ces chofes fuffifent a caufe
delà briefueté.
Du ftxiefme fuhjet, qut efl
U fenfitiue,
Chap. XVIII-
T Es principes 6c les réglés
•L^font dans la fenfitiue , par
vn moy é fpecifié:car elle a vn
pouuoirpar laveuë 3 6c vu aur
Raimond Lulle, i^i
tre par l’ouye , &c. & les
deux proprietezd inllin£l: , &;
lappetit jfont principalemêc
cts chofeSj&eftainfideffinie.
La fenlitiueeft lapLiiflance
à laquelle il 'appartient pro¬
prement de fentir. Lafenfitî--
ue caufe les chofes fenfees a-
uec Tes principes, &: Tes réglés
fpecifiées,elle eftgenerale par
le fens cômun & particulière
parles fens particuliers, par
le fens commun, elle a fes
corrélatifs communs, &;par
les fens particuliers elle a fes
corrélatifs particuliers,
La vie radicale de la fenlitiue
vit de la vie vegetable , auec
laquelle elle eft conjointe 8^
plantée en elle, comme la ve-
getatiue dans felementatiue.
La fenfitiue fenfeles objedts
I^Z L'JrthrefdelA.
par tous les fens : comme par
la veuê elle voit ce cj^ul eft co¬
loré, &c par l’ouy cia voix, par
le moyen du parler qui l’a luy
exprime : car fans le parler,
l’ouyeiie peut fenfer la voix,
6c en ce pas » I entendement
cognoift que le parler eft vn
fens^ _ _ _ _ _
Dufepiefme fujet,ciui eft
la Vegetatine.
Ch AP. XIX.
En la Vegetatiue les prin¬
cipes &: les réglés Ibnt
fpecifiées, aueclerquellesles.
plantes agilTenc félon leurs
efpeces dans lefquelles ils
font; carie poivre agit félon
fon efpece , ôc la roze félon la
Kaimond Lulle. 14^
Tienne , le ly s félon la Tien¬
ne, 6ic.
Les principes de la vegeta-
tiiie font plus condenfés que
les principes de lafenfitiue,8i:
les principes de la fenfitiue,
que les principes deTimagi-
natiue, on Ta delïimt ainfî.
La vegetatiue eftla puif-
Tance à laquelle appartient
proprement de yegeter > ^
elle vegeteainfi, les fubjets
elementés a fa mode com¬
me la fenTitiue fenfe les végé¬
taux ôc fujets elementez
la vegetatiue tranfubltamie
Tlementatiue en fon efpe-
ce par Tentremife de la gé¬
nération : &: elle vit , elle
cro'ift , ôc eft nourrie de Tele-
metatiueda vegetatiue meurt
L'/érthrefdeM,
quand relemccatiue luy def-
faulc , corne la lumière meurt
en la lampe quand Thuille luy
deffaulc.
T)h huiêîiefme fuhjeêl , c^ui
efttElementatiue,
Ch^ap. XX.
En rElementatiue , les
principes ôe les réglés
font fpecifiées J aueclefquel-
les elle a plufieurs efpeces
l’or, l’argent, &: autres de mef-
me forte , ôceft ainfi definie.
L’Elementatiue eftvnepuif-
fance à laquelle appartient
proprement d elementer,elle
a des corrélatifs communs,
corne la fenfitiue , 6c on peut
direainfi de fes particuliers.
Kaimond LuÜe. 145
c eft à fçauoir du feu , de 1 air,
dereau,&:delaterre,qui ont
leurs correlatifsj fans lefquels
fes elemens ne peuuent eflre;
comme les corrélatifs ne peu-
uent elf re fans éléments , qui
font les derniers fondements
de cet elementatiue j & 1 ele-
mentatiue , par icelle a des
poinds, lignes, ôc figures,
long, large, ôt profond , Sc
corps pleinj quâlitez & com-
plexions , dureté, afpreté , le-
gereté , pefanteur , &c. Bc en
ce pas , rentédemét cognoift
que les éléments lont aéfuel-*
lement dans les elemeiités,
toutesfois d’vne façon raua-
lé€,car autrement les elemêts
n’auroient pas dequoy eftre,
Bc ne feroicni pas du genre
de lafubftance,ny n auroieni
G iiij
Î4^ L'JnhrefdeM,
point déformé, de matière,
de nature , dé mouuemefir,
d ’inftinftjdelôg, large,plein,
ny d’appetit , ce qui eft coûta
fait impofTible ôc abfurde à
dire.
Du neufiefmefuhjeêî, qui ejl
dç ï Injîrumentaîiue»
: ^eH:Ap: -XXL . ^
E fnbjet eft de^l’Ibftru-
mentalité, ôe eft confi-
dere de deux façons , c’eftà
fçauok , naturellement com¬
ité f œil qui éft f-iriftruiîient
pour veoii-j 5e môrâUénieïit
coiiime la luftiee poür iùgcry
8c le marteau pour forger.
: Et l’inftrumenr naturel peut
B^aimond LuÜe, 14/
eftre cogneu en le conduifant
parles principes Sc par les ré¬
glés de cet Art, d’vne façon
fpecifiée.
Et femblablement l’inflru-
ment moral, par les mefmes
principes Sc réglés en fa ma¬
niéré fpecifiee.
Caries inllruinents naturels
Sc moraux different entr’eiix,
Sc nous laiffons, telle dédu¬
ction ou difcours àlentende-
ment bien regardant au de¬
dans, &: fl l’entendement de
Kart ifte manque en telle de-
dudion , qu’il aye recours au
grand Art , dans lequel nous
traitons des morales plus
amplement, mais par ce que
dans l’Alphabet nousfaifuns
mention des morales , pour
ÉÈnous voulons deffinir ks
G V
14^ L" Arthrtfde'Mf
inftruments moraux, afin que
parles définitions , les prin¬
cipes &: les reglesjl’artifteayc
vne cognoillance des mora¬
les.
L'Inflrumentatiue ef: vne
puilTanceaucc laquelle l’hom
me moral agit moralement.
La luflice eft vne habitude,
auec laquelle lejufle agitiu-
ftement.
La Prudence, efl vne habi¬
tude auec laquelle,le prudent
fefert de la prudence.
La Force , efl vne habitu¬
de, auec laquelle, lefortagill
courageufemenc de cœur.
LaTemperance, eil vne
habitude, auec laquelle, le
temperé fe fert en agilTanC
temperamment.
JLaFoy,cfl vne habitude
'Raimond Luüe. 14^
auec laquelkjquelqu’vn croit
vne chofe eftre vrayc , qu’il
ne fenc, n’y n’entend.
L’Elperance , eft vncha*
bitude,auee laquelle , quel-
qu’vn efpere que fon maiflre
luy donnera pardon &c gloi-
rej St Te confie en Ion bon &c
puifiant amy.
La Charité , eft vne vertu,
auec laquelle , celuy qui a fes
biens propres , les faid com¬
muns.
La Patience , eft vne ha¬
bitude , auec laquelle 5 le pa¬
tient furmonte , Sc n’eft ia-
mais vaincu.
La Pieté , eft vne habitu¬
de, auec laquelle , le pieux
f afflige des langueurs de fon
prochain.
L’auarice j eft vne habi-
G vj
150 L'Jrthfefde Mi
tilde , auec laquelle le riche
elt pauure mendiant.
La Gpurmandife, eftvne
h^vbitpjde , auec laquelle , le
gourmand eil; en prifon ,
enaprcs^j mis dans l’infirrpi'-
tc,&: la pauureté.
La Luxure , efl: vne habitu¬
de, auec laquelle, l’homme fe
fèrc 4efes puifTances indue-
ment, contre l’ordre du mar
riage.
La Superbe, efl vnc habitu¬
de > apecla quelle, l’homme
fuperbe ; etTaye d’eftre, par4
defTus tous'.sé elteontre l’hu¬
milité.
La Lafchcté ,'efi: vnc habi¬
tude , auec laquelle, le lafche,
fefafche du bien d’au truy 64
s’efiouit de fon mal. j
Lenuie cft vnei habitadej
Kaîmond Lulle, . i
auec laquelle , l’enuieux ap-
pete iniuftement les biens
d’aurruy.
La Cfiolerejeftvne habitu¬
de , auec laquelle, celuyqui
eft en cholere,lie fa delibera¬
tion ôc fa liberté.
LeMenfonge,efl: vne ha¬
bitude, auec laquelle, le men¬
teur parler ateefte quelque
chofe contre la vérité.
L’Inconfl:ance,ell; vne ha-
bitudcjauee laquelle,! mcon-
ftant eft changeant en .plu--
fleurs fortes.
Nous auons trai<3:é des neuf
fujets, defquels rArtifle peut
auoir cognoiffance , en les
parcourant par les principes
«c les réglés de cét Art, *
j]ï V Artlrefde M.
DeUdixiefme partie , qui
eflde [fiy^pplication.
Chap. XXII.
L'Application., cft diuifée
en trois parties,
f La première, eft quad 1 im¬
pliqué eft applique , à ce qui
eft expliqué.
La fcconde,e{l quand 1 ab -
ilraid eft applique au con-
crer.
Latfoifiefmeeft , quand la
queftion eft appliquée aux
lieux de cét Art.
Et premièrement , nous
parlerons ainft de lapremic*
re ; Si les termes de la que-
ftion font iinpli<iuez » il les
Raimond LuÜe, 15J
faut appliquer aux termes 5
de céc Art expliquez : com¬
me quand on demande , fça-
uoir-mon,{i Dieueft, oufça-
uoir-mon , s’il y a des Anges
&ainrides autres: Il les faut
appliquera la bonté, gran¬
deur, &c. c’ellà fçauoir , fça-
uoir-mon s’il eft bon , grand,
&c. que Dieu foit , &:quc
l’Ange foit.
De lafecondepartie,il en
faut traider ain{i,fi les termes
de la queftion font abftraidsj
Il les faut appliquera leurs
termes concrets : comme la
bonté au bien , la grandeur,
à ce qui eft grand; la couleur,
au coloré , ôc ainft des autres,
il faut voir par quel moyen fe
rapportent le terme abftraid,
le terme concret : parcou»
1^4 L'^rt bref de M .
courant parles pricipes ôepar
les réglés.
La troiriefme partie , qui
eft de l’application aux lieux,
le diuife en treize parties, qui
font telles : c elt à Icauoir , la
première figure , la fécondé
figure,latroiriéme figure, la
quatrième figure. Les deifi-
nitionsjles réglés, la table, le-
uacuation de la troifiefme fi¬
gure , la multiplication de la
quatriefme figure.Le meflan-
ge des principes, ôedes réglés,
6c les neufs fujeèts , les cent
formeSjScles queftions.
Il faut appliquer à ces par¬
ties auant-dices , les matières
des quèftions, félon qu’il leur
appartient : Car fi la matière
delaqueftion , conuient à ^
pxemiere figure > qu’ pliç foit
Kaimond Lulle, J55
appliquée à la première figu¬
re , Sc la folution de la que-
lUon foit puifée du texte d’i¬
celle figure > de telle façon
qu’en affirmant, ou niant : le
texte ne Toit point bleffé , 8c
comme nous auons dit, de la
première figure,ainfi on peut
dire des autres parties , en
leurs maniérés. Etceschofes
fuffifentà caufe debriefueté.
Et fi l’entendement . de d’Ar-
tilte manque en appliquant,
qu’il aye rècours au grand
Art.Car eniceluy,il eft trai-
(ké de ces çhofes plus ample¬
ment.
1
ij(y iJdArthref àe Ai,
Des cent Formes,
Ch AP. XXIII.
En celle partie, font mifes
cent Formes , auec leurs
deffinitions , afin que lefu-
je£t reftende-à l’entendem et:
car par les defîînitiôs des for¬
mes lenrendement fera con¬
ditionné pour les parcourir,
par les principes les réglés,
&parvnteldifcours l’enten¬
dement aura ta cognoiffance
des formes mifes es queftiôs:
c cft pourquqy les cent for¬
mes auec leurs deffinitions
font telles.
1 L’entité eftTeftant, àrai-
fon duquel quelque eftant
KaimondLulle, 157
caufe vn autre eftant.
Z. L’efTenceert la forme ab-
ftraide de l’eftre &c foiib-
flenuë en luy.
3. LVnité eft la forme à la¬
quelle il conuient propre¬
ment d Vnir.
'4. La pluralité eft la forme
compofée de plufteurs dif¬
ferents en nombre.
5. La nature eft la forme à
qui il conuient propremet
dénaturer.
6. Le genre eft vn eftant
confideré , grandement
confus , qui f’efnonce de
plufteurs differens enef-
pece
7. L ’efpece eft vn eftant. qui
f’efnonce de plufteurs dif¬
ferens en nombre.
8. L’indiuiduitc eft vn eftant
/j 8 Art bref de ,
qui eft plus diftant du gen- j
re qu’aucun eilant. ]
9. La propriété eft la forme, ]
auec laquelle l’agent agit
fpecifiqüeinent.
10. Lafimplicitéeftlaforme,
qui eft plus diftante de la
compoütion qu’aucun au¬
tre eftant,
ïi. La composition eft vne
forme aggregée de plu-
fieurs efTencçs.
12. La forme eft vne eSTence,
auec laquelle l’agent agit
dans la matière,
13. La matière eft l’eftcnce
Simplement paftiue.
14. La fubftance eft vn eftant
qui exifte parfoy.
15. L’accident eft la forme,
qui n’exifte pas par foy , &:
qui ne fe rapporte pas prin-
]^ainiond
•cipaleinent à fa lin.
\6. La quantité eftl’eliant, à
raifondequoy lefujet eftj
quant.
17. La qualité eft Teftant, à
raifon duquel les princi¬
pes font, quels.
18. La relation efl la forme,
refpeétiue àplufieurs cho-
fes diuerfes , fans lefquel-
* les ellene peut eftre.
19. L ’adion eft la formeat-
tachée 6^ inherenteàu fub-
jeétpalTif.
zo. La paffion eft vn eftant
qui lafouftient.
21. L’habitude eft la forme,
auec laquelle le fubjet eft
veftu.
22, La fituation eft vne po^-"
tion de parties bié & deuë-
ment ordonnées dans le
i6o Arthref
fubjed dans lequel elles
font.
23. Le temps eftl’eflantjdans
lequel les eflas creéz font
cômccez &; nouueaux, ou
le temps elt l’eftât , côpofé
de plufieurs , maintenant
félon le deuant &: apres.
24. Le lieu eft vn accident,
par lequel les eftants font
placez , où le lieu eft la*
îurface enuirônant, &: cô-
tenant en foy immédiate¬
ment les parties internes
du corps.
25. Le mouLiement eft l’in-
llrument , auec lequel le
mouuant meut , lelujet
meu , où le mouement
^eft ce^ qui participe de
la nature , du principe ,
du moyen , de la lin.
B^atmondl.ulle* i^t
L’immobilité eftleftanc,
qui n’a aucun appétit au
mouuement.
27. L’inftind eft la figure &:
fimilitude de l’entende¬
ment.
28. L’appetit eft la figure,
forme 6^ fimilitude de la
volonté.
29. L’attraélion eftvne cer¬
taine forme , auec laquelle
l’attirant attire l’attiré , ou
l’attraélion eft vne certai¬
ne forme, qui a l’inilinét
&: l’appetit d’attirer quel¬
que chofe au fubj et.
50. La réception eft vne cer¬
taine forme auec laquelle
lerecipicnt reçoit le receu,
ou la réception eft vne for
me certaine qui a l’inftinét
Sca lappetit de receuoir
i6i L* Jrthref de M,
quelque chofe dans le fii-
jc6t.
31. Le fantormeeft vne ref-
femblance abftrai6te des
choies par rimngination.
31. La plénitude eft la forme
efloignée du vuide.
33. La diifufion ell la forme
auec laquelle le diifondanc
diffondle diffufible.
34. La digeftion eft la forme
par laquelle le digérant di¬
géré le digeftible.
35. L'expuliion eft la forme
auec laquelle la nature
poufte les chofes qui ne
conuiennent pas au fub-
jedv
36. La lignification eftla re-
uelation des fecrets qui
font monftrez auec le li¬
gne.
37-
Raimond Lulle. 163
37. La beauté eft vne cer¬
taine forme fpecieufe ,
receuéparla veuë, ou par
l’otiye , ou par l'imagina¬
tion , ou par la conceptiôi
ou par la dcleélation.
38. LanoLiueautceft vnefor-
me,àraifon de laquelle, le
fujet eft habitué de nou-
uelles habitudes.
35». L’idée en Dieu, eftDieu,
l’idée en la création , eft la
créature.
40. LaMathematiqueou Me-
thaphyfique, eft laforme,
auec laquelle , l’entende¬
ment humain defpouille
le fujet d'accidents.
41. L’eftant , exiftant en puif-
fance c’eft la forme qui
exifte dans le* fujet fans
moiiuemcc, qualité, quali^
H
1(^4 V Art bref de M,
té,& autres femblables.
42..La pon6tuite, eft l’efTencc
du poind naturel , exi-
ftanc la moindre partie du
corps.
43. La ligneeft la longueur
compolee de pluüeurs
poinds côiinus: delaquel-
le les extremitezfont deux
poin6ts.
44. Le triangle, efl: la figure
qui a trois angles aigus,
contenus par trois lignes.
45. Le quadrangle,efi: la figu¬
re qui a quatre angles
droits.
4(J. Le cercle , efl: la figure
contenue par la ligne cir¬
culaire.
47. Le corps efl: la lubftancc
pleine de points, de Hgnes,
ôe d’angles,
' Kdlmond'Lufle,
L'afigore , eft l’accident
compofé de la dtuation $c
habitude.
49, Les rectitudes generales,
font fix ; par lefquelles , le
corps eft le centre, par les
lignes^ diametr'ales,
JO. La môftruofité , eft le dé-
' uoyement du mouuemêt
de la nature.
jï; Libderiùfttion^, eft le fujer
general y par lex^uelyle par¬
ticulier defeend de l’vni-
uerfel.
3i. L’ombre , eft l’habitude
de la priuâtion de lalu-
rniere, ■ i • -ui -
53 . Le miroüer , eft Vn corps
diaphane, dilpofé à rece-
uoir toutes les figures
‘luy font reprefentées.
î4. Lacouleiir, eft l’habiciî»
H ij
s66 V Art bref de M,
de contenu par la figure.
55. La proportion, efl: la for¬
me à qui conuient pro-
premétjde proportionner.
56. La difpofitiün, efl: la . for¬
me à qui il - conuienü en
propre de difpofer*
57. La création dans l'Etcrni-
té,efi l’idée : ^ dans le tcps
efl; la créature.
.58. La, predeftinatioil^dans la
Sapience de Dieu , efl l’i¬
dée: 6c dans la création > efl
la créature.
5p.Lamifericorde, dans l’E¬
ternité elt l’idée: 6C dans le
predeftiné , efl: créature.
^o. LanecclTité efl: la forme,
qui ne peut eftre autre¬
ment : mais le necelTaire,
ceftl’eftant quilacôrient.
^1. La fortune , eft l’accideni
inhérent aufujet: mais le
. fortuné,ceft l’homme dîG-
poféàla receuoir.
$z. L’ordonnance, eftla for¬
me, à qui il conuienc pro¬
prement d ordonner,
l’ordonné, eftfon propre
fuieél:.
63 .Le confeil , cft vne propo-
ütion douteule, Scia con-
fultationeftfon repos.
é4.La grâce ell la formepri-
mitiue , mifedans le grati¬
fié > fans le mente du gra¬
tifié.
65. La pèrfeétion , c eft la for¬
me, à laquelle conuient
propremét, deparfaireen
vnfujet parfàid.
6 6. La declaraûon eft la for¬
me en laquelle , 1 entende¬
ment repofe , en diftiû-
H ii)
i 6 s ^ L A rt hrefdç 4</.
guant,& le déclaré efl: fon
luier^dans lequel la décla¬
ration efl l’habitude.
6y. LaTrafubftantiation efl
, l’ade de la nature dans le*
tranfubflantié dénué de fa
forme ancienne ôi reueflu
d Vnenouuçlle.
8 . L’alteration efl la forme,
. née dans l’altéré.
L’Infinité efl la forme qui
. a vn ade infiny , efloignc,
de tout çe qui efl finy.
70. La déception efl l’habi¬
tude pofitiue du deceuant,
&: l’habitude priuatiue du
deceu.
71. L’honneur efl vne habi¬
tude adiue en bhonprant,
• ô^pafliue dans l'honoré.
72. La capacité efl la forme
auec laquelle le capable
Raimond Luile. 169
peut autant contenir Sc re-
ceuoir, quil luy peut ef-,
choir &:amuer.
73. L’exihence eft la forme
auec laquelle Texiftant exi-
lie ce qu’il ell.
W. L’agcn ce eft la forme qui
meut l exiftant au terme
auquel
La Comprehenfion eft la
reffemblance de l’Infinité,
gi rapprehenfion de la fi-
nité.
75. L’inuention eft la for¬
me au ec laquelle lenten-'
de ment trouue ce qui eft
trouué.
76. La reffemblance eft la for¬
me, auec laquelle le fujeâ:
affimilant rend femblable
le fujea affimilé ou faid
femblable à celuy qui la
H iiij
170 L:<^nhrefàe^,
rendu tel.
77- L antécédent cilla forme
qui caufele confequent, 6c
Je confequenc ell Jefujed
dans lequel l’antecedent
repofe.
78 LapuilTanceelllaform^
aueclaquelle l’entendemêc
arrc'inc l’objeâ: : 6c l’objea:
cil le fuj et dans lequel l’en¬
tendement repofe, fade
ell l’allemblage delapuif-
fance6<:derobjeâ:.
7p. La génération és créatu¬
res 5 ell la forme auec la¬
quelle l’agét caulc de nou-
uelles formes : la corrup¬
tion ell la forme auec la¬
quelle le corrompâtpriue
des formes anciennes , 6c
la priuation eft au milieu
. d’elles.
Ka^'mond Lùlk» i7t
8 0. La Théologie eft la fcien-
ce qui parle de Dieu. •
El. La Philofophie ell la fct’*
ence> par laquelle l’enten-
dement fe reltrain£t à tou¬
tes les fciences.
81. La Geometriecflvn Art
inuenté pour mefurer les*
lignes 3 les angles 6c les fi¬
gures.
83. L’Aftronomie eft vn Arc
auec lequel rAftronome
cognoift les vertus 6c les
mouuements, quele Ciel
a és chofes inferieures ef»
fediuemenc.
84. L’A ri tlime tique , eft vn
Art inuété pour nombrer
plufteurs vnitez.
85. La Muftque eft vn Art in-
uenté pour ordonner plu-
fteurs voix accordances eü
H y
ij2 L! Jrt bref de M.
vn chant.
8^. LaRethorique eflvn Arc
. inuentéjauec lequel le Re-
thorkien orne èc colore
fes paroles.
87. La Logique ek vn Art,
auec lequel le Logicien
trouue vne naturelle cdn-
jondion entre le fujet ôc
le prédicat.
88. La Grammaire eft l’Arc
de trouiier moyen de par¬
ler Bc d’efcrire correde-
ment.
85». La Morale eft vne habi¬
tude pour bien ou mal fai¬
te.
5?o. La Politique eft vn Arc
auec lequel les bourgeois
procurât l’vtilité publique
delà Cité.
LeDrpid: eft vnade te-
Kaimond Luüe. ijj
glé en l’horamehabitué de
la luftice.
5>2. La Medecine eft vn Art
auec lequel le Médecin
procure la fanté du patient
^3. La Monarchie eft la for¬
me auec laquelle le Prince
gouucrne Ion peuple.
5)4. La Milice eft l’habitude
auec laquelle le Soldat ay-
de le Princcjàcelle fin qull
puilfe conferuer laiuftice.
5)5. La Marchandife eft vne
habitude , auec laquelle le
Marchand f^ait vendre
achepter.
ÿS. La Nauigation eft vn Art
auec lequel les Nauton-
niers fçauêt comme il faut
nauiger par mer.
^7. La Confeience eft vne
forme; auec laquelle l’en-
H vj
r74 VJnhnfâeyi'.
tendemenc afflige! ame de
fes fautes commifes.
^8 - La prédication efl la for¬
me auec laquelle le Pre-
d cateur informe le peuple
pour auoir de bonnes
mœurs, en fuyant les mau-
uaifes.
59. L’Oraifon eft la forme
auec laquelle le.priat parle
à Dieu laindement.
100. La Mémoire eftvn eflat,
auec lequel les chofes peu-
ueac eftreramencuès.
Kaimond Luüe* t/j
De l vn':^ieme fàLrtie^ qui
ejl des Q^eflionSm
Ch AP. XXIVv
CEfte partie ce diuiro en
douze parties , ou lieux
difpofez e>c proportionnez
aux Q^flions , fuiuant la di-
uerficé des matières dôi elles
font. Car en vn lieu ou par¬
tie, la folutiô d’vne queftion
cft fignifiée, ôc en vn autre
lieu la folution d vne autre
queftion , à raifon dequoy
nous appliquerons diuerfe-
ment les queftions auididls
lieux, 6c ce en deux façons,
c’eft a fçauoir que nous feiôs
V Art bref de
quelques queftions que nous
refoudrons, &: femblablemêt
nous en ferons d’autres que
nous ne refondrons pas , 6c
les laifferons refoudre à l’Ar-
tifte,qui les regardera bien au
dedans , afin qu’il fçache bien
tirer les folutions de la partie
ou du lieuj auquel nous aurôs
renuoyé les queftions : caria
folution eft fignifiéeen cefte
partie là J ou en ce lieu là. Or
icynous ferons quelquepeu
de queftiôs à caufé de la brief-
ueté ; car cet Arc eft abftraidb
du grand Art^afin qu’il puifle
cftretrai6té plusbrieuemenr^
&afin quel’entendemenrcô-
prenne beaucoup de chofes
en peu de paroles : 6c ainft
l’entendement eft plus vni-
ÿerfel : &: par les folutions de
Kaimond Lulle, jjy-
ces queftions icy pofées ou
données , la folution des au¬
tres queftions pourra eftue
donnée à fa mode.
Les lieux ou parties auf-
quelies nous renuoyronsles
queftions font douze , qom-
me il a efté àid: cy deffus-.c eft
à fçauoir la première figure,
la fécondé figure, latioifiemc
figure,la quatrième figure, les
définitions, les réglés ,1a Ta¬
ble , l’euacuation de la troi-
fiéme figure, la multiplica¬
tion de la quatrième figure,
le meflange des principes ôc
des règles : Les neuf fujeéls,
les cent formes : Et première¬
ment nous ‘parlerons^en fon
lieu de la prçmiereparcie.
VJrtlrefdeM.
Des queflions de ta^re^
mkre figure.
Chap. XXV,
I T A queftion cfl, fçauoir-
-^mon f’il y a quelque eilàc
dâs lequel le fujet le prédi¬
cat fe côuerrilTe en identité,
d cirence,&: de nature, de nô-
brepar toute la première fi-
gure.
Et il faut refpondre que fi,
car autrement la conuçrfîon
du fujet ôc du prédicat , 6c l’e-
galité, feroient deflruites ab-
folument > 6c l’Eternité feroit
au deflus par l’infinité , 6c fa
bonté 5 grandeur 6c puiffancc
Kdimond Lulle, 179
fei'oienc au delTous par la fini-
té, ce qui eft impolTible.
1. On demande qui eft cét
eftre, dans lequel le fujet
Ôe le prédicat leconuertif-
fent; Si il faut refpondre,
que c’eft Dieu : car telle
conuerfiûn ne peut eftre
que dans vn fujet infiny SC,
eternel.
3. On demande fçauoir-mo,
fl la bonté diuine a en
{oy,vneaufti grande bo¬
nification, que l’entende¬
ment diuina fon intclle-
étion ?
On demande, pourquoy
Dieu a en foy , vne auftl
grade agence qu’exiftéceî
5.0n demande»dequoy Dieu
peut autant qu’il eft luy
meftiieî
i8o L! Arî bref de
6, On demande J poLirquoy
l’homme 6e l’animal, ne le
conuertiircnc point : 6e il
faut refpondre , parce que
ia couerfion ne le peut fai¬
re entre ce qui elt plus 6e
moins , mais entre les
chofes égalles.
7. On demande , fçauoir , G.
dans l’Ange, fa puiffance,
fon entend emeut , fa vo¬
lonté, fe conuertilTenr î Et
il faut refpondre, que nons
car autrement il pourroit
auoir vn afte aulîi infiny
6e Eternel, que Dieu mef-
Kaimond Lnlle. iBi
\Des de la fécondé,
figure,
Chap. XXVI.
T Es Queftion s de la fecon-
•^de figure fe peuuent faire
en trois façons : comme l’hô-
me &: le lion, qui différée d’ef-
pece par la différence; &: cô-
uiennent de genre par la con¬
cordance , ôc fe contrarient
par la contrariété : c’eft à fça-
uoirparle corruptible & in¬
corruptible : ôc ainfi des au¬
tres en leurs maniérés.
On demande, fçauoir-mô,
fila differenceeftplus gene¬
rale que la concordance ^
l8 1 VA yf bref à e M;
contrariété, à quoy il faut di¬
re, qu’ouy, d’autant que par
tout où il y a de laconcor-
dànce,&: contrariété, il y a
de la différence: mais non pas
au rebours en tout;car en plu-
iieui'ÿon trouuela différence
& concordance : &: toutefois
en elle, il n y apointde con¬
trariété naturellement, com-^
me dans les eftans fpirituels.
On demande , quel eft le
plus grand principe, celuy de
la concordance,ou de la con¬
trariété ? ilfaut dire , que c^eft
la concordance: car les prin¬
cipes pofitifs , defeendent de
la concordance, ôc lespriua-
tifs,de la contrariété.
On demande , fçauoir-mo,
fl cette deffinition eft plus de-
monftratiue J en difant ainli;
Raymond LuUe. /Sj
l’homme eft vn animal homi-
fianc i où l’homme eft l’eftant
auquel il conuiét propreméc
d’hommifier, que celle -cy:
l’homme eft vn animal rai-
fonnable mortel? il faut
refpondre qu’oüy : la raifon
de ce, eft, parce queThommi-
fication conuient à l’homme
en propre , ôc le raifonna-
ble &: la mortalité à plufieurs.
Par le triangle du prin cipe,du
moyen , S>c de la fin, on peut
faire des queftions en trois
façons.
JLa premiete maniéré eft,
quand on demande pour-
quoy y a-Uvnefeule 6c pre¬
mière caufe, Sc nô plufieurs, à
quoy il faut refpôdre qu’oüy,
afin qu’il y aye vne fin in;;
iS 4 L'Art bref de Ad ^
La fécondé maniéré effj
quand on demande, fçauoir-
mon , fi le mo^ren qui efî: en¬
tre le fujet &; le prédicat , à la
quantité côtinué , ou difcrec -
te: Ôcil faut refpondre qu’il a
la quantité continué, à lef-
gaid du moyen des extrerai-
tez, &:la diicontinué, àl’ef-
gard du moyen de conion-
étion Sc de mefure. * -
La troifiefme maniéré eff,
quâd on demâde,qu elle eftla
fin derniere, danslefujet:& il
faut refpondre, que c’efl fa fin
propre, &:non pas appropriée.
Par le triangle de la ma-
iorité , égalité , mmorité,
on peut faire des quefiions
en trois faeonsicomme quâd
on demande,pourquoy Dieu
eft au deffus de l’Ange , aii
Kaimond huile, 1S5
defTiîs deniômei&: il faur ref-
pôdre 5 que Dieu eftau deiTus
de r Ange, par ce que la bonté
diuine, & la grandeur diuiiie,
&:c.font diftantes par l’infini-
cédela quantité, Sc par le-
ternitc du temps, Scia bonté
de l’Ange Sc grandeur , Sec.
non; mais elles font au delTus
de la bonté, de la grandeur de
l’homme , d’autant que le fu-
ietdans lequel elles font, eft
éloigne 8c diftat de la diuifiÔ,
Sc réception : mais la bonté,
la grandeur, Scc. du corps de
l’homme, non.
La fécondé maniéré efl:,
quand on demande , en lame
pourquoy l’entendement, la
volonté, Sc la mémoire , font
égalés par l’ellence ; à quoy
onrefpond , que c’eft parce
1 8 6 t! Y t bref de M.
que la première caufe, par l’é¬
galité de la bonté, grandeur,
&;c. eft capable d’eftre enten¬
due , ramentuè , & aymée é-
galement. Se en ce cas l’enr
rendement cognoift , que la
demonftration , fe peut faire
en trois façons , par, ce que
c’eft j par , d’autant que ,
ouparlefgalité Se equiparen-
ce.
La troificfme maniéré eft ,
quand on demande , pour-
quoyle péché eft plusabou-
tiffantau néant, qu aucune
autre chofe , 6e il faut ref-
pondre, que c’eft par ce
<ju’il répugné plus à la fin de
l’eftre.
On demande fçauoir fi la
différence qui eft entre le fen<
fuel ôe feniuel, eft plus grâdc^
que
Kéiimond Lulle. 1S7
que celle qui eft entre le fen-
fuel Sc rintelledtuel , que
celle qui eft’ entre l’intelle-
dueljôc l’intelleduel.
Encore à fçauoir, fi la difFe*
reneequieft entre le princi¬
pe Sc le milieujeft plus gran¬
de que celle qui eft entre le
milieu Sc la fin .
Semblablement ,on peut
s’enquérir de la différence,
qui eft entre la fubftance,8c la
fLibftance;5cc.&: il faut refpô-
dre par les chofes,qui font li¬
gnifiées és triangles fiifdits,
ayant égard aux fujets Sc ob¬
jets differents; ce qui fe dit fu-
jeétiuement SC objediueméta
moyennant la réglé de B.
î
l88 L* Jrthrefde M.
Des Refilons de la
îroîjiejme figure,
Chap. XXVIÎ.
I; TLaeftéditeiiIattoifié-
•* mj figure 5 que chafque
des principes , s’appliquera
l’autre sôc pour celàd’ô dema-
de fçauoirdi la contrariété elfc
autant applicable a la bonté,
grandeur , 8cc. qu’eft la con¬
cordance, ôc il faut dire, que
non i car la contrariété s’ap¬
plique , aux principes, en pri-
uant contrariant, ôc la con¬
cordance l’applique en po-
fant ôc accordant.
.2, Il fe dit à la troifiefme fi-
gure,la bonté eft grande, ôc
Kdimonâ Lî^He,
qu’ell-ce que la bôtégran-
dc^ôc il faut refpô.dre que la
bonté grande eft celle qui
fans contrariété &: mino¬
rité, a fa conuenance auec
tous les principes , Sz leurs
corrélatifs.
3. On demande, ou eft la bon¬
té : va à la cellule B 1 , 5c
prens les fignifi cations.
4. On demande, dcqiioy eft
la bonté ^ .
j.On demande, comment eft
la bonté/, va à la cellule, B,
D , 5ç B K , prens leurs
fignifi cacioias j 5c ainfi des
autres.
On’ demande aijfîJ , quand
eiftrentendement vniuer-
fel ôc particulier ?
1^0 L* Jrthref de M*
Des ^eftions de U qua^
trième figure.
Chap. XXVIII.
1. 1 ’On demande, par la
cellule B C D , fpuoir
ni y a quelque bonté, au¬
tant infiniement grande,
qu’eft l’Eternité; 6c il faut
refpondre que fiiautreméc
toute la grandeur de l’eter-
nité ne feroit pas bonne.
Par la cellule BEF,
On demande, fiDieu eft
autant puilTant par fa bon¬
té, comme par fon enten¬
dement : va à celle cellule-
là,ôe prens les lignifteatios
de Tes corrélatifs 6c de fes
Faimond l^uUci i^l
deffinitions.
3. On demande 3 fc,auoir5fi
l’Ange produi6l l’Ange,
veii qu’il eft au delTus:
comme l’homme 3 l'hom¬
me ; veu qu’il eft au def-
fous 3 ôc il faut refpondre,
que non j parce qu’il eua-
cueroit fon effcnce: car
l'Ange ne reçoit point
d’augmentation du de¬
hors 3 mais bien rhommc3
à raifon de fon corps.
Des Queflions par les def-^
finitions des principes*
Chap. XXIX.
I. T ’on demande 3 II Dieu
vn eftre neceffaire ?
Ih;
iÿ2 L' Jrthref de M ,
%. L’on demande L i’Vni-
té peut' eftre infinie fans
vn ade infin p.
3. L’on demande fil y a vn
feiil Dieu.
4. L’on demâde fi Dieu peut
eftre mauLiais. Vaàlade-
finition delà bonté 3 de la
Grandeur J&: defEternité:
& tiens les chofes qu’elles
te fignifient. Car fi la Bote
eft grande &: eternelle, il
eil dcllorsnecefiairequela
bôté foit la raifon au bon,
qu’il prôHuife le bien^grad
&eceinel, &: ainfi des au¬
tres queftions , quipeuuéc
eftre faides par les défini¬
tions des principes.
LA TABLE GENERALL ESU
^ B.C.D.T. ;
c.d.e.ti
D.E.F.T.
E. F. G. T.
F.G.H.T.
G. H.l. T.
B.C.T.B. i
C.D.T.Q
D.E.T.D.
E.F. T. E.
F. G. T. F.
G.H.T.G.
J! 3.C.T.G. 1
C.D.T.D,
iO.E. T.E.
E. F. T. F.
F.G.T.G.
G.H.T.H.
B.C.T.D. 1
G.D.T.Ei
D.E.T.F.
E.F. T. G.
F.G.T.H.
G.H. T.I.
3.D.T.B.
G. E. T.C\
L'.F.T.D.
E. G. T. E.
F. H. T. F. :
G. I. T. G.
^ b.d.t.c.
C.E.T.D,\
D..F.T.E.
E.G.T.F.
F. H. T. G. 1
G. I.T.H. 1
^ B.D.T.D.
G.E.T.E.
D, F. T. F.
E.G.T.G.
F. H. T. H. 1
G. I. T.I. 1
. ^ B. T. R. G.
G.T G.D.
iD.'J-D.E.
E.T. E.F.
F. T F. G.
G.T.G.FÎ. i
B.T.B.D.
C.T.C-E.
D.1'.D,F.
E.T. E.G.
F.T.F.H.
G.T G.I.
^ B.T.C.D.
C.T.D.E.
D.T. E.F.
e.t.f.g.
F.T.G.H.
G. T. H.l.
^ C.D.T.B.
D.E.T.C.
E. F. T.D.
F. G. T.E.
G,H.T.F.
H.I.T.G.
wtL C.D.T.G.
D.E.T.D.
E.F. T.E.
F. G. T. F.
G.H.T.G.
H.l. TH.
2 C.D T.D.
^ D.E.T.E.
E.F. T. F.
f.g.t.g.
G.H.T.H.
H. I. T.L !
C.T.B.C.
D.T.G.D.
E.T.D.E.
F. T. E. F.
G.T. F.G.
H.T.GH.
^ C.T.B.D.
D.T.C.E.
iE.T.D.F.
F. T. E.G.
G.T.F.H.
H. T. G.I.
^ C.T.G.a
i d.t.dL
!E.T.E.F. I
F. T. F. G.
G.T.G.H.
H.T.FÎ.I.
J D.T.Ô.C.
ErT.C.a F.T.D.E. 1
G. T.E. F.
H.T.F.G.
I.T.G.H.
^ D.T.B.D.
E.T.C.E F.T.D.F.
G.T. E.G.
H. T. F.H.
I. T. Gl I.
^ O.T.C.D.
E.T.D.Ei F.T.E. F.
G.T. F.G.
H.T G.H.
I. T. H.I.
^ T.B.C.D.
T.C.D.E
.|T. D.E.F.
T. E. F.G.
T.F.G.H.
T. G. H.l.
H.I.K.T.
H.I.T.H.
H. I T. 1.
H. I. T. K.
H.K.T.H.
H. K. T. r.
RK.T.K.
H. T. H.l.
H.T.HK.
H. T.I.K.
I. K. T. H.
I. K. T.I.
I.K.T.K.
I. T. H. I.
I.T.H.K.
I. T. l.K.
K. T. H.l.
K.T.H.K.
K. T. l.K.
T. H. l.K.
'P^aimond Luile, 19]
Des queflions par
les réglés.
Chap. XXX.
«J, demande, fçauoir
fl le croire précédé
l’entendre.
Z. On demande, quelle de-
finiciôeft meilleures^ plus
claire, ou celle qui fe don¬
ne par la puilfance Sc fon
ade fpecifique, ou celle
qui fe donne par le genre
de la différence. Et il faut
refpondre , que c ell cellê
qui eft donnée par lapuif^
fance 6c fon ade fpecifi-
que,car on a, par elle la cô-
gnoiffance du fujet Sc de
t 9 4 VJrt bref de t^.
i’adle de Ton efpece : & par
l’aurrc nullement , finon
feulement des parties,
3. Ondemâdc,fçauoir-mon
fi lapuilTance hors fon ef-
fencea fade.
4. On demâdc , fçàuoir-mon
fi lentendement elt agent
-, dans la mémoire, 6dpatiêt
dans la volonté.
5. Sçauoir-mon fi l’entende¬
ment peutauoir vn objeét
fansle fens.
Sçauoir-mon fi la diuine
puilTance peut auoir vn
ade infiny.
7. Sçauoir-mon fî fade peut
eflre fans la différence.
Sçauoir-mon fi fade efl
poffedé par lapuilTance ou
parl’objed, ou par fvn&:
' l’autre.
Kaimond Lulle, Js>§
5>. Sçauoir-mon filafiibllan-
ce peut exifter par foy fans
fescaufes.
lo. Sçauoir fi la volonté a le
poLiuoir en l’entendemenc
par le croire , 8c l’entende-
ment dans la volonté par
l’entendre.
îi. Sçauoirfi dans laine, la
volôté6c la mémoire font
efgales.
it. Sçauoir-mon, filenten-
dement fans fes corrélatifs
peut eltre vniuerfel ou par¬
ticulier.
iJ.Sçauoir-mon fi l’entende¬
ment quand il fait la fcien-
ce,f’il Ta fait par la propiie-
té& différence.
14. Sçauoir-mon, fi l’enten¬
dement difpofe l’aimer
le reffouuenir , ôc au re-
1 V
bonus.
î^: Sçiruoiu-iïîon , fl renten-
clement peut en vn mefme
tempscjuoiue 3c entendre.
S^auoir-mon , il i’enten- .
dement fait la fcience en
• iLiy-mefme.
17. On demande comment
rentendement fait Tefpe-
ce.
18. Scanoir-mon, fi l’enren-
dement auep fon efpece,'
commande à la volonté 6>c
à la mémoire qu’ils obie-
étent celle efpece. Com¬
me nous appliquons les
quelüons des réglés à l’en-
tendemêt,ainfi on les peut
appliquer aux autres puif-
fances en leurs maniérés.
V^dimQnd Lulle,
Des Qji^fiîons de la Tahle.
Chap. XXXI.
ï. demandejfçauoir-
iîion J fl le monde efl
ctemel j Va à la colône B,
C jD, 5c tiens la negatiuej
& tu trouueras en lacellu-
le B , C 3 T J B , que f’il eft
eterneljil y a plufieurs eter-
nitez differentes en efpe-
CCS, & font concordantes
par la cellule BjC,! co¬
tre la cellule B, C, T>D, ce
quieft impoffible: doit il
fuit, qu’il faut tenir la nega-
tiue de la qucflion, de lai^e-
gleB,leprouue.
I VJ
1 9^^ L! a rt Irefde AA,
t. On demade, fçauoir mon
fl Dieu peut eilre autant
infiny par fa grandeur que
par fon ecernice ? Va d la
colonne Cj D,E ^ & à la
cellule C , D, T, C, en te¬
nant l’affirmatiiie contre
la cellule C,D,T,D.
3* Sçauoir-mon fi Dieu peut
^ autant par l’Eternité, que
par l’entendement? Va à la
colonne D, E , F , & à la
cellule D,E, T, D.
4* Sçauoir-mon E Dieu eft
au/îi puilTant par fon pou-
iioir, comme par fon en¬
tendre 5e aymer ? va à la
colomneEjF, G, Se tiens
l’affirmatiue par la cellule
E, F,T,E, &: par la cellule
E, F, T, F, 5e parla cellu{e
E,F, T , G?iufques à ce que
Kdimond Lulle, 15)9
toute la colonne foit con-
fommée.
5. Sxjauoir-mon en Dieu fi
fon entendement & fa vo¬
lonté font plus grades que
fa vertu ? va à la colonne
F, Gj H,&: tiés lanegatiue
par toutes les cellules de
celle colonne, puifant ce
que les cellules fignifienr.
6. Sçauoir-mon fi la vérité
diuine eft autant vertueufe
par les corrélatifs efgaux
comme la volonté diuine?
vaàlacolotineG, H, I, àc
tiens raffirmatiue par tou¬
tes les cellules de celle co¬
lonne.
7.S (^auoir-mon (i en Dieu, fa
vertu, fa vérité &: fa gloire,
ont ce qui les fait elgales,
efloignées du temps, du
£ 0 O VÀyî bref J ç Mr
lieu 5 & de la minorité: Va
à la colonne H , I , K ,
tiens l’affirmatlue par tou¬
tes les cellules.
Des quefiions de Feuacua^
îion de la troifiéme
figure,
Chap. -XXXIÎ.
T\Ans la cellule B C il eft
-“^diélj que la bonté eft gra¬
de: maintenant l’on deman¬
de;
î. Scauoir-mon fî la bonté
ell: grande, & ce que ceft
que fagrâdeur? & en quoy
la bonté & lagradeur f’ac-
coident?
Raimond Luile, loi
Z. Et fcauoir-mon fi elles peu
Lient raccorder fans la dif¬
férence, Sc il faut refpôdre,
que la bonté ell grande,
CO mme il paroift par U de-
finition de la grandeur , &:
fa grandeur el‘t,d’auoir des
correlarifs, comme il pa-
roifl, par la deuxième ef-
pece delà réglé C.
3. Et elles f’accordér, par ce
que la bonté eft grande par
la grandeur, èc au rebours.
4. Et elles ne pourroiêt nulle¬
ment f’accorder fans la dif¬
férence de fes Corrélatifs.
Et ces chofes fuffifent de
l’euacuation , à caufedela
briefueté.
Car par ces chofes que nous
en auons dift , l’Àrtifte peut
lefoudréjôc faire dés-quellios
Z>oz L ^rthrefdeM,
par les autres cellules.
Des queflions delà
c Alton de la quatrième
figure,
CïîAp. XXXIII.
ON demande par quel
moyen l’entendement
fc conditionne^poLir eftre ge¬
neral par l’entendre general?
Va à la multiplication de la
quatrième ligure , &: voy^par
quel moyen l’entendement
multiplie les conditions^auec
lefquelles il multiplie les ob-
jQâ:s&:fon entendre : à celle
fin que par plulieurs & gran¬
des fciences il foit general .
B^aimondhulle, 203
veftu de plufiCLirs habitudes.
Et ces chofes fufHfeni: de la
miiltiplicacionj à caufe delà
briefueté.
Des queftions du meflmgel
des principes^
des réglés,
Chap.XXXÎ'V.
ONdemâde, fçauoirmon
fl la bonté peut eftre dif-
couruë par la grandeur, la du¬
rée, &ç. ôc au rebours : &: il
faut refpôdre , que ouy, com¬
me il eft fignifié par la troilié-
mc figure, enfaifanc du fiijec
le prédicat.
I. On demande , ce que
X04 hrefJeKi.
la bonté eft dans la gran¬
deur , durée, ècc. à quoy il
faut refpondre , qu 'elle eft
grande dans la grandeur,
&c durable dans la durée.
Z, On demande, ce que la
bonté a dans la grandeur,
&c. à quoy il faut dire,
qu’en elle , elle a les corré¬
latifs grands, dans la gran¬
deur, durables , ■ dans la
durél.
Et comme nous donnons
des exemples de la bonté : de
mefme peut-on en donner
des autres principes en leur
maniéré : U cecy fufHle du
meilange à fafa^on.
Kaimond Lulle. 105
Des Refilons des neuf Sh"*
jets : St premièrement
de Dieu,
Chap. XXXV,
1. demande , fcauoir'
^^monjfiDieu eft ? & il
faut refpondre , qu’oüy :
il eftprouLié es queftions
de la première figure.
2. On demande ce que c’efi:
que Dieu ? &c il faut ref¬
pondre que Dieu eit vn
Eftant, lequel agit en foy,
autant qu’il eft.
3. Par ladeuxieime efpecede
la réglé , l’on demande
ce que Dieu a enfoy,coef-
2o6 V Jvthfef àe
fentiellement.
A quoy il fautrcrpondre,
qu’il a fes corrélatifs , (ans
lefquels il ne peut auoir les
raifons immenfes &; etcr--
nelles.
4. Par la troiliefme efpece,on
demande ce que Dieu eftj
en autruy ? A quoy il faut
dire , qu il eft créant , gou-
uernant , Se autres fembla-
bles.
5. Par la quatrième efpece de
la réglé C , on demande ce
que Dieu a en autruy , ôc il
faut dire , qu’il a en autruy
lepouuoir ôc le comman¬
dement i &: en tout , le iu-
gement &: fade de grâce
ac mifericorde , de patiéce
tL de pieté . Et ces chofes
fuffilènt de Dieu, à caufe
de la briefuetc.
Kaimond Lulle* zo;f
Des que fi ions des Anges*
Chap. XXXVI.
t . /^N demande , f^^auoir-
'^monfilyadesAnges?
Si il faut refpôdre que ouy:
Car fl ce qui femble moins
femblable à D ieu ed;,beau-
' coup pluftoft ce qui fem¬
ble plus femblable à Dieu,
de plus , fil y a quelque
chofe qui foit côpofé d'in-
. telleduel &c de corporel,
beaucoup pluftoft y en a-ii
qui eft compofé d’intelle-
â:uel ôc d’intelleduel ; Se
dauantage, ft les Anges
n’eftoienc pas,l’efchelle de
la différence Sc concor-
lo8 l! Jrt bref de]sA.
dance fcroit euacuée, &
par confequenr le monde,
ce qui efl: impofTible.
2. On demande dequoy, & à
qui efl; l Ange ? Et il faut
rcfpondre par la réglé D,
qu il efl: de luy mefme : car
fon tlTence ne peut eftre
de poincl's ny de lignes,
coiTime par lafeconue ef-
pece de la mcline réglé , il
efl de fes corrélatifs ipiri-
tuels , c’efl à fçauoir de fes
able,satifsi&ier,defqucls il
efl compoféipar les atifsjil
efl affif, ôc par les ables il
eib réceptif, èc par ier il efl
V l’afle ëxiflât entiedesanfs
&:les ables.Par la troifieme
efpcce, il faut dire qu il efl
de Dieu. Et ces chofes fuf-
fifenc des Anges, àcaufe
delà briefueté.
'Raimond hnlle, lo^
Des Clueftions du Ciel.
Ch A P. XXXVII.
I. Q Cauoir-mon fi le Ciel
meutioy-mefme ,
il faut rerpondre,ouy;afia
que fes principes ayent des
corrélatifs fubftantiels &c
propres par fes conftella-
lions.
2- Sçauoir-mon fi le Ciel fe
meut vn lieu ï Etilfautref-
pondre, queouy, en foy&:
à l’égard des inferieurs cir-
culairemenc: mais non pas
hors de foydaraifon de ce
eft,que hors de foy, il n a
aucune aftion » ny n’en
pcnc auoir
3. Sçauoir-mon , fi l’Ange
meut le Ciel ? ôcilfaut ref^
tto L!(LArthrefàe M.
podre que non , par ce que
l’il le mouuoit, lesacifs de
fes corrélatifs feroient de-
fous, &: les ables delTuSî^:
aufli par fa forme ilnefe-
roit pas mouuoir les clé¬
ments ny les clementés,
mais par fa matière ce qui
efl impofTible.
4. On demâde, fçauoir-mon
fi leCiel avne ame motiueî
&: il faut refpondre, que
ouy ; car autrement ny la
fenfitiue ny la vegetatiue
n’auroient point dames
motiues , ny les éléments
n’auroient point demou-
uement.
5. On demade par la premiè¬
re efpece de la réglé E,
pourquoy eft le Ciel ? 6c il
faut dire qu’il eft j d’autant
qu’il
Kaimond Lullel m
qu’il efl compofé de fa matiè¬
re Se de fa forme. Par la deuxi¬
ème efpece de la réglé E , on
demâde pourquoy elt leCiel?
Se il faut dire , afin que les
eftants inferieurs puillent a-
iioir le mouuement : Se qu©
ces chofes du Cielfuffilent à
caufes de la briefiietc.
D^s Q^rjîious du qtdaîr terni
fujeî^ qtit efi t homme, '
Chap. XXXVIIL
î. demande, fçauoir-
^^mon, fl l’homme peut
auoirvne plus grande co-
gnoiffance de Dieu en af¬
firmant qu’en, niant î Se il
%iz L' yért bref de M*
faut tefpondre que ouy,en
affirmât: car Dieu n elt pas
par les chofeSjfans lefquel-
les il elt , mais par les cho-
fes,sâs lerquelles il ne peut
eftre,
2. On demande pourquoy
l’homme agit par fa forme
fpecifiqueî va à la fécondé
efpece de la réglé E , 6c là,
lafolucion eft impliquée.
3. Sçâuoir-mon, fi l’homme
en augmentant fon effen-
ce, augmente fes aétes. Et
il faut refpondre qu'aucun
homme ne fe fait foy
mefme.
4. On demàde quand l’hom¬
me déliré fe remémorer, 6c
qu’il ne peut fe remémo¬
rer, lequel de ceux cy, luy
manque le premier, ou la
Kaimond Luüe. 113
mémoire ou l’entende¬
ment i à quoy il faut dire,
que c’eft la mémoire : car
elle rend plus toft i’erpece
ancienne à rentendeinenc
qu à la volonté.
5- On demande comment
lame &c le corps compo-
fent l’homme i Se il faut
refpondre, qu’en rhomme
la bonté du corps Se celle
de l’ame compoient vne
bonté,Se ainh des autres,
d. On demande ce que c’efl:
que la vie de l'homme ? à
quoy il faut refpondre que
ceft cefte forme, laquelle
eft compofee de la vegeta-
tiue, fenfitiuedmaginatiue
&c raifonnable.
7. Ce que c’eft que la mort de
l’homme î il faut refpon-
Ki;
2/^ L! An bref de Ml
dre, que c eftladîlTolution
de la puifïance elcmenta-
tiucjvegetatiue, fenfitiue,
imaginatiue, 5c ratiocina-
tiue.
8. On demâde , fçauoir-mon,
fi l’homme eil vifible, Sc il
faut dire que non , car la
veue ne peut voir que la
couleur ôc la figure.
$. On demâde, fçauoir mon,
fi dans riiomme l’enten-
demet 5c la mémoire font
mefmepuifiance: Ôc il faut
refpondre que non , d’au¬
tant que fi elles eltoient
mefme puifiance , l’enten¬
dement ne feroic pas fuc-
ceflif en acquérant les ef-
peces , ny ne les oubli -
roit pas , ny mefme ne les
ignoreroit pas. De plus,
Kaimond Luile, 275
par ce qu’il fcroir trop fort
dans l’objc^l contre la liberté
delà volonté. Et ces chofcs
diètes de l’homme , fiiffileiu
à caufe de la brieueté.
Des Q^fîions de lima-
gindtiae.
Ch AP. XXXIX.
1. £^Cauoir-mon,(ll’imagi-
^natiue imagine ce qui
eft imaginable à fa manié¬
ré, comme,lafenfitiuefen-
fe ce qui eft fenfible.
X. On demande quelle eft la
caufe pourquoy l’imagi-
natiue abftraid lesefpeces
des fens.
K iij
2. î 6 V Art hrefâe Ai,
3. On demande ce que c’eft
querimaginatiiie ?
4. Sçauoir-mon (i l’imagina-
' tiue a des corrélatifs.
5. Scauoir-mon,firimagina-
tiue f augmente en augmê-
tant fon ade.
6. S cauoir-mon, fl l’imagina-
tiueeft vne puifîimceplus
haute que la fenfitiue?
7. Scauoir-monjfi l’imagina-
tiue a l’inftinft &: l’appetic
fpecifiez.
8. Par quel moyen lafenfiti-
ue empefclie l’afle de l’ima
ginatiue î
9- Pourquoy l’imaginatiue
n’eft pas autant puifTante
es chofes fenfibles ou fen-
fees , comme la fenfitiuc?
va au fujet de l’imagina-
tiue.
Kdimond hutte. 117
îo. On demâde,fcauoii'-mon
li la feufitiue fenfe Timagi-
natiue : &c il faut refpondre
que les puiÆinces inferieu¬
res n’agiffent pas fur les fu-
perieures*
De USenfîtiue,
C H A P. XL.
I. demande qu’elle de
fes puiflances fenfe
d’auantage la faim , & la
foif, ou le gouit, ou le tad:
&: il faut refpôdre^que c’cft
celle qui difpofe d auanta-
ge l'objet.
z.Sçauoi-monjfi le gouft fen¬
fe ainli la faim &: la foifi
auecrinftina & lappetit,
comme la veuë , le coloté
K iiij
2I8 L' Art bref de M.
auec la couleur : va à la
deuxieme efpecede la re-
gleE.
3. On demande , dequoy la
fenfîtiue fenfe, ce qui cft
fenfé : il faut refpondre,
que chafque fens particu¬
lier fenfe Ton objeâ fenfi-
ble par la forme fpecifique,
corne le fujetcoloré,eflant
fous le criftalje colore.
4.Sçauoir-monrila feniitiue
a vne quantité ponduelle
&c lineale ? &: il faut refpô-
dre que lafenfitiue atteint
aufTivifle, l’objeft de loin
que de près,
5.Sçauoir-mon,fi la fenfîtiue,
comme elle ale fens com¬
mun , ainfi elle a Ij puiflaji-
ce commune, finflinét, &:
lappetic.
Kaimond Lîdle, 2.19
(3. On demande, ce que ç’ell
que la fenütiue ?
7. Lafenritiue, auecquieft-
elle particulière ôc com¬
mune ?
8. La fenikiue,dequoy vit-eL
le,ôc eft nourrie, fçauoir-
mon, d la fenfidue eft fen-
fée,va au ftijed de la fend-
tiue.
DeldUegetattue.
Chap. XLI.
i-’Ç;Cauoir-mon,dlavege-
tatiue agift par fon efpe.^
ce.
2. Sçaiioir-mon, d lavcgcta-
tiuea quelque c-hofe, àrai^
fon dcquoy,clle Toit com¬
mune 8c particuliete,com-
K V
220 L! An h refde M,
me lafenfitiue.
3. Sçauoii'-mon , fl la quantité
de la vcgctatiue eft pon-
61'uelle, ou lincale.
q. On demande 5 ce que c’efl
que la vegeratiue.- ^^
<• Et ce qu’elle a en elle par la
fcc on de elpece de la re-
gie D.
6. On demande, dequoy el¬
le vit , elle eft nourrie, &
elle croidjôcen queilujeél
elle ell plantée.
7. Ce que c’eft que la mort de
la yegeratiue: va au fujet
de la vegetatiue, auquel les
folutions des queftions
fufdites , font impliquées.
K^imondhulle. ztz
Des Qmflions du huitiè¬
me Sujet .(jui efl l élé¬
ment atiue.
Chap. XLII.
O""
^Veft-ce que l’ele-
^Tienratiue?
Sçauoiu-mon , ü l’elc-
nientatiue a plufieurs ef-
peces, comme lafenlitiue.
3. Sçaiioir-mon >fi leleraen-
tatiueafes corrélatifs.
4.Sçauoir-monj fila flamme
de la chandelle ele mente
la mefche delà lampe en
elle merme, quand elle l’a¬
lu me.
5. Sçauoir-mon ? fl la flamme
K vi
221 Ü An hrej^ de M.
delà chadelle allume ain-
fl la mefcheauec l’air jcom-
me la vcue fenfejOu donne
lefensàla chofe colorée
aucc la lumière. .
d.Sçauoir-monjfi l’elementa-*
tiue ell: la caufe fpecialede
la î o n gu eu r , largeur , P ro-
fondeur , plénitude.,
7.Sçauoir-mon fi relementa«.
tiuceft: 1 efpece commune
des cléments.
Sÿauoir-monjfi l’elementaci-
Lic 5 peut eflre en vn fujet,
les elemens en eflant eflof
gnés.
S. Sçauoir-mon 5 fi l’elemen-
tatiue efl: la fontaine des
points , des lignes, SC des
figures.
J . S çauoir-mon,fi l’elemenca-
tiue ff meut ainfî naturel-
Kaimond LuUe^ 115
lement auec fon iriftind,
appétit , legereté , pefan-
teur3chaleur,&: autres , de
mefme, comme rhommcj
artificiellement fe meut
foy mefme, auec fes pieds.
10. Sçauoir-mon,firelemen-
tatiue peut auoir vne na¬
ture fans corrélatifs fub-
ftantielz.
11. Sçauoir-mon, fi les clé¬
ments font actuellement
dans les elementés.
îi.Scauoir-mon, fil’elemen-
tatiue à vne quantité con¬
tinué par tout les lieux
fous le globe lunaire.
13. Sçauoir-mon,f’ily adeux
chaleurs, Se deux fecheref-
fes : &: deux blancheurs 6C
autres ^ de mefme forte.
Solution: va au fujetde le-
Z14 Hd^rîhrefdet^.
lementatiue , & tire de là , les
folutions auec rentendemct
bien conditionné , &: rendu
artificiel par cétArc.
î4.Sçauoir-mon , fiilya vn
cin(^uiéme element ; & il
faut refpondre, que non*,
car il fuffit de quatre com-
plexions , aux chofes ele-
mentces.
Des êlÿejîions du neufiè-
me 0* dernier fujeéî^^qui
ejl llnjîrumentaîiue.
Chap. XLIII.
deuant nous auons fait
défia des Queftions de
1 inflrumenta'iité Natiireîle>
& ic^ nous voulons faire de
Kdîmonâ huile,
la Morale.
I. On demande j ce que c’eft
que la Morale?
Z . O n dem âde , ce que e’cfl que
la luftice, la prudence, &c.
On demande aufTi, ce que
c’eft que lauarice, la gour-
mandifeaScc.va au neufief-
me fuje£tde l’Inftrumen-
tatiue, &: fait félon qu’il eft
là lignifié, par ceTraidé.
3. On demande encore, fça-
uoir-mon , li la iuftice ell
bonne : ôe il faut refpon-
dre qa’oüy ; parce que , li
cela n’eftoit pas, pour lors
l’iniullice , ne feroic pas
mauuaife.
4. En oultre,on demade, fça-
uoir-mon, li la iuftice a des
corrélatifs : 6c il faut di¬
re , oüy : par ce que ft cela
n’eftoitpas, elle n’é pour-
roit eftre habitiiée,&: n’au-
roit pas quelques chofes,
dâs klquelles elle fuft fou-
îienuë Sc fituéc : ôc corne il
eft dit de ceuxicy ; de mef-
xne,orrpeut fairci des quê¬
tions de la luftice, par
tous fes principes Sc Tes re-
glesj&: comme il et dit de
laluftice, de mefme,on
peut dire des autres habi¬
tudes vertLieufes.
• Sçauoir-moîi 3 fi les vices
font des principes fimple-
inet priuatifsî&: il faut ref-
pondre, qu’oüy-3 car ils
n’ont aucune conuenance
auecles vertus. Etés ver¬
tus, lagent ôc J’agible Sc
l^urs inftruments , ont
cnfcmblc vne concor-
K^imond
dance dans le fujet ver¬
tueux. Et ces chofes fuf-
firent de la Morale, à caufe
delabrieueté: principale¬
ment, parce ce que dans le
grand Art , nous en trai-
£tons plus amplement.
Des enflions des cent
Formes,
Ch AP. XLIV.
LEs Q^ftions des cent
Formes , fe peuuent fai¬
re, en autât de façôs,que cha¬
que forme eft differente en
neuf fujets : comme l’entité j
gtc. qui eft vne forme en
Dieu, vne autre en l’Ange, ^
vne autre dans le ciel, Sec. cô-
ziS L*yérthrefde}A»
me , quand on demande, fça-
uoir-mon,fi l’Entité de Dieu,
eft principe à toutes les au¬
tres cnticeZi il faut refpo-
dre qu’oüy;parce que fa bon¬
té elt le principe à toutes les
autres bontez; ôcfa grandeur
à toutes les autres grand eurs
& fon Eternité , à toutes les
durées cela ne peut cftre
dit de la bonté de l’Ange, Sc
du Ciel, &c. &pource la for¬
me , félon qu elle efl diuerfe
des autres, elle peut eftredif-
couriié auec fes principes Sc
fes réglés.
On demande fçauoir-mon,
/ireftant&: l’eftre feconuer-
tilTent : & il faut refpoudre,
qu’ils fe côuertiflent en Dieu,
en Dieu, il n’y a rien de fiipe-
rieur n y d’inferieursmais das
Kaimond Luite, i z 9
l’Ange &: le Ciel,&:c.ils ne fe
conuertiirentpas : parce que
l’eftreen eux,eft par l’efTence,
3c non au rebours j c eft pour-
quoy en tels fujefts , l’effen-
cceftau delTus, ôc Teflre au
delTous .
Les qwedions fe peuiient
feparément faire^par vne ma¬
niéré de Tvnité de Dieu-, par
vne autre 5 de l’vnité de l'An¬
ge, par vne autre, de Tvnité
du Ciel, &c. comme , quand
on demande fqamoir-mon.
f’il conuient à IVnité deDieui
d Vnirrinfiny,&: il fautrefpô-
dre qu oüyjcar fans l’vnir in-
finy , fon vnité ne poiirroit
eftre infinie : parce que fa
puilfance feroit finie 3c liée,
& feroit oyfeufe dans l’Eter-
nicc j 5c ©n pourra ainfi dire.
^30 Ü^rt bref de M.
de la diuine bonté ^ gran¬
deur , ôc ce qui eft inipofii-
ble."
Et fi on demande de l’vnité
de l’Ange, fçauair-mon , f’il
îuy appartient d’vnir i ilfairt
refpondre , félon les condi¬
tions de fon vnicé : c’efl: afla-
uoir, qu’vn Ange auec vn
autre, vnit vn parler mo¬
ralement objediuement vn
aymer,vn entendre, vn hom-
mifiei* , ie ne dis pas quVn
Ange vnifie l’autre Ange:par
ce qu’il ne peut , comme il efl
défia dit : n y aiifîi vn ciel ne
peut pasvnirvn autre ciel:
mais effeéliuement , IVnité
du ciel 5 caufeles vnitez infe¬
rieures : mais de l’vnité de
l’homme, il n’en efi: pas ainfi,
car vn homme peut vnir l’au .
Kaimond Lfille, 131
trejcni’engendi'anc : Sc ainfi
des autres en leurs maniérés.
On demande fçauoir-mon,
fl en Dieu , il y a pluralité ? &:
ilfautrefpondrjqu’oüyià lef-
gardde fcs corrélatifs ligni¬
fiez par la fécondé efpecede
la réglé C, lans lefquels , il ne
peutiiuoir en foyvne infinie
3c eternelle operation en bo¬
nifiant, magnifiant, 3c eterni-
fiant , 3cc. 3c ainfi fa puifTan-
ce feroit liée 3C oifeufe» ce
qui eft impofîible : Et de la
pluralité de l’Ange, il n’en eft
pas ainfi : car l’Ange eft com-
pofëdefes atifs,&t ables, au
refpeét de la fimplicité diui-
ne, 3c femblablemeni le Ciel
eft plus compofé que les
Anges , 3c l’homme que le
Ciel.
1^1 V Ârt bref de Ad,
On demande, fçauoir-mon
fl la nature ell en Dieu , &; il
faut rt îpondre que ouy , afin
qu liaye vn ïamenteuoir, en-
tendie, &: ay mer, naturels, èc
aufTi vne boni-. natLitelle,vne
grandeur > Sec. 6e afin que ces
raifons luy fonnt naturelles
pour produire vn bitninfîny
&: eternel, comme il luy con-
uienc de nature : Et delà na¬
ture Angélique il n’en efl pas
ainfi , car elle elt finie &: nou-
uelle. Toutesfois il luycon-
nient de nature, par ce qu’elle
a des efpeces nées en-'elle&:
naturelles, auec lef'quelles elle
objede objediuement ôc na¬
turellement : & ainfi on peut
parler de la nature du Ciel fé¬
lon fa façon, 6c félon fes prin¬
cipes 6c fes réglés fpecifiées
Raymond Lulle . 131
& naturelles , auec lefquelle-
il agit fpecifiquement &: na
turellement.
Et on peut ainfidire , de
la nature des autres fujets ea
leurs maniérés : l’Artifte peut
Elire des quedions des cent
Formes , par les chofes qui
font dites cy delTus , &cles
refoudre 5 félon que les que-
fiions font traiâces &c de-
duiftesdiuerfement , par les
neuf fujets differents entre
eux , en conferuant à chaque
forme fa définition, que nous
auon ^aidc c-ydeuant.
Et en ce cas l’entendemét
cognoifl, par quel moyen il
cft grandement general,pour
faire plufieurs queftions , de
les refoudre par le moy en qui
eft dans l’euacuation de la
25 4 L* Jrt bref de M,
troifiéine figure , &: dans la
multiplication de la quatriè¬
me figure. Et c eflpourquoy
qui pourroitnôbrcr les que-
fîions &: les folutions qui peü
uent cltre faiètes : &: que ces
chofes fuffifentdes queftions
des cent formes à caufe delà
brieuete.
De U deuxieme partie, qui
efl de l' habituation.
Ch AP. XLV,
Elle partie efb de l’habî-
^ tuation de cet Art, &: elle
eft diuifee en trois parties, La
première defquelles efb, des
treize parties , efquelies cet
Art
/
Kaimond LuIIe. 135
Art eft diiiifé, èc l’Artiftc
de cét Art les doit habituer,
afin qu’il fçache appliquer la
queftion au lieii,ou lieux dif-
pofé ou difpofez félon la pro¬
portion de la matière de la
queltion. La fécondé partie
eft» qu’il habitue la maniere8c
la fuitte du texte de cét Art,
tenant la façon du texte pour
prouuer Sc refbudre les que-
ftions eftrangeres , par le
moyen , par lequel elles font
expliquées dans le texte^com
me en vn exemple, par lequel
l’autre eft exemplifié Sc décla¬
ré. La troifiéme partie eft,
qu’il ayent le moyen de mul¬
tiplier les queftiorrs ôc les
(blutions pour vne méfme
conclufion : comme il eft li¬
gnifié par la troifiéme 6c qua-
'érthrefâe M.
triéme figure , parla table;
&: ces choies fuffifent de l’ha-
biciiacion à caufe de la brie-
ueté.
De la trei'^éme partie^ qui
ejl du moyen d^njeigner
cèt An,
Chap. XLVI.
/^EUe partie efidiuifée en
quatre parties ;
La première eft , que l’arti-
ile fçaehe bien l’alphabet par
cœur, les figures , les de/Hni-
lions , les réglés , 8c la fuua-
ïiondelatable.
La fécondé partie eft, qu iî
déclaré bien le texte à fes Ef-
'cqliers raifennablement, 8c .
Kaimond LuHe. '237
qu’il ne fe lie point auec les
authoritez d’autruy , 8c que
les Efcolicrs life entièrement
le texte, 8c f’ils ont quelque
doute qu’il demande à l’arci-
fie ou au maiftre.-
La tro ifié me partie efl, que
le maiftre ou l’artifte faire des
queftions dcuat fes efcoliers,
8c qu’il les refoluè'raifonna-
blement fuiuànt le procédé
de l’Art: Car l’artifte ne peut
bien fe feruir de cét Art fans
raifon d’où il eft àfçauoir,qne
cét Art à trois amis ; c’eft à
fçauoir,lafubdliré de fenten-
dementjla raifon, & la bonne
intention , fans lefqu elles
trois chofes, perfonnes ne
peut aprendre cét Art.
La quatrième partie eft, '
l’artiftefalfe à fes efcolie'S des
8 Ü Art bref de A/fl
quellions pour les faire ref^
pondre fur icelles , Se qu’ü
leur die qu ils multiplient les
raifons tendantes à vne mef-
meconclufion: &: qu’il troii-
uenc des lieux J par le moyen
defquels ils.fçachent refpon-
dre &: multiplier les raifons,
Qnefi les elcoliers ne fça-
uent refpondre,ny multiplier
les raifons , ny trouuer les
lieux, qu à lors leur mailtrc
leur enfeigne les ehofes fuf=^
dites.
U fin du Liurel
tA ïhonnenr eÿ louAYti^
de Dieu , çÿ* pour l'vtù
^^^pMiquCy Raymond a
Apfi imj lé
Raimond Luile £5 p
Adonajiere de S. Domini^
que mois dejanuter^tm
de l tm ^rnation de noflre
Sei^neu* h [us Chrifl- mil
trois cem fept^ /duquel [oit
tendu louante ^ honneur
f ar tous tes [tscles des fiecles^
Atnfi foit’^iL
TRAIGTE'
DE Me RAIMOND
L V L L E.
Delà Recherche du Moyen
entre le SujetSc le
Prédicat.
Du moyen naturel
etj LogicaL
O'^s nouspro-
' pofons de recer-
cher le moyen
qui eft entre le
fuj et Scie prédi¬
cat en deux façons: En la pre¬
mière : le Moyé naturelj&: en
a
2, TraiSîé de
la fecôde, le moy e Logical,5c
nous fliifons cecy en intétion
de cognoiftrele vray moyen
reel&: naturel, S^parconfe-
quent le Syllogirme-necelTai'
re , aufTi en intention de
cognoiftre le Syllogyfme
Dialedicien ou Logical , Sc
intentionnel par le moyen
probable 64 opinatif ?
Pour rechercher le moyen
Naturel , nous faifons qua¬
torze Syllogyfmes. Le pre¬
mier fe fait ainfi, quand Ton
fuppofe que ABC, foient la
fubtlance denuée de tout
accident , apres que l’on fafTe
le Syllogifme de la forte;
tout B, elt A , tout C , eft B ,
donc tout C eft A ; ce Syllo-
gifmc eft demonftratif, vray,
Scneceffaire, ôcquine peut
Raimond LuÜe, ^
cftreimpLigné.&laraifon de
cecy eit , parce qu’il y a vn
moyen rublianriel5reelj&: na¬
turel : n’y a aucun accident
qui y puifle contredire, parce
que ABC, font eÜoignez
de tous accidents.
Le deuxiefme Syllogirmefe
fait ^niijtout animal efl fiib-
ftance, tout home efl: animal,
doc tout home efl fubftance.
Ce Syllogifme ne femble pas
eflre neceflaire, parce que le
moyen n’eft pas fiinplement
naturel,lafubltanceeH:ant au
defTus, 6c l’animal au defTous,
6c l’animal au defTus , 6c Thô-
me au defTous , 6c partant il
faut ofler ôcenleuerce , par-
quoy lafubftance efl: au deT~
Tus , 6c eüeuer ce , parquoy
l’animal 6c l’homme font au
a ij ■
^ TrtxiÛéâeMn
defTous , afin que les termes
foient égaux : Le fyllogifmc
cfi: rendu nccelTaire , &c ce, en
cette forte , tout animal rai-
fonnablç eft vue fubftance
raifonnable: or eft-il que tout
homme eft vn animal raifon¬
nable, donc tout homme eft
vne fûbftance raifonnable , ^
parainfi ce fyllogifme eftré-
du neceftaire par légalité des
termes, par ce que, par ce-la,
le moyen eft naturel.
Le troifiefme fyllogifmq
£e fait ainfi,fuppofé que touf ç
bonté fubftantielle , fojrt la
raifon au bon , à ce qu U pro-
duifelebonoulebien , fub-
ftantiel, &: fuppofé quelebô
&: la bonté fubftâtielle,foient
le mefme,le bon eft neceftité
depcoduirelebon ou le bien
Kdimond LuUe. /
fubftantiel , partant, jefyllo-
gife de la forte ; toute bon¬
té fubftantielle eft la raifon au
bon de produire le bon ou le
bienfubftantieb mais A , eft
la bonté fubftantielle, donc
A,produidlebon ou le bien
fubftantiel , &: par ainfi le
fy.llogifmeeftneceffaire: par
ce que le moyen eft fobftan-
tiel , dans lequel le fujet &.le
prédicat fe conuertiftent ef^
îenticllement.
Le quatrième fe faid ainfîj
toute bonté infinie,eft la rai¬
fon au bien infiny,de produi¬
re le bien in fin y : mais A , eft
la bôté mfinie,donc A , eft la
raifon au bié infiny , à ce qu il
produife le bien infiny , & par
ce que le bien infiny, eft le
moyen , le lillogifme eft ré du
a iij
6 T raiêîè de Mr
necelTciirc, à mifon dequoy il
efl demon(lratif,&: reel.
Le cinquième eit têhtoute
bonté iniinie,8c eterncile,eil
la raifon au bo infiny, &c eter*
ncljà ce qu'il produife le bien
infinyj&eterneLmais A , eft
tel , donc A , produit le
bien infiny &c eternel , il ne
faut pas prouuer la maieure,
ny la mineure, par ce qu’il
f’enfuit necefiairement ; par¬
tant le moyen efi: trouué.
Le fixiefme eft tel , toute
puifiance infinie, à Fade infi¬
ny ; mais A, eft tel, donc A, a
i’aéte infiny.
Le feptiefnie eft tel , tout
entendement , qui eft le meL
me par efience,auec fa puif-
fance, peut exifter 3c agir:
mais A, eft tel, donc ôcc.d’où
Kaimond Luiie. 7
f’enfuic le moyen nacurehrai-
fonnablcS^ jreel , entre l’agct,
Tagiblej^: l’agir , &c par con-
feqiientjla dillin6lion, autre¬
ment l’agent, fe feroit foy
mefnie : de ainü de ragible,8i
deragir,&: l’entendement ne
pourroit entendre ce qui elfc
intelligible, de par ce que tou¬
tes ces chofes font impofTi-
blés , par telle impofllbilité,
nous trouuons le moyen que
nous cherchons.
Lehuidiémeferatel, fup-
pôle que l’entendement de la
volonté foit la mefme chofe
par elTencCjdelà , j’argumête
ainfi : dans toute elTence dans
laquelle l’entendement, &: la
volonté, font le mefme, il efl
neceffaire que l’intelligible,&:
le yoliblç, foient le mefme? d^
a iiij
s TratcîéâeM,
àu/Ti Tencendre Sc le vouloir ^
mais dans A , ils font la mef-
me chofe, donc 6^c. ôc ainli
on trouuele moyen que nous
cherchons.
Des (îx efpeces du moyen^
[ujdit.
DV fyllogifme, dans le¬
quel tous les termes sot
fubftantieîs. Premièrement,
en celle forte, toute P uilTance
infinie , eternelle.peut exi-
fler &: agir infiniment,5ceter-
nellement, mais A, efi: tel,
donc , ôcc. ce fyllogifme effc
neceffaire, par ce que tous ces
termes font fubftantiels , &:
ne multiplient pas plufieurs
elTences ,d où f’enfuit La ren¬
contre du moyen que nous
cherchcais.
Kdimond LuÏÏe. 9
Le fécond, eft tel : Aucu«
cune couleur n’eft quantité^
la rougeur eft couleur, donc
la rougeur n*eft pas quantité.
Ce ryllogifme n’eft pas ne-
celTaire, parce que l’accident
n’eft pas necelTairc par foy :
mais par la ftibftancc , Se par¬
tant on ne trouuue pas par
hiy vn moyen naturel, com¬
me nous le cherchons , mais
intentionnel.
Le troifiéme eft, quand les
premifes font fubftantielîes,
&le moyen accidentel, 8c ce,
en cette forte -, tout Muficien
eft homme , tout Muficien
eft animal, donc quelque ani¬
mal eft homme: le fyllogifmc'
n eft pas necefraite,par ce que
le moyen ne participe pas
auec les extrêmes,, en v-ne na-
ja T oaifle de M
cure fubflantielle ; Sc par ainfi
par luy on ne trouue pas vn
moyen fubftantiel.
Le quacriéme eft, quand
tespremil'es font accidentai-
res , 8c ie moyen fubftantiel,
Sc ce ,en cette forte; aucun
corbeau n’eft blanc, quelque
noir ed corbeau, donc quel¬
que noir n’eftpas blanc : ce
fyllogifme n ’eîtpas necelTai-
re, par ce que le moyen eft
compofé de fubftance 8c d’ac¬
cident , àraifon de la partici¬
pation despremifes.
Le cinquième eft , quand
la maj eur e efl fubftan tielie,ôc
Jemoyen,5cla mineure,acci-
4|?ntaires, 6c ce , en cette for¬
te, tout Muficien eft hom-
tne, tout Muficien eftfçauât,
«ionc quelque fçauant eft
KamonâLulle. ii
homme : ce ryllogifme n efl
pasneceffaire, par ce que le
fujet ôc le prédicat partici¬
pent par diuerfes natures.
Le fixiéme eft, quand la
maieure eftaccidentaire, Sc le
nioyenjôcla mineure fubiUn
tielle , 8c cejcn cctce forte*,
quelque homme eft blanc,
tout homme eft animahdonc
quelque animal eft blanc : ce
fyllogifme n’eftpas démon-
ftratif,par ce que le fujet 6c le
prédicat clochent par priori¬
té, 6c pofteriorité.
De la recherche du }Aoyen
intentionnel.
Le premier fyllogifme eft
tel i La bonté eft Teftanc
àraifon duquel le bon fait le
bon, mais maintenat fuppofé
Si Traite de M,
que A, foit la bonté: donc A»
feralaraifonpoutquoy le bô
fait le bon : ce fyllogirme cft
dialeéliqueouprobatif, & la
raifon de cecy eft, par ce que
fon moyen eft indéterminé :
d autant que quelque bon
fait le bon de fon effence,-
comme l’agent naturel qui
fait fe bien de fa bonté, côme
leperefonfils, &; le grain de
froment refpy5&: vn autre bô
qui fait le bien , mak nonpaj
de fon effence, côme lartifan
qui fait vn bô coffre de bois.
Le fécond fyllogifme eff
tel, La grandeur eft bonne, 8c
partant iargumente ainfî,
toute grandeur bonne eff la
raifon au grâd , à ce qu’il faffe
le grand bien, mais A, eff tel,
donc il fait le grand bien i ce
ffllogifme eff dialedique ôc
Kaimond huile,
pro,bable,mais non pas necef-
faire : la raifon de cecy eft,par
ce que la feule bonté lubâan-
tielle eft la raifon au bon, à ce
qu’il produife le bien , mais
non pas la bontéaccidentai-
re, parce quelle eft par acci¬
dent , de laquelle bonté la
grandeur ell habituée par ac¬
cident. Or l’habitude ne pro¬
duit pas, mais l’habitué auec
l’habitude produit, comme la
blancheur qui ne blanchie
pas , mais le blanc blanchit
par la blancheur.
Le troifiefme fyllogifme eft
tel, la durée par lapuilTance
peut exifterSe agir ,1a puiffan-
cepar la durée peut durer, &:
partant j’argumente ainfi.
Toute durée peut exifter &:
agir par la puilTance : mais A
eftvne durée, donc A, peut
Î4 Traite de M.
exifter Sc agir. Ce fyllogifme
n’efl pas demonüratif , par¬
ce qu il eft compolé de fub-
ftance ôc d’accident : laraifon
de cecy eftjen ce que la durée
par foy^ne peut exifterny par
confequent agir j il ell donc
manifcfle que ce fillogifme
efl dialediquejdans lequel y
a vn moyen intentionel.
Le quatrième lillogifme efl,
de celle forte , fuppofe que
l’entendement 8c la volonté
ne fofent pas mefme cliofe
par cfsccedaquelle faculté efl
vraye dans les chofes créées j
8c à lors j’agnméte ainli, tout
ce qui ellaymé , eft aymépar
la volonré , Sc tout ce qui efl
entendu, eft entendu par l’en-
tendementunais A, eflaymé
^ entendu, donc Ajcfl aymé
Kaimonâ Lulle, ij
par la volonté , &c entendu
pat rentcndement , ce Tyl-
logifme ell probatif, mais
non pas demonflratif &c ne-
celTaire, la raifon de cecy
ell; parce que,lavolontén’ell
pas neceiïitée d’aymer l’en-
tendemét 5 n’y l’entêdement
d’entcdre lavolôté, parce que
chacunejdeces puifsaces eltli.
bre quât à fa naturejSe aauoir
fon propre appétit à fa propre
fin 5 c’eft à dire à fon propre
objeét, comme la volonté à
vouloir , 6e l’entendement à
entendre : Toutesfois fi ces
efTences eftoient vne mefmc
elTence, ôenonpluficurs, la
Yolôtéferoit neceflltée d ay-
mer l’entendement 3 6^ l’en-
tendement d’entendre lavo-
lonté36e ainfi le fyllogifme %
Traiflê de M,
roit demonftratif.
’ Ilnefautpas repererles fix
efpeces fufditcs de moyen
pour rechercher le moyen
intentioneij parce que nous
en fommes délia informez,
par ce qui aellé dit dans le
mefme chapitre touchant la
•recherche du moyen qui eft
entre le fujet &c le prédicat ,
par ce que l’entendement lo-
gical n.'.turel efl fort haut
releué pour trouuer des
moyens naturels èc inten-
tionels , ôc leurs différences:
&;fe peut garentir des fallaces
Se des fophifmes.
Cyfint(lâufc la grâce de 'Diet^
k TraiHé de la recherche
dfc moyen.
Traiflé
//
\îf
TRÂICTE'
D E M'^ RAIMOND
L V L LE.
De la Conuerfton du fujei
^ du prédicat par le
Moyen*
Dieu auec ta fouliez
raine fapien ce, cha¬
rité 6c vertu , icy
cômen ce le T raidé
de laConuerüon du fujec 6c
du prédicat par le moyen.
D’autant que les opinions
croifTènt , par lerquelles Ten-
téndement eft omifqué , 6c
mis fouucntçfois çn erreur,
b-
i8 Tratfie de M.
de les demonftrations fe fe-
menc rarement dans les dif-
putes ôe dans les liures, ce qui
fait quafi périr la fciêce i C’eft
pourquoy nous auons inten-
tion d’enfeigner en ce liure,
comment nous pourrons
nous habituer de demonftra-
tions, &c par confequent la
vraye fcien ce , reprendra fa
vigueur , & les opinions cef-
feront.
Le fujet de ce liure, eft le
moyen > par lequel nous re¬
cherchons, la conuerhon du
prédicat ôc du fujet.
Ce liure fe diuife en dix
diftin61:ions qui font telles :
l’ordonnance. Dieu , l’Ange,
le Ciel, l’homme, l’imagina-
tiue , la fenhriue , la vegetari-
ue, lelementatlue, 6c i’infïru
V^dumnaLtillc, 19
mcntatiue. La raifon pour
laquelle nous diuifons en dix
diitindLions ell, parce que
rentendemenc difcourt en
quatre façons, à fçauoirjpar la
prédication, par la cpnucr-
lion , par l’opinion , & par la
demonftration , 6c partant,
nous dircourerô.s ces quatre,
par ces dix diftindlions.
De U J^remiere DiJIinflion.
C'^Ette diftindion eft l’or-
donnance &c le préambu¬
le des autres diftindio ris, afin
que par fon moyen on co-
gnoilfeles maiorités. Or il
y a le moyen du tout general
qui eft la fource de tous les
moyens qui font entre le fu*
b ïj
zo Traiéîè de M,
jet 6^ le prédicat : comme par
exemplejquandle terme tout
vniLieiTeirereiTeiTe au terme
quin’eftpas tout particulier,
comme, quandla bonté toute
generale eil: relTerree à la
grandeur, 8C à lors on dit la
bonté grande, laquelle bonté
grande n’eft pas du tout ge¬
nerale, ny du tout particu¬
lière: mais quâd onia reflerrc
Sc que Tondit, la bonté de
Pierre eft grade , elle eft pour
lors du tout rpeciale : ôc par¬
tant la bonté grande eft le
moyen qui eft entre ce qui eft
tout general , 6c ce qui eft
tout particulier: Tel moyen,
requiert trois efpeces, quand
par iceliiy ,ie fujet 6c le prédi¬
cat fe côuertiftent , à fçauoir,
le moyen de meftire > le
. Kdimond Lufle» ii
moyen de conion6lion, Se
le moyen d extrémités .. Le
moyendemcrureeft, quand
ilexifteégallement entre les
extrémités, comme l’enten¬
dre natLirel,qui eft également
entre l’intelligent 6<r l’intelli¬
gible : de tel moyen naift h
relation Se la côuerfion entre
le fujet Se le prédicat : Le
moyen de conionélion,eil la
caufepourquoy les extrémi¬
tés font coniointes Se f’enfuit
vnion. Le moyen d’extre-
mités eft à l’efgard du fujet
côtinu, comme la ligne entre
deux points. Or il y a plu-
Leurs Se diuerfes énoncia¬
tions, comme par exemple,la
bonté eft grandeur , Se la
grandeur eft bonté.
Or vne autre efpece d’e-
b iij
2 2, Traite de ^4.
nonciation efl, quand lefujet
le prédicat ne fe conucrtif-
fent pas , comme quand on
dit , tout homme eft animal,
cela ne fe conuertit pas : Par¬
la première énonciation on
cognoift le moyen duquel
naift le fyllogifme demon-
flratif, par la fécondé, vient le
fyllogifme opinatif, &; l'opi¬
nion vient aulTi de cette énô-
ciation , la bonté eft grande,
la grandeur elt bonne, parce
que le moyen efl vn accident
copulatif, &: empefche que le
fujec Sc le predicac ne fe con-
uertilTent.
Il faut apprendre que l’en¬
tendement eft difcurfif &: ca¬
pable de difcourir : lors qu’il
recourt à fa nature &: à fa fa¬
çon d’entendre , en recher-
Kaimond LuHe, 13
chant le moyen entre le fujet
SC le prédicat : Sc s’il troinie le
moyen fubftantiel 5 entre le
fujet de le prédicat , il co-
gnoiftquela domonilratîbn
fe fait de tel moyen A alnfi il
ne fe fera point de fyllogifme
opinatif.
En outre , fi l’entende¬
ment difeourt parles opinios
de par l’entendement des
Philofophes , &c qu’il ne
recourre pas à fa nature , &r à
fafaçô d’entendrejà lors ileft
dans la creance Sc dans l’opi¬
nion , SC habitué de contin-
géee. Que s’il a fon recours à
fon entédre natureljôe nô pas
à ce que les autres ont ditj&i à
la congnoilfance de la nature
du moien , entre le fujet Sc le
prédicat : il eft pour lors
2-4 Traite de y[,
aiïertif , &: cette réglé eft in-
fâillible,&: par ellejfentende-
ment chalTc les fophiftica-
tions5&: rentendement Lo-
gical, ne peut fubfifter de-
uant luy.
Le ryllogirme demonftra-
tif , requiert des principes
vrais & necefTaireSj^ primi¬
tifs, que nous recherchôsauec
la côuerlîon des fujets ôcdes
prédicats : &: auec le moyen
entr’ciix; &: les autres fyllo-
gifmes, dans lefquels les ter¬
mes ne font pas conuerti-
bles, nous les appellerons o-
pinatifs.
K^imond LuIIe, 25
De la fécondé
qui eft de Dieu,
Etre diilindion eft diui-
V^fée en cinq predicatiôs,
& premièrement:, de la pre-
'miere ; je fuppofe que Dieu
foit vne bonté tres-intelli-
gente, vne volonté tres-vou-
lante, vne vertu tres-vettueu-
fe , vne vérité tres-vraye , &:
vne gloire très glorieufe,
vneperfeélion tres-parfaite,
vne ûmplieité trel-iimple,
vne infinité très -infinie.
Et fl la prédication eft fauf-
fe : il s’enfuit neceftauxment
que l’entendement humain a
fa ver tu plus haute releuee
enfe reprefentant Dieu^Sc fes
b y
TraiSié'de M.
raifons , par forme d’objet,
que Dieu &: fes raifons mef-
meSjne fontjCe quieft impof-
lible , parce que lentende-
ment ne leroic pas li grand,
de la part delà première cain
femefine,ej[lant plus haut ob-
jc£tiuemenc. La première
prédication eft donc vraye 8c
necelLrire , parce qu’elle efl:
compofee de principes pri¬
mitifs ,vray s ôc neceffaires :
partant j’argumente ainfi ,
tout ce quieltDieu,eftlabô-
tétres-bonne, mais lagraa-
deur tres-grande eft Dieu:
donc la grandeur tres -g^ran-
de eft la bonté ires- bonne :
Ce fyllogifme eft demonftra-
tif, parce qu’il eft de principes
premiers , vrays 8c necelfai-
res : 8c comme on adonné
exemple de la bonté 8c de la
Kaimond Lutte. 17'
grandeur , en faifant la de-
nionfbation, de meffnejpeut
on donner exemple , dans les
au très raifons : mais nous les
obmettons par brieueté.
On aprouué que la bonté
tres-bonne , eft la grandeur
tres-grande, &; l’opcimité&:
la maximité, ne fe peuuenc
conuertir fans moyen,quiefl
le pur afte, à fçauoir,le fnper-
latif , bonmfier, 6^ le fuperla-
tif magnifier , loprimer & le
maximer , anec lefquels , les
raifons font au degré fuper-
latif, ayâs la nature eOoignée
de toute oybueté : Or tel
moyen ne peut' eftre fan s- ex¬
trémité ( ainli parleray-je)
eftant fade pur,lefquelles ex¬
trémités nous appelions ma-
ximant •&: ma>:imé. -Or le
b Vf
2.8 TraiSîèdeM^
moyen de coniondioncon-
ioint,que Toptimant maxi-
mât engendre le fuppoftop-
timé &c maximé , autre fup-
pofti de par ainfirefulte la re¬
lation , & par confequent la
dillindion des trois fup-
pofts. Or le moyêd extrémi¬
tés (ainfi parleray-je) p.ofc
que tous les trois fuppofts di-
uins demeurans en leurs nô-
bre fontvneelTence indiuifei
Ce qui eflant ainlijOn a mon¬
tré comment rentendement
humain. peut auoir cognoif-
fance de la diuine Trinité.
La fccande prédication elî:
telle , Dieu efl; l’infinicé tres4
infinie, l’infinité très -infinie
efl Dieu ; dans cette prédica¬
tion , les termes font conuer-
tibles de égalés ^ 3c ce ^ fim-
KaimonJ Luile,
plement: partant on argumê-
te ainü.Tout eftant infiny eft
Dieu, la Trinité eft l’eftant
infiny, donc la Trinité eft
Dieu : ce f'yllogirme eft de-
monftratif , parce qu’il eft de
principes primitifs, vrais ôc
necelfaires : &: par ce que l’E-
térnité& l’infinitéTeconuer-
tiftent auec Dieu , l’optimité,
ôc la maximité, il t’enfuit ne-
celTairement , que dans ce
fyllogifme, le moyen y eft
de la mefme façon i que dans
îepremier,&:par confequent,
que latres-fainéteTrinité eft.
Dieu eft bonde bon eftDieu,
dans cette prédication , ces
termes ne font pas conuerti-
bles, y ayans d’autres eftants,
qui font chpfes bonnes,
comme l’Ange, le Ciel j ôcc^
Traite de Ad.
de partant de celajne fe fait
point de fyllogifme demon^
flratif, parce que le moyen
de mefure manque.
Dieu eft le Créateur : le
créateur eitDieu j delà,on ar¬
gumente ainli, toute infinité
tres-infinie, eft le Créateur:
Dieu eft l’infinité tres-infi¬
nie, donc Dieu eft le Créa¬
teur. Le moyen eft, dans ce •
fyllogifme, comme au pre¬
mier, de au fécond ; comme
il eft manifefté, parce que dâs
la création : il faut qu’il y ait '
le créant, lecreable, &le.
créée, parce que le créer n’e-
galcpas,la triniré ^lachofe
veuè , & le moyen de con¬
jonction, ne les conjoinCt
pas en effence , de ainfi du
inoïen d’extremités»
B^aimond 'Lulle, 31
Diea efl la trcs-bonnè cau-
fe , la tres-bonne caufe eft
Dieu : Sc partant j’argumen¬
te ainlij tout ce qui eil: la tres-
bonne caufe , eft la tres-gran-
de caufe:mais Dieu eft la tres-
bonne caufe 5 donc Dieu eft
la très grande caufe j or Dieu
ne peuteftre la très -grande
caufe, fans le très-grand ef-
fed que nous appelions
Chrift , parce qu’ils font rela¬
tifs. Or le moyen de conuer-
fton nepeut conuertir la cau¬
fe &c l’efted, & ainft du moye
d’extremitez , parlant natu¬
rellement.
Nous auons declaréia re¬
cherche de la conuerfion du
fuiet 5 ôc du prédicat en Dieu:
par confequent le moyen , Sc
par telle prédication , on co-
3^ TraiéJé de M.
gnoift , laquelle de toutes ces
chofes eft au plus haut degré.
Et comme nous auons dit>
de celles- cy , demefme , en
peut-on dire des autres : ôc
telle doélrine eft fort vtile,
pour cognoiftre Dieu j quant
àfes operations intrinfeques
& extnnfeques, &c quant a
fes raifons réelles.
De U troifîéme Diflinêîion
qui ejî de l’Ange.
'Ange eft vn efprit creéy
I- >non conioinâ: au cotps,
vn efprit créé, non conioinét
au corps, c’eft l’Ange. Cette
prédication n’eft pas fi necef-
laire, comme celle-là, dani
Raimond Luile, 33
laquelle, les raifons diiiines
font énoncées de Dieu mef-
me 5 parce que l’efprit 8>c l’e-
ftre créé , font fuperieurs , 8c
l’Ange ell inferieur , comme
il efl manifefte , par la redri-
61:ion&: contraétion delà pre.
mierediftindion: &: partant
j’argumente ainli. Tout An¬
ge elt vn efprit créé , non cô-
ioind au corps , Gabriel ed
vn AngCjdonc c’ed vn efprit
creé,non conioind aii.cotrpsr
ce lyllogifme ed vray 8c ne-
cedaire : mais il n’ed pas pri¬
mitif, parce que le moïen de
mefure n’égale pas les extrê¬
mes n’y ne les fait pas con-
uertibles -, comme l’Ange 8c
l’efprit, 8cc. Or le moïen de
coniondion , conioind les
principes ,1e moïen d’extre-
34 Traiâè de M.
mitez , pofe <^u€ toutes ces
chofes là conltituentrefTem
ce de VA nge , &: partant , le
moien que nous cherchons
neutre également dans ce
fyllogirme , qui eft entre le
fuiet &c le prédicat.
L’Ange eft fon erpeee,vne
cfpece eft T Angej nous expo-
fons cette prédication con-
uertie : en forte que nous
puifîions trouuer le moyen
entre le fujet Sc le prédicat:
Tout Ange, eft vne efpecca
Gabriel eft Ange 5 donc Ga¬
briel eft fon efpece : dans ce
fyllogifme,eft la" reftriftion
ôc contradion de rclpece^à
Gabriel : Le moyen de mefti-
re ne côuertit pas les termes :
Car la reftridion &c la con¬
tradion en eft caufe : Le
'R^aimondï^ulle, 33
moyen de coniondion con-
iointlefuperieur auec l’infe¬
rieur : Lemoyend extrémi¬
tés pofe que, ces chofes ne
font qu vne efTeftce indiuife.
Et partant par telle doffcrine
l’entendement cognoifl; que
le moyen entre en ce fylio-
gifme en quelque façon, mais
non pas fimplementjentre le
fujet Scie prédicat.
L’Ange ell la bonté,la bote
eft l’Ange: cette prédication
efl; fauffe, par ce que la bonté
n eft pas la reftrainéte : car fi
l’Angeeftoit la bonté, il fe-
'roit égal à Dieu en bonté , Sc
ainfi defes autres principes,
ce qui eft impofiible: à raifon
de laquelle impoftlbilité, le
moyen defiré ne peut entrer
entre le fujec Scie prédicat
^6 Traîflé de M.
fufdit, parce qu’aucune de fes
trois efpeces n'y peut entrer:
comme il apparoill; par cét
argument qui eft faux ôc er¬
ronée ; toute bonté eft Ange,
Gabriel eft la bonté , donc
Gabriel eft Ange : par ce faux
argument on cognoift com¬
me par fon contraire , com¬
ment il entre dans le v ray fyb
logifme, 6c non pas dans ce
fyilogifme, N: on demonftre
le moyen qu’on rechercbe.
L’Ange eft bon > le bon eft
Ange: cette prédication eft
faulfe , l’Ange eftant au def-
foiîs, 6c lebon au deffus : 8c
j’argumente ainfi, tout Ange
eft bon, Gabriel eft Ange,
donc il eft bon : 5C parce que
cette prédication eft faufte,
f’enfuit vn faux argument j 8c
Kaimond Lulle, 5/
amfi 011 cognoifl poiirquoy
lemoyen,ny peut entrer, à
raifon duquel cmpefciiemet ,
le moyen, & fon erpece,nous
efldefcouuert.
Le diable cH: mefehant , le
mefebanr efl: diable : cette
prédication efl faulTe, d’autât
que le iujet 8c le predicatnc
fe conuertiiTent pas, par ce
que le moyen ne peut entrer,
& afin qu’il Toit manifefie ,
i argumente ainfi : Tout dia¬
ble eft mefehant , Lucifer efl
diable, donc Lucifer efi: mef-
chât, le paralogifme eft^ux,
puis que le moyen demefure
ne peut conuertir le mal reel,
8c le bien naturel , le diable
eilanr bon naturellement , 8c
le moyen de conionâ'ion ne
peut conioindre lafubftance
5 8 TraiSîedeM.
a<Lracddenc,afin que ce foit
nierme chofe effennellemét>
&c ainfi du moyen d extremi-
tez.
De la quatrième dtpnéîiony
qui ejl du Ciel.
T E Ciel eftvn corps mou-
■^'uant toutes les chofes mo
biles : le corps qui meut rou¬
les chofes mobiles 3 c eft le
CieL^Cette conuerfion de
ces pSdicats eft reftrainte , &c
partant i’argumente ainftï
Tout Ciel’ eft corps 3 la hui¬
tième fphere ellCieCdonc
la huitième fphere eft corps:
le moyen de conuetfton ne
conuertit pas le corps 6c le
Rdimond LuSe, 39
Ciel J or le moyen d'e con-
iondion conioint en reilrai-
gnanc : or le moyen d ’excre-
mitez conioint dansvnemef-
me elTcnce: & ainli il nppa-
roift que ce fyilogifme n’ell
pas firaplement demôftratif ,
le moyen de coniierfîon ne
j[^ouLiant conuercir le Cielôc
le corps.
Le Ciel elL le très-grand
corps, le tres-grâd corps c’eft
le ciel , partant i’argumente
ainli : Tout ce qui eft vn très-
grand corps eft le ciel , la hui-
«ftiéme fphere eft vn très-
grand corps, donc, c’eftvn
ciel : on peut dire de ce fyllo-
gifme de mefme que du pre-
niier, par ce que fes principes
ne font pas égaux.
Le Ciel eft la fubftance pre-
40 T raiSle de M.
jtnierement meuè’slafubflan-
ce prcmiereiTicnt meue , ccd
le ciel , par ce que les princi¬
pes ne lont pas égaux , ce fyl-
îogifme eltxommeles deux
precedents.
Le Ciel eft eternel , l’Eter-
neled le Ciel, dans cette pré¬
dication les termes ne lont
pas égaux ny reltraints, d’au¬
tant que ce qui eft ereinel,
n’eil pas non eteinel, Sc par¬
tant i’argumente ainli , nul
ciel eft eternel. La huitième
fphere eil vn ciel, donc la
huitième fphere li’eft pas
cternelle,le moyen n’entre
pas dans ce fyllogifme auec
fes efpeces , par ce que l’erer-
nei eû infiny , &c le ciel eft li-
ny , tels & femblables ne le
conuertilTentpaSjny ne peu-
^ uent
Raimond Lulle^ 4/
uent eftrevne mefme efTence,
&: partant ce n’efl pas vn vray
fyllogirmej bien foit en
forme fyllogiftique.
Le Cieleft vn eftant incor¬
ruptible, vn eftant incorru¬
ptible eft le ciel, dans cette
predicatiô les termes ne font
pas égaux, par ce qu’ils fonc
par la reftridion , & partant
onargumenteainfijTouc ciel
eft incorruptible, Saturne eft
vnciel, donc Saturne eft in¬
corruptible : ce moyen de
conuerfion n’entre pas dans
ce fyllogifme , mais bien le
moyen de coniondion &:
d’extremitez , par ce que le
moyen de côuerfionnepeut
fubiifter dans des termes re-
ftreints , eftant égal aux ex¬
trêmes,
Trdiâè dehif
41
De la cinc^utéme dijîinêîiony
qui ffi de t homme,
La fub fiance raifonnable
fenfee , efl l’homme,
Thomme efl lafubflance rai¬
fonnable fenfee , cette con-
uerfion efl de continuation
Sc de coniondion, partant
i argumente ainfi, toute fub-
flance raifonnable fenfee efl
homme, Pierre efl vne fub-
flance raifonnable fenfee,dQc
Pierre efl homme : dans
cefyllogifme il apparoifl co¬
rnent le moyen decôuerfîon
n’entre pasi mais biê les deux
autres moyens; par ce qu’ils
font, que Pierre ôc la fubflâce
Raymond LuHe. 45
fenfee font le mefme en ef-
fence: lafubftance elt animal,
l’animal eft fubftancei l’hom¬
me eft animal , l’animal efl
homme: &: partant afin que
l’on voye fi ie dis vray ou
faux, i’argumenteainii, Tout
animal eft fubftance, tout ho¬
me eft animal, donc tout ho¬
me eft fubftance : l’animal
comme fujet , eft necefTité
dans la maieure , Si l’homme
comme fujet eft necefTité dâ^s
îa mineure , Si cecy apparoift
fuiuant que le moyen entre,
par lequel moyê ie dis le vray
en quelque façon , Si en vne
autre façon, non, en diftin-
guât entre le moyen naturel,
demonftratif,Si opinatif : car
comme l’animal eft vn fujet
naturel , Si comme prédicat
c ij
4^ Traite de M.
dans la mineuredl eft en quel¬
que façon demôftratif 8c opi-
natif ; & ainfi eft la fubflance,
en tant qu’elle eft prédicat
dans la maieure ; &c de là il pa-
roift quelle différence il y a
entre le moyen naturel, de-
monftratif &c opinatif.
L’homme eft rifibleje rifi-
ble eft homme; les chofes fe
conuertiftent quant au mot,
l’homme eftât fiibftance,&; La
rifibilité vne propriété , elles
nefe conuertiftent pas quant
à la chofe; &: partant j’argu¬
mente ainfi : tout homme eft
riftble , Pierre eft homme,
donc il eft riftblerdans ce fyl-
logifme la fubftance eft re-
ftrainteà laproprieté par ac¬
cident : or le moyen decon-
uerfton ne conuertit pas la
Raimond Luüe, 45
fubflancc Sc l’accident : mais
le moyen de coniondion les
conioint,&: ainli eft le moyen
compüfitif, Sc le moyen
d extrémités, çontinuatif.
La lub dance raifonnable
lenfée blanche , eft homme,
l’homme eft la fubftance
railonnable fenfée blanche,
cette enonciation , eft vnc
connerfion , à taifon de la
reftridion Sc contradion de
fubftance &: de l’accident : 8c
partant j’agumente ainfij tou¬
te fubftance raifonnable fen¬
fée blanche eft homme, Pier¬
re eft vnc fubftance raifonna-
ble fenfée blanche : donc il:
eft homme , dans cette pré¬
dication &: enonciation ,1c
moyen de connerfion , n’y
entre pas : mais le moyen
c iij
\^6 Traiûè de M,
de coniondion Sc d’extremi-
tezyentre, parce qu’il y a là
yneliaifon, vne continua¬
tion : &: partant quand on
dit,rhomnie efl blanc, le blac
ell fuperieur , l’homme in¬
ferieur. Si le moyen de con-
uerfion euft entré , les termes
feroient égaux i & cncecasj
on cognoill , & par les cho-
fes fufdites , que le moyen de
conuerfion n’entre pas , fi ce
n’eft en la fub (lance de Dieu:
comme il apparoifl dans de
premier St le fécond fyllogif-
me delà fécondé diflindion.
L’homme court , quelque
courant efl homme j cette
enonciation eft par lareflri-
diô&: contradion delafub-
ftance Sc de l’accident, 8c par¬
tant , )’argumente ainfi j toue
B^aimond Lulle.
homme court , Pierre eft ho¬
me, donc Pierre court ; Sc
partant, parce que le moyen
de conuerfion n entre pas das
cefyllogifme, parce qu’il ne
cônuertit pas la fubftance Sc
l’accident, Sc le moyen de
Goniondionconioind, 5c le
moyen d ’extremitez, conti¬
nue , cette-cy n’aift : quelque
homme court , 6c de là ap-
paroift que quelqn vn, aucun
6c femblables , ne font pas du
genre du tout vniuerfeh mais
font du tout particulier.
De la fixime Dijlinélion»
qui efl de l* Imaginai we,
La fubftàcefubjedtiueméc
imaginée, elt animal, lanP
4 s T rai fié d e «Jî/,
mal fubje^liuemét imaginé,
eft fubUancé , & partant, i’ar-
gumenteainfi, toute fubftan-
ce fubjeéliuement imaginée,
efl animal ; l’homme eft vne
fubftancerubjeétiuemét ima¬
ginée ,donc l’homme eft ani¬
mal : le moyen de mefure, ne
peut conuertir que les termes
égaux , rien de fuperieur,rien
d’inferieur: ôeainh la fubftan-
ce & l’animal ne fe peuuenc
conuertir, eftant comme le
fuperieur , & l’inferieurj mais
le moyen de coniondion>
eonioindla fubh:ance& l’a¬
nimal , 3c le moyen d’extre-
mités , pofe 3c fait que ces
chofes font vnefubllancein-
diuife.
La fubftance fubjeéliue-
menc intrinfequemment rai-
B^aimond LuUe, 49
fonnée imaginée eft homme,
l’homme eft la fubfi: ace, fub-
jeétiuement , ietrinfequem-
ment, raifonnée , imaginée,
gcpai-tanc, j’argumente ainfi;
toute fubhance raifonnée Sc
imaginée, fubiediuemenc &c
intrinfequemment, eft hom¬
me, Pierre eit tel, doncileft
homme. Or le moyen de
mefure n’entre pas , &c ainfi il
nefe peut faire de conuer-
fion : mais le moyen de con-
iondion entre , en conioi-
gnant les termes &c le moyen
d’extremttez , en les conti¬
nuant , afin qu’il y en ait vnc
fubftance compofée : Qr ic
ne veux pas dire, que la fub-
Üancefoit imaginée par le
fens, mais compofitiuement,
naturellement *. comme le
c V
fo TraiflédeM.
tout de [es patries.
La rubftancefubie£liuemeE
iraaginaite eil le Lyon, la
Lyon eft la fubUanee imagi¬
née fubiediuemêt, dans cette
prédiction ôc enonciation
le fujet &c le prédicat ne fe
conuertillent pas , Sc partant
j argumente ainfi-, toute fub-
flaace fubiediuement ima¬
ginée eft lyon , Matzot i eil
tei^doncileft lyon jcét ar¬
gument eft faux &: erroné,
parce que le moyen naturei
ny Tes efpeces n’entrent;
pas. liv
Nulle fubidanceeft animai^
fans, imaginationda pierre eft
fans imagination : donc elle
n’eflpas animal: dascefyllo-
gitoe le moyen naturel ny
ks eipeces n y entrent p^c
KdlmonâLulle, 51
Nulle fubftance fans la-
£lion Sc la paflion de l’imagi¬
nation ell intrinfequemmenc
imaginée : l’homme eft vne
fubftance intrinfequemmenc
imaginée, donc elle n’eft pas
imaginée fans l’adion, la
paflion de l’imagination ; Or
le tnoyen ne peut coniiertir
l’adion Sc la paffion : fadion
eftant fupetieure à raifon de
la forme, Se la paflTion infe¬
rieure à raifon delà matière:
toutesfois le moyen de con-
ionftion pofe les extrémités
par la fubftance, ôclemoyen
d’extremités pofe leurs con¬
tinuation : afin que l’imagi¬
nation foit dans le fujét, dans
lequel elle cftagiffance 6c pa-
tiftante.
5^ Traité dehA.
DtUfepîiefme DiflinBion
qui efi de U fenfitiue,
OR la fu b (lance eft fenlî-
tiiie, la fenlitiue eft fub-
flance, ces termes ne fe con-
uertiiïeut pas , parce que la
fubftance eft fuperieure, &:
partant on argumente ainfij
toute fubilance fenfee, eft
aiftionnee &: paftionnée:rhô-
me eft vne fubftancerenfée,
donc il eft actionné &: pafliô-
né : dans ce ryllogifme le
moyen de mefiire ne peu^
égaler l’adion Sclapaftion tu
vertu : or le moyen de con-
iondion compofe la conion-
dion Y demeyirant vne rela-
Kaimond Lulle 53
tion , de le moyen de conti¬
nuation les fait continus:
La fubftance fenfee cftjquant
à l’égard de fa quantité , le
quantifié efl vne fubfiancc
fenfée , &c partant j ’arguméte
ainfi , toute fu bilan ce fenfée
cil quantCjàlegard de fa qua-
tité, l’homme eft tel , donc il
eil quantifié , le moyen de
mefuren’y entre pas, parce
que la fubftance eft plus que
l’homme : mais le moyen de
conionélion conioint les
parties fubftantielles,&: elles
aufti auec la quantité , de le^
moyen d’extremités conti-
.nué le corps qui eft de fub-
fiance de d’accident.
La fubftance fenfée eft
quelle, par fa qualité, le quel
eft fubftance fenfée y de par-
54 TraiSlf de
tant j’argumente ainfi , toute
fubftancc fenfée eft quelle,
par fa qualitéj l’afne eft tel,
donc il eft quel, à légard de fa
qualité , le moyen de melure
n y entre pas: caria fubftance
eft plus que lafne : Mais le
moyen de conionélion com-
pofe les termes fubftantiels
par enfemble, &: auec la qua¬
lité, mais le moyen d’extre-
mités continué le corps quel
ôiles qualités.
La fubftancc fenfee eft rc-
J^tiue,le relatif eft la fubftan-
ce fenfee, ôc partant on argip
mente ainfi, toute fubftancc
fenfee eftrelatiue, la chevre
eft vnefùbftancefenfée,donc
elle eftrelatiue: Or le moyen
demefure ne peut conuertir
les chofeS qui font de rap-
Kailfiond LuÜe, 5'|
part : comme l’a£tion 8>c la
pafTiôjparce que fi celaeftoit,
le moyen de coniondion fe-
roit aneanty : d’autant qu’il
n’auroitpas dequoy ce con-
roindre: ôcpar confequentlc
moyé d’eXiTemités nepour-^
f ok rien coacinuer en eux.
La fenlkiue eft enracinée
dans les fujers fenûbles parti¬
culiers , renraciné. dans les
fuiets particuliers fenfible§
eft la fenfitiueiSc partant i’ar-
gumenteainftj tout ce qui eft
enraciné dans les fuiets parti¬
culiers fenfibles comme fub-
ftantieî à {by-mefme , eft la
eaufe des fuiets fenfibles , la
fenfitiue eft telle , donc elle
eft la caufe des fuiets fenfi¬
bles : Le moyen de mefure
B, entre pa^, parce que fi cda
s 6 Traiêlé de M.
eltoit ainfî , la différence des
fuiecsfenfibles particuliers &
leurs obiets feroit dellruite,
ce qui eft impoffible : le
moyen de coniondion con-
ioinc toutes les chofes def-
quelles le moyen d ’extremi-
tez en continue vn fujet qui
leur eft commun.
/a huitième Diflin*
^ion , qui efl de U
V egetatîue,
TA Vegetatiueeft vnefub-
•■^ftance tranftnutatiue, la
fubftance tranfmutatiue eft
vegetatiue: Repartant i’argu^
mente ainfi, toute vegetaciue
«ft tranfmutatiue d vne fub-
Kaimond huile. 57
fiance en vne autre, Lapuif-
fance auginentatiue efl vege-
tatiue, donc elle efl tranfmu-
tatiue, dvne fubftance en
vne autre : le moyen de me-
fure n’égale pas les pîrrties
tranfmuables : toutesfois on
peut dire qu’il met des pro¬
portions : Or le moyen de
coniondion conioinc les
chofes qui viennent de puif-
fance en ade par voye de gé¬
nération, ôc le moyen d’ex-
tremités les continue, affin
que la fubftance engendrée
foit continuée.
La vegetatiue efl la puif-
fance digeftiue j la puiftance
digeftiue eft vegetatiue, Sc
partant i’argumente ainû,
toute puiftancevegetatiue eft
Eranfmutatiue,la digeftiue eft
5 s Traiéîé de Af,
telle, donc elle efl tranfmuta-
tiue: Le moyen conioignanr,
entre, celuy de conuerfionle
proportionné, parce que ce
qui eilenpuilTancefans pro¬
portion ne va pas en aéle,
mais le moyen de côiondion
conioinétles chofes vnilTa-
bles , Scie moyen d extrémi¬
tés les continué au/II.
Lavegetatiue eftvnepuif-
fanceretentiue, la puilTancc
retentiue efl: vegetatiue, de là
i argumente ainli, toute puif-
fance vegetatiue efl retenti¬
ue, l’expulflue efl: vne puif-
fance vegetatiue,- dondex-
pulflue efl: vne puüTance re¬
tentiue : cét argument eft
faux, parce qu’il attribué au
moyen demelure qu’il vnifle
les chofes qui ne le. peuaent
Kdimond Lulk, 59
eflre, priiie le fubitântif de
coniondlion J &c par confe-
quentlefubftantif de conti«
nuati^n.
La vegetatiue eft vne puif-
fançeexpulfiue, la puilfancc
expulfiue eft vegetatiue, de
là l'argumente ainft , toute
puiflancc expulfiue eft mo-
tiue, la digeftiueeft expulfi¬
ue, donc la digeftiue eft moti-
ue:dans cét argumet le moyê
de mefure n’entre pas, qu’en
proportionnant, mais bien le
moyen de coniondion en
compofant , 6c celuy de con¬
tinuation en continuant.
La puiftance vegetatiue eft
tiutatiue , donc elle eft vege-
tatiueile moyen deconuer-
fion n’entre pas que par pro¬
portion » niais le moyen de
6 O Traîné de Ad,
conion£tion , les conioint,
comme le fuperieur & 1 ’infe-
rieur, 8c le moyen d’extre-
mité les continué en vn.
De la neujiefme Dtjltn^
^ion^quteft t Elé¬
ment atiue.
L’EIementatiue eft la fa¬
culté ou puilTance , par
laquelle les éléments entrent
danslemellange, la faculté,
ou la puiflance , par laquelle
les éléments entrent dans le
meflange , eft l’elementatiue,
8c partant i’argu mente ainfi:
toute elementatiue eft corn-
poficiue des éléments , mais
dans cette rofe eil relementa^
'Raimond LuUe, 6i
tiuejdôclàc'ltla compofitiue
des éléments. Le moyen de
conuerfion, n entre pas dans
ce fyllogifme , parce qu’il ne
conuertit'pas les principes
du fyllogifme: mais les dif-
pofc, afin que le moyen de
conionflion les compofe,
ce moyen les difpofe , à ce
que le moyen de conion-
fiion les continue dans la
rofe.
La faculté ou lapuilTance
elementatiue i efi: celle, par
laquelle les elementez font
compofés auec leurs acci¬
dents : ce parquoy les clé¬
ments font compofez auec
leeirs accidents , efi: i’elemen-
tatiue, &: partant : i argu¬
mente ainfi, toute elcmenta--
due compofe les éléments
éL Traiâê de M.
auec leurs accidents : mais
relementatiue eft dans cette
rofe , donc eftlà , la compoli-
tiue des éléments auec leurs
accidents. Or le moyen de
conuerfion n’entre pas dans
cefyllogifme: mais difpofe
les termes jafin que le moyen
de conion^tion les conioi-
gne 5 6c c’eftuy-cy difpofe,
afin que le moyen d’extremi-
tez les continue.
L’elementatiue eft la facul¬
té ou la puilfance qui coin-
pofe ces fuieéts élementez,
la faculté ou la puilTancc , qui
compofeles fuieéls elemen-
tez, efl l’clémentatiue,ôc i’ar-
gumenteainfi, toute faculté
ou puÜTance compofitiue des
elementezj.efi: elementatiue,
mais quelque faculté ou puif«
Kaimond Luile. 6^
fance , qui ell dans la pierre,
eft compofitiue des elemen-
tez, donc telle faculté ou
puilTance delà pierre ellele-
mentatiue : dans cét argu¬
ment , le moyen de conuer-
fion n’entre pas , fi ce n’eft en
difpofantces termes , afin
qu’ils foient compofez parle
moyendeconionélion, & le-
moyen de coniondion dif-
pqféjafin qu’ils foient conti¬
nués, parle moyen d’extre-
mitez.
L’elementariue , eft vn in-
ûrument dans lequel, la natu¬
re caufe des poinds , des li¬
gnes, des angles, des figu¬
res, &: vn mouuement : &
au0i vn appétit, & vn inflind
dans le fuied , dans lequel el¬
le eft: ce qui eft vninftru-
^4 TràiSlê de M.
ment , par lequel la nature
caufeles poin6ts,les lignes,
^ les chofes fufdites , eil eîe-
mentatiue : Et j’argumente
ainfi , toute elementatiue,
caufe des poindfcs , des lignes,
des figures , vn mouuemenr,
vn appétit, &: vn infi:in£l:,
mais la puifiance qui caufe
cela , efl dans la rofejdonc en
icelle eft l’elementatiue.Dans
cefyllogifme , il n’y a point
de moy en de conuerfionjfi ce
n’efi: en difpofant le moyen
de conionâion, a compofer
Iss termes de l’argument, &
ce moyen difpofe le moyen
d’exrremitez, à continuer les
principes du fyllogifme.
L’elemcntatiue , eft vne
puifiance, par laquelle l'ele-
menté eft plein , 8e efloigné
du
K^^imonâLullel 6^
I devuide &: d oyfiueté. Et
cela eft relementaciuç5&: j’ar¬
gumente ainfi, toute puifîan-
ce' elementatiue eft ce, par-
quoy lelementéeft plein, &:
levuide&Eoyfiueté en font
clloignes : mais dans Ja pier¬
re , il y a vne puifrance,pâr la¬
quelle elle eA pleine, &: efloi-
gnéedu vuide & d’oyfiueté,
donc dans la pierre eA la puif«
lance elementatiue. Le moyê
de coituerAon n’eA pas en cét
argument, A ce n^eAendif-
pofanc les termes de iarga.
ment, pour eAre compofez
par le moyen de conjon¬
ction , &: ce moyen de con-
jonaron iles difpoAla eAre
continuez , par Je moyen ^
dextremitçZi
lè^ TraiâédeM*
De la dixitfme Dijlrn^
Ûion , qui ejl du fujee
CirtifideL
L*Atificeeftra<5te de îa^
me, laquelle par luy agift
dans les Arts liberaux & me-
chaniques. Or dumoyéarci-
fi ciel fait par ratnenousnea'
prétendons pas conclure ei^
cediuie ^ mais du moyen na¬
turels comme nous auons
donné des exemples dans les
huia diftinüions fufdites.Or
le moyen reel &: naturel eR
celuy duquel l ame tire vu
moyen intentionnel^ fi^patî-
^antgai: ce ^iaefté de tel
Kaîmond LuUe, 6f
moy enjartifte peut acquérir
les fciences, 6c fe feruir du
moyen intentionnel, ôc nous
en donnerons exemple brief-
uement , le logicien fait ce
fyllogifme : tout chien peut
abbayer , la conftellation ce-
lefte ch: vn chien , donc elle
peut abbayer : On cognoift
ce fophifme par le moyen na¬
turel, parce que les moyens
font contraires : parce que
le moyen de mefure n égalé
pas, ny le moyen de conjon-
^ion ne compofe pas , ny le
moyen d extrémités ne con¬
tinue pas.- ' J
Dans la fciencc du droiél
on peut faire ce ryllogifme,^
toute lullice ell felTence du .
droiét, rehdrea.vn.chaiam ce
qui luy appàpciétl, c’eit icriliice^.;
68. Tratêlé de M*
donc c'eft i’efTence du droicl:
dans ce fyliogifm^ks termes .
ne font pas efgaux, parce que>
îe moyen de mefure n’y en--
îre pas, mais le moyen de.*
coniondion couple , 6c d’ex- .
tremités continue j.Scainfile
fyllogifme eft vray> pan b.
fcience du droit poiitif
Le moral fait ce fyllogifme^ ^
toute.’ prudéceef vertu, elli-
relebieA Sç fuirde malj ç’efl.
prudence, donc défi vertu,-,
le- moyen de mefure. n’entre :
pas cbn^ ee fyllogifme, parce.
qu’iLne peut, efgalcr les tei> .
mes : mais le moyen de con.r
ion^Lonles eonioin^t, ce-
luy d’extremitez les contb^
Buë. ,
: . Xoateauaric£:eft pecKé**:
m»ais retenir V les xhofesy qui ’ <
Kahnond Lullf,
font à donner, c’eftauarice,
doncc’efl péché. Orileftde
mefme du moyen de celuy-
cy,que de celuy des autres
fufdites.
Toute gucrifonfe fait^ par.
fon côtraire,maisoflef Ja He¬
ure c’efh guerifon , donc la
guerifon fe fait par fon con¬
traire : le moyen- de mefure
n’egalepasfetermes.r mais
le moyen de conionélion les .
conioinél , 5c le moyen d’eX-
îremité les continue.
Et' comme nous auons dit
du moyen intentionnel dans
lefdites fciences , de mefme^
en peut-on dire,dcs autres a
kurs modes.Et parce que l’a-
mesayde d vn moyen reel,.
pour cognoiUre l’intention-
c’eil poufquoy cette
dj, ii^t
TraiBèâeM.
fcience eftfortvtilc&gen#»
lale aux autres fciences.
FIN,
A W gloire & à ïhon-
neur de Dieu , Raymond
pnift ce Liure 4 Taris , an
mois de luillety fan de fin*
carnation de noflre Sei¬
gneur Je fus - Chrijl ,
MCCCK
LE
PETIT OEVVRE
OV TRAICTE'
DE l’ O V Y R.
CABALISTiQVE,
O V
L’INTROD VCTION
â coûtes lèsScièncçs.
LJ T RE FJ CE.
'A v TANT qu-e
COUS les hommos
ont vn defîrnéauec
eux, de fçauoir entendre la
vérité, dans toutes les cho¬
ses qui fe peuuent cognoiflrej
ç)i Le petit Oeuure
Ariftote en eflant témoin, au
premier de fa Metaphyfique,
qui eft que tous ceux auf-
quels , en confideration de
leur cfpece, appartient pro¬
prement d’entrer dans l’ad-
miratiô : ceux-là mefme, ont
vn defir naturel de fçauoir
entendre la vérité, dans tou¬
tes les chofes qui fe peuuent
cognoiftre: Or eft-il , qu’à
tous les hommes , appartient
proprement , fans aucune re-
îerue , d’entrer dans l’admi¬
ration ? C eft pourquoy, &;c.
Délirants doc d’ehre parfaits
en cette affaire , il eft de be-
foin de rechercher le moyen
pour l’elfayer , Sc le reccn
gnoiftre, d'où vient que d’au¬
tant plus que la chofe eft hau¬
te, d’autant eft-elle plus digne
CahaUfticjue, y ^
àfçauoir, à cauie (ju’elle efl
plus vrayci eftanr plus pro¬
che du tres-vray , en confia
deration dequoy, nous efin
mons, que le vray elll’ob^
ieddelentendemcnt: par
ce que tout vray , prefuppofs
I eitre ? ilell maniferte, que i’e"*
ilre eft cogneu de foy, cntar^
que quidenye ledre, fenyo
foy-mefme: voire en le nyanc
illepofea a caufe dequoy, l’os,
lire ou le vray, à raifon de
Tinfeparabilitédes chofeSjell
du tout , en tout égal fuiet de
cette fcience Cabaliflique.
Céteftreaü vray ellantdôc,
de toutes chofes , le premier
réglant, 6c non réglé ,il eft
manifefle, que" cette fapien-;
ce çà de toutes les fciences,Ia
regulatnce^ autrement dans
5 H
Lepetit Oenure
ks réglantes &: reglees, il y
auroic vn procédé à Tinfiny.
Et parce que toute doétrine
ou difcipline côpréd en foy
trois chofes elTentiellement,
qui font cbgnoitlre lesparties
de Ton fuiet , fçauoir la fin re¬
recherchée , ôc fçauoir les
moyens pour la fin : c’efi:
pourquoy cette fapience Ca-
baliftique , fe diuife en trois
parties , dont la première ek,
des parties de Ton fuied , qui
font le bon , le grand, le du-
rant , le puifiant ,le fçachat,le
voulât,levertueux,le vray,8c
leglorieux. Or la fin recher¬
chée en celle fciéce, c’eftl ac-
(juificîon de la perfedion de
1 entendement humain:mais
le moyen pour cette fin, c’efi:
vne pure abftradion qui efl,
par ce que lenteudement hu-
[ahaUjîîque, 7 /
main eftant vne fubUance
abllraite,ilfauc que la chofc
entendue fok abllraite5&: par
confequent Ton entendre.
C eft pourquoy céc Oeuure
fediuife en trois Traitez,
dans le premier defquels , on
déclarera les parties du total
fuiet, Se les chofes quiluy
font principalement attri¬
buées. Dans le fécond Trai-
flé,on enfeignelajfin recher¬
chée. Dans letroihefmeSele
dernier, on donne des moyês
pour la fin : Et parce que cha¬
que Oeuure, 'eft conftituépar
méthode, non feulement, afin
que l’entendement humain
rexerce-.mais afin qu’il foie
vn remede à l’oubly : c’efl
pourquoy le premier Traiété
comprend trois parties, dont
e iii
7 6 Le petit Oeuure
la première eft, de l'Alpha-
beth &: des figures , qui
font vfitees en céc Oeuure}
la féconde eft, des qualitez
des parties du fuiet total, 6c
la troifiefnie eft , des réglés:
dont la fcience le fert , toutes
lefquelles çhofes , refiftenc
'"inerucilleurement à loubly,
&: on appelle cette dodrine.
Cabale : qui n’eft autre ebofe
félon les Hebrieux, que la ré¬
ception de la vérité de cha¬
que chofe , reueléç diuine-
ment à l’ame raifonnable : 8c
félon les modernes » Cabali-
ftes > Cabale , eftant vn nom
compofe de deux cii<^ions , à
fçauoir deAba,6c de Ala: Car
Aba,.en Arabe, c’eft tout autât
que pere en François}8c Ala,
ca Arabe , c eft tout autant
(alcali pique. 77
que mon Dieu, Sc le nom,mo
Dieu; ne fîgnifiac autre cbo-
fe queIefus.Chrift,noilrebe-
nift Seigneur, qui eftvraye-
ment le Fils de Dieu : &c le
Fils de Dieu , ne 'iignifianc
rien autre chofe, que la fa-
pience Diuine. C eft pour-
quoy nous difons que ce mot
Kabale , quieftefcrit parla
lettre K, en Arabe, ne veut
dire autre chofe en François,
^u’vne fur-abondante fapicn-
ce. La Cabale eft donc vnc
habitude de Famé raifonna-
ble, capable de cognoiftre
les chofes diuines,à la faueur
dVne droite raifon, d’autant
qu elle eftaufli du grand fuiet
Diuin,par confequent on la
doit nommer la fcience Di¬
urne.
e iiij
jE Le petit Oeuure
La première partie de ïJl^
phabet».
Chap* l.
met l’Alphabeth en
^^cette do6trine,premiere-
ment jpourpariceluy , faire
des figures , 8c pour facile¬
ment conioindre les princi¬
pes auc les reg les, afin quela
veritéds chaque chpfe intelii-
ble , foie très facilement vnie
à l’entendement humain , le-
q^uel entendement , fe co-
gnoillfort general par elles,,
qui eft, parce que par vne let¬
tre de cet AJphabeth, il com-<
prend plufieurs chpfes co-
Caèaüjfjque, 79
gnoifTables , dont la fcience
fe forme.
Lequel AlpJiabet f’apprend
par coeur , tres-facilement,
c’eftpourquoy il eft fortne-
ceflaire en cette fcience, par¬
ce quau/Tifans luy, l’Arcifte
de cette méthode ne fe pour-
roit exercer 5 Et l’Alphabeth
eft tel , à fçauoir , B C D E F
G H I K. Car B , fignifie le
bon , 8c fon abftraift , la dif-
ference,Dieu,la luftice, l’aua-
rice rSc fçauoir-mon ; li¬
gnifie le grâd,&fonabftrai£ti
la grandeur , la concordance,
rAnge,la prudence, lagour**
mandife,Sc ce que c’eft. D, li¬
gnifie le durant , ôcfonab-
ftrai£t , la contrariété , le ciel,
la force, la luxure,6c dequoy,
E.> fignifie le puiflanc 8c foii
B O Le petit Oeuure
a4?ftrai6t J le principe , l’hom¬
me , la tempérance , la fupcr-
be, Sc pourqiîoy c’eft. F , li¬
gnifie le fçauant, ôi fon ab-
llraid, le moyen , Timagina-
tif,la foy, la lafcheté, & com¬
bien grand il efl. G , fignifie
le vcxiiant , &: Ton abftraidda
£nde renfitifjrerperanced’en-
uiOîSc quel il elt.H, fignifie le
vertueuXj6c sôabflraidjeve-
gecatifjla maiorité,la charité>
la colere>8c quad c’eft.I, figni¬
fie le vrayî&: fon abftraid, l’e-
iemécatif,regalité, la patien¬
ce , le menfongc , où c’efl.
K> fignifie le glorieux, & fon
abflrai6t , l’inltrumentatif , la
minorité, la pieté, l'inconfia-
ce. 8c comment, 8cauecquoy
ceft. Etque ces chofesTuffi-
fisnt touchant TAlphabeth.
Partant 8cc,
-
4
La, première Figure y des
Tredicats ahfoluts.
Cahaliflique. 8r
Des Figures , U fécondé
partie : premièrement,
delapremiere.
Ch A P. II.
ON a inuenté , Sc efta-
blyles figures en cette
fcien ce, félonies operations
de lentendement , qui
font trois , à fçauoir , lap-
prehenfion de toutes les
conceptions eognoiffables ,
la diuifion ôc leurs con-
pofition , 6c le difeours en el¬
les : lefquellcs figures , font
quatre, la première defqueU
les,elb intitulée A,8Ceft circu¬
laire, ou fpherique , feruant à
la fimple conuerûon de tous
Le petit Oeuüre.
les premiers principes, & des
réglés de cette fapience ; co¬
rne il apparoiii: clairement en
icelle , laquelle conuerfion
prefuppofe Ivnion du fujet
&: du prédicat. Exemple, dy¬
ne conuerfion fimple , l’eftre
efibon , leboneiîeftre , le
grand eft eftre , l’eflre cfl
grand, l’Etetnel efl: ellre , l’e-
Itre eft Etemel , 8c ainli en
faut-il dire , des autres par¬
ties du fujet total de cette fa¬
pience, 8c la conuerfion vient
du mot, conuertir : Caria
conuerfion eft vne tranf-
pofitiondu fujet au prédicats
8c au rebours, de laquelle il y
a trois efpeces,fçauoir la fim¬
ple , 8c par accident , Scpar
contrapoficion ; Or la con¬
uerfion fimple^, eft vne tranf-
(^ahaliflique. 85
pofition du fujet au prédicat,
au contraire , la mefme
quantité &: qualité y demeu¬
rant, comme il a efté dit dans
les exemples cy-delTusj mais
la conueiTion par accident,
cft celle^ dans laquelle , on
change la quantité: comme
en difant , tout eftant eJft bô,
quelque bon efteftant, tout
eftant eû grand , quelque
grand efleitant : Dans la cô-
uerfionjpar contrapofition,
fc fait vn changement des
termes finis,en des termes in¬
finis, y demeurant la mefme
quantité &: qualité de la pro-
pofition : comme en difant,
l’eflant eftbon , le* non bon,
eftnon ellant, où ainfi , tout
non eftant ,eftnonbon, t;out
bon efl eftant , comme il a
s 4 Le petit Oeuure
eflé examplifié du bon , dans
toute refpcce de la conuer-
fion, de mefme , en fauc-il
dire , des autres parties du fu-
jet:&:plus dans cette figu¬
re A, l’entendement humain
a à rechercher la cômunica-
tion de tous les eftants co-
gnoifTables. Comme aufTi la
communication du fujet Si
du prédicat de chaque propo-
fition 5 & la propriété d’vn
chacun d’eux , afin que par
icelles, kjCCsque c’eftjfe puif-
fetrouuer, qui eft, parce que
dâs cette figure A,il y a quel¬
que chofe genepali/fime, &
c’elt l’eftre merme , & quel¬
que chofe fpecialifîîmejcom-
me l’homme, l’Ange, ou le
bœuf , entre Icfqnelles, Ten-
ten dement humain a vne cf-
Cahalifiîque. ' 8f
chellc d’arcenfion, &dcdef-
cendon , du generali/Time ^au
fpeciali/Time , qui efi: parce
quefousl’eftre,le bon y eft
contenu , fous le bon , l’ellâc
efl contenu , parce que tout
effant efl bon : mais toutes-
fois tout bon n’eftpas eflant,
comme onprouuera dans les
queftions delà figure A, car
là , nous monftrerons , que
l’eflre qui eft vray ell bon , 6c
n eft pas toutesfois eftanr,
Card’eflant efi poflerieur par
nature^ à l’eftre 3c au bon,
caf fi l eflre n’eftoit bon, que
par relire de l’ellant, il f’en-
îiiiuroit que la bonté du
prieur feroit , parla bonté du
poftericur,ce qui feroit incô-
uenient& abfurd, parce que
la-bontédu premier principe
$6 Lepeüt Oeunn,
kroit communiquée par k
bonté du principié , Sc plu-
fieurs autres incômoditeZjs’ê
enfuiuroient à cette pofition.
C’efl pourquoy l’eftre &. le
bon 5 precedent l’eilant , &C
1 oftanc n’eft bon , que par la
bonté de l’efire , qui eft le
premier principe de toutes
chofesj^reftren’eftbon quo^
par fon elTence mefme , qui
ed: commun icatiiie à chafque
eflant , partant 6cc.Or la fub-
flanceeft fous l’eftant, fous
laquelle immediatemêt eft le
corps , fous lequel, eft mis le
viuanc : fous le vluantTank
mal i fous l’animal, eft mis le
raifonnable , fous :1e raifon-
nable,eft mis l’homme, ou
T'Angc.; C’eft pourquoy il eft
mamfefte . que l’entende¬
ment
[nhdlifiique^ îy
ment humain a vne efcheile
à monter du rpecialifTimeau
generalilTime, en ramaffant
pliifieurs ciiofes , & du gene-
ralilTimeau fpcciali/rime, en
diuifant plufieurs genres, par
des différences contraires,
comme ieffant, qui fe diuife
P ar le fimp lem e n t > &: 1 e ( fu i-
uant quelque chofe ) ; ou le
bon qui fe diuife par le créé
Sclmcreé. L’eftant prisiîm-
plement n’eft que la fubff ace,
qui fe diuiff par le corporel
& rincorporel, (Scie corps fe
diuife par l’animé & l’inani-
méj &: l’animé fe diuife par
le feniible &: l’infenfible , &:
lefenfible qui eff animal, fe
diuife par le raifonnable &:
defraifonnable , mais le rai-
f
SS Le petit Oeuure
fonnable fe rubdiiiife par le
dircurfiblea^non dilcurlibie,
& le raifonirable difcurfible,
c eft rhomme, Sc le raifonna-
blenôdifcurfible, n’eft autre
que l’Ange. Or l’afcenfion
fe fait en cette figure parl’v-
nion d u genre auec les diffé¬
rences , iufques au genre ge-
ncraliffime. Or cette figure a
efté naife fpherique en
cet Art pour deux caufes , la
première efi: , d’autant qu’elle
efl la plus capable de conte¬
nir toutes les chofes cognoif-
fables. La fécondé caufe efl,
d’autant qu’ellé fêrt mieux à
l’aller Seau retouA'qui fe fait
par l’operation de l entende-
ment: &: cette figure en fa
première diuifioh , fe dluiie
Cabab/Ji^jue. S 9
en trois parties cfgalcs , pouf
nous donner à entendre, que
tout ce qui ell dans les fiib-
ftances abllraidtes , Seprinci-
.paiement dans refTencc diui-
ne, eil: fuiuanc vne cgalitér
Or dans la fécondé diuifion ,
elle fe diuife en neuf parties
égaies, pour nous donner à
entendre que la figniticatiou
de chaque partie eft conticr-
tible àuec la figniiication de
faurre partie, comme on
monftrera cy-apres dans Ton
propre lieu. Or les noms de
ces neufs parties font du nom
des neuf lettres de l’Alphabet:
car la première partie eft inti¬
tulée B , la fécondé C , la
troifiéme D , la quatrième
E 5 la cinquième F , la fixief^
90 Le petit Oeuure
me G 5 la fepeierme H , la
huidiefme 1 3 8c h neufieG
me K , 8c ces parties font
nommées petites efpaces,
comme il eft manifefte dans
la figure A.
JLafeconà Vigme,
Cabalijlique,
91
Difcours de U fécondé
Figure,
cî>
Chap. III.
T A fécondé figure necef-
faire en cette fapience,efl
intitulée T , pour nous figni-
iicr qu’il ya trois triangles en
elle , dont chacun eft gene¬
ral} Carie premier efl le tria-
gle de la différence , de la cô-
cordance , & de la contrarié¬
té , 6c il eft nommé general
aufîl , parce qu’il comprend
toutes les chofes intelligi¬
bles : car tout ce qui cft , où il
efl dans la différence , ou dâs
la concordance , ou dans la
contrariété : ôc hors iceux , ii
n y a rien : Et il faut remar-
f il) ^
. lue petit Oeume
qucr que chaque angle de ce
premier triangle > comprend
trois efpeces. Car preniiere-
mêt,la diiferêceeft comprife
entre l’intelle^luel , ôel’inrel-
ieduel • comme entre Dieuj-
&: l’Ange 3 où entre vn An¬
ge U. vn autre 5 comme entre
Michel SC Raphaël, Sc Vriel
Sc Gabriel. La fécondé diffé¬
rence eft comprife entre le
fenfuel Sc rinteileftueh com¬
me entre l’ameSc le corps.
Et la troifiefme différence de
cét angle, eft entre le fenfuel.
Se le fenfuel , corne entre la
pierre Se le bois , Se comme
on a donné exemple des ef¬
peces de cét angle de la diffé¬
rence , de mefme, faut-il don¬
ner des exemples des efpeces
des deux autres angles, à fca-
Cahaliflique, 9^
noir de la concordance , & dé
la contrariété J à leur mode:
Et il faut fecondement re^
marquer , que le deuxiefme
triangle , eiî du principe , du
moyenjôc de la fin, qui com¬
prend aulTi toutes les chofes
intelligibles , qui ed: parce
que, tout ce^quiefi;, eft dans
le genre du principe, ou dans
le genre du moyen > ou dans
le genre de la fin hors ces
trois genres , il n’y a rien i II
cflmanifefte ,'pai;cc que dans
le genre du p.rincipe\' if y a
quatre fortes de caufes , le
gençc de fubftance , Reparle
temps ôc la quantité les au¬
tres neuf prcdicaments , di-
fi,in£|:s du predicaméc de fub-
ifan.ce: C’efi pourquoy , il eil*
patent , qu’il n’y a rien qui
5? 4 Le petit Oeuurt
{oit hors d’iceuxj Or dans
l’angle du moyen , il y a aufÏÏ
trois efpeces,, à fcauoir , le
moyen deconiondtionjà fça-
uoir, le moyen entre lefujet
5e le prédicat , il eft patent,
par ce que l’homme ne
peut eftre animal , fi ce n’eft
parle moyen de ia vie , ny
viuantquepar le moyen du
corps;&: il ne peut eilre corps,
que par le moyen delà fub-
ftance, Scilne peutefitefub-
flance,queparle moyen de
l’eftant {implement : 6e il ne
peut eftre eftant fimplement,
que par le moyen du bon , 6c
il ne peut cftrebon,quepar le
moyen dei’eftre: car toutes
ces chofes font prieures à l’ef-
gard de l’homme , 6c comme
Qn dit, de rhomme, demef-*
Cahaliflicjne,
me on en peut dire des autres
chofes J à leur mode, par i’af-
cenfion. Lafeconde efpece
de cét angle, eft le moyen de
mefurc , comme le centre du
cercle, qui exifte également
de cous les cofhz de la cir¬
conférence , &L femblable-
ment , 1 aéte eit le moyen en¬
tre lageant ae lagible , Se
femblablement , Taymer elf
le moyen entre laymanc &:
1 ayme : La troifiefme efpece,
efl: le moyen des extremitez,
comme la ligne , qui efl le
moyen entre deux points,
Rectangle efl vne efcheile
d’afeenfion &c de defcenfion, ^
par tous les eflants à leur mo¬
de, qui efl, parce que lelTen-
ce 5c les communications
font ks moyens des cxcre-
f V
^6 Le petit Gemre.
mitez , qui eil parce que Tef^
fence de la. bonté, eftvrL
moyen entre la. grandeur , de
la duree: quia en foy fon bo¬
nifier , qui eft au milieu du.
bonifiant , de, du bonifiable,
qui font conioinétes mutuel¬
lement dans le bonifier, com¬
me l’amant ècTaymable dans
ràymer, lefqnelles trois , à
fçauoir, l’aymant, Taymable,
l’aymerjfontvne amabilité
indiuife comme le boni¬
fiant ,1c bonifiable, .ôi le bo¬
nifier: font vne bonté indi¬
uife j de ces trois efpeces,fon!:
yneefchellc pour monter ôs
defeendre, pour trouuer vn
moyen entre tous les eftants
aognoifiables i Pareillementj, ,
il en faut autant dire de la fin:
jar.. là fin > elt; 1 eftre , dans le# -
I (^ahaUjlique, ÿy
quel lageant met tous les
I eftants a repos , au terme au-
I quel ils aboutürent, laquelle
^ fin 5 contient fous foy , trois
efpeces J à fçauoir , la tin de
priuation , la fin de terminai-
fon, &: la fin de caufaliié: yn
exemple de la première efpe-
ce>c’efî: la mort, qui cft la pri-
uatipn de la vie: mais là fin de
terminaifon,eft comme la fin
d vn Royaume, où les points
qui font la fin de terminaifon
delà ligne, bc la fuperficie,
qui eft la fin de terminaifon
du ççfps , vn exemple , de la
nn de caufalite:c’eft Dieujqûi
fftlafin de toutes les capfes
dans les abft‘rai61:s, Sc dans les
concrets : c’eft Thomme j ac
eétangleeft de mefme façon,
efclieile à T A rt ille, c o m-
^8 Le petit Oeuure
me deuanc , d’afcenrion,&: de :
dcfcenlion. Le troiüefme
triangle , elt le triangle de la
maioricé , de Tcgalité, &;dé
la minorité: lequel eft aulTi à
fa mode , general à tous les
eftants cognoilTables. î il eft
patent , parce que tout ce
qui elt 3 ell , ou dans.le genre
'de la maiorité , ou dans le gé¬
ré dé Fêgalité , ou dans le gè¬
re de la fninoriré-a 8C il n’y a
rien hors de ces trois genresi
parce qu’il ne fe peut donner
aucun eftant, qui ne foiteom-
pris fous quelqu vn de. ce$
trois genres,
Ileli raanifeftê.i p^rce que
fous le genre de maiorité, ell
lafübftance,6cfous le genre
de minorité, eft 1 accident:
<iôùil apparoir <^uuert6m€t
Qtbalifli(jue,
que tout ce qui eil , eft , ou
fübftance , ou accident
hors ces chofes, ii n’y a rien:
Et il fau c remarquer, querâ-
glc de la maiorité, comprend
trois efpeces , à fqauoir la ma¬
jorité des fubdances feule¬
ment, la maiorité des acci¬
dents feulement ; &la maio¬
rité des fubilancesôedes acci¬
dents: vne exemple delà prcj
iiiiereefpece,celt lafubllan-
ce du Ciel, qui ellplds gran¬
de que la fubftance du feu , 8c
la fubftance de l’homme , qui
eftplus grande en bonté, que
n’efi la fubftance de l’ele-
phant: mais vn exemple delà
fécondé efpece, eft , comme
l'èntcndre , qui eft vn plus^
grand'accident , que n-eft le
wkca o^ kTenck; vne ex-
70 0 Le petit Oeuure
emple de la rroiliéme e^ece,.
efl, comme la fub{lance,qui
eft plus grande que l’accidét.
Et comme il a eilé dit des
trois efpecesde maiorité, de
merme,en peut-on dire des
trois efpecesdeminoricé,qui
eil, par ce qu elles font relati-
ues. L’angle de l’egalitéjcon-
tient trois efpeces fous foy, q
fpuoir, l’égalité des fubflan-
ces, l’égalité des accida^ncs, &:
l’égalité des fubftances ^ des
accidents ; Vn exemple de k
première efpece eftjl’eg^lité
de deu:^ indiuidus.de Eeiÿ,ece
humaine, com^i^e dé Socrate
^ de Platon , qui font des
fubftances égales en homici-
îé ^ rationnalité 5 mais vn ex¬
emple de. la fécondé efpece
çftl/egalité entre rentefd^q .
(^al?alif}icjiie, loi
^le vouloir, ou l’aimer. Or
vn exemple de la troifiefme
efpece, ell, l’égalité de la fub-
ftance 6c de fa propre pafîion:
comme par exemplejegalice
entre l’homme 5c larifibilité:
5c cet angle eft femblablemêt
vne efchelle à l’Arcifte, par la¬
quelle il monte 8c defcend.
par tous les eltants intelligi¬
bles , comme il a efté dit dan^
les autres triangles. Il fauc.
remarquerpremieremêt, que
cette £gure,ferc a la première
figure A , il eft patent ; car
par la différence , la bonté eft.
.diftinguée de la grandeur,
comme le. bon, du grand , 8c
au contraire j 5c par la con¬
cordance, toutes les parties
de l’eftseffont vnies par en-
-iemble;, 5c . les générations fe
loi Le petit Oeuurt
font par elle, & par la contrâ-
rieté les corruptions j partant
dcc. il faut remarquer de plus,
que cette figure T , contient
neuf lettres, trois defquelies
font de couleur verte , a fça-
uoirB,C,D: pour nous figni-
fier que leurs triangles doit
eftre verd : SC aux trois autres
lettres E, F, &: G , de couleur
rouge , qui ftgnifiét que leurs
triangle cft de couleur rouge,
pour nous donner à entendre
que leurs triangle doit eftre
rouge ; Orles trois autres let¬
tres côtenucs en cette figure,
font de couleur jaune , pour
fignificr que leurs triangles
kur eft femblable en couleur,
îerquelles trois, lettres font,
B I K , de toutes Icfquelles
dîofesjona <ltie la figure T?
[aharijlique, ïo|
contient trois triangles de
diuerfes couleurs \ à loubly
defquelsjelie rjcfifte grande¬
ment. Il faut remarquer en
troiftefmclieu, que cette fi¬
gure T, comprend en foy des
neuf genres des chofes intel¬
ligibles, dont chacun côtient
tous les ellants , encore que
le genre de la différence fok
plus general que les autres
genres , qui eft,par ce que la
différence fc peut énoncer de
plus de chofes que la concor¬
dance & la contrariété. Ilefl
patent, par ce que Socrate
& Platon font réellement di-
ftinéts, & font toutesfois vne
mefme chofe en efpece for¬
mellement; & fembiablemét,
Dieu & l’Ange ; font diftin-
guez réellement ôc formelle-
104 Le petit Oeuure
ment, &: toutefois en eux ny
a aucune contrariété : en ou¬
tre , la différence eft la caufe
de pluralité , par ce qu’elle fe-
pare Se didinguej Se la con¬
cordance eft caufe de Tvnlté,
par ce quelle met Se vnic plu-
îieurs chofes en vn , mais la
contrariété. corrompt Se diff
fou': ; Se à caufe de ce, Demo-
crite dit , que le contrafte dâs
les eftants., vient delà contra¬
riété : Se l’amitié en eux vienç
de la cQncordfnce ; Et il faut
remarquer en quatrième lieu,
que commp le. triangle verd
cpnftfte dans le fujet naturel¬
lement, de mefme l’entende¬
ment humain, eft moralemét
difcurûf en diftinguant , en
accordant, en concédant , ou
ae concédant pas , par toutes
Cahaliflicjue. 105.
les efpeceSj àfçauoirdeladif^
ference, de la concordance^
de de la contrariété ; Et par ce
que la dift'erence eft plus ge¬
nerale obiediuement que les
autres genres, comme il a ellé
examplifié : c’efl: pourquoy
quand l’entendemét humain
fe reflerre du premier degré
de refchelle au fenfuei , aiora
iln’eitpas du tout general ny
du tout fpecialj mais quand
il defeend à rindiuidu,, alors
il elî fimplemç.nc ^fpecial.
L’exemple du premier ell>
quand on dit, qu’il y a diffé¬
rence entre l’incelieétuel 3c
fincelleduel comme entre
Dieu 3c l’Ange , vn exemple
du fécond eft , quand on dit,
qu’il y a différence entre fin-
telieàuei 3c le fenfuei, com.
Ï06 Le petit Ouun
me entre lame U le corps, oiî
entre la fubftance 6^ l’acci¬
dent : L’exemple du troifié-
me, eft quand on dit qu’il y a-
différence entre le fenfuel
le ôc le fenfuel , comme entre
vne pierreSc du b ois, où entre
l’accident l’accident ,
quand on di6t qu’il y a dif¬
férence entre Platon 5c Cicé¬
ron, alors elle eft particulière:
Partant, ôcc. Et ces exemples
doiuent eftre dits 5c pofez en
cous les autres triangles à
leurs mode : Et il faut remar¬
quer en dernier lieu, que eette
ftgurefert à la figure A , en
mettant différence entre le
bon ôcle grand, entre lebon
ScfEterneUentrele bonSc le
puiffant , 6c ainfi des autres
lignifiés en la figure A : 6c par
Cahaliflicjue. 107
la concordance pareilleméta
elle ramaffe vn chacun des
fufdits, en vn eftre, 6c par la
contrarietéjfepare les parties
des parties ; 6c ainh en faut-Ü
dire des autres parties de l’e-
jftre à leurs mode ; de plus, par
la différence fentendeinent
humain, diftingue dans l’ef-
fence delà bonté, le bonifi-
catif , du bonifié, 6c du boni¬
fier, 8c ainfi en faut-il dire des
autres à leur mode, 8c que
ces chofes fuffifent pour l’ex¬
plication de la fécondé fi¬
gure.
to8 Le petit Oeuure
DifcGUYS delà troi/tfme
Chap. IV.
POur la troisième figures
elle eft coinpofée des
deux premières , à fçauoir de
la ngure A ,Sc de la figure T s
pour fignifier que tout ce qui-
eft impliqué en elles , eft im¬
pliqué en cette troifiéme, qui
efi à dire, parce que B, de cej:-
te troifiéine figure vaut autac
que le B, delà première figu¬
re, ôe femblablement le B,
de la troifiéme figure, vaut
autant que le B, de la fécondé
figure, ôe commeila eftédit
de B, de mefme en faut-il dire
ta Fi^Têl
[^dhaliflique. 109
des autres lettres de l’Alpha¬
bet de cette doctrine : Et il
faut remarquer que cette fi¬
gure efi: compofee de trente
lix cellules qiiarrées com¬
me il apparoifi: ouuerte-
ment en icelle , chacune def-
quelles comprend en foy
plufieurs chofes intelligibles,
&: qui ont diueiTes fignifica-
tions, par deux lettres conte¬
nues en chacune d’icelles,
comme il apparoifi: , par ce
que dans le quarré B, C, l’en-
rendément comprend plu¬
fieurs fignifications , qui efi:
par cc qne E, de cette.troifié-
me figure fignifie le bon,&:
fon abfirràift , la différence.
Dieu , la luftice , l’auarice , &:
fçauoir mon : Et ie C, de
ce quarré pareilleinent fi-
110 Le petit Oeuure
gnifie le grad fon abftrait,
la concordanccj l’Ange, la
prudence, la gourmandire,&:
ce que c’eft,&: comme ilaefté
dit du quarré B,C, demefme
en faut-il dire des autres cel¬
lules quadangulaires conte¬
nues en icelle à leurs mode.
De plus , chafque quarré de
cette figure emporte dedans
foy, Se contient le fujetSc le
prédicat de chafque propofi-
tion de cette fapience, afin
que l’entendement humain
aye a rechercher vn moyen
entre le fujet Sc-de prédicat,
comme par exemplcjentre le
bon Sc le grand , auec lequel
ils font conioints : Dont le
moyen c’efi; le concordantj
comme en arguant ainfi,tout
concordant efi: bon , tout
Cahalijlique, ni
grand eft concordant , donc
tout grand eft bon: ôcainli
en faut -il dire des autres li¬
gnifications de chafque tria-
gle, contenu en cette troifié-
me figurerd’ou l’entendemec
humainjcognoiftpar ce quar-
ré B Cjque le bo a vne grade
différence de concordance, à
ce qu’il puifTe eftre énoncé ,
de l’Ange, du Ciel, de fhora-
me,&: ainfi des autres parties
dufujetdecette fapience, &:
plus ilaefléfignifiéàrenten-
démet humain par le quatre,
que chafque partie dVn
fujet s’applique à chafque
partie du mefme, comme par
exemple , les fignifi cation s
de la lettre D , Rappliquent
aux fignifications de la lettre
C les fignifications de
S
iTi Le petit Oemre
C, rappliquent aux fignifica-
tions de B D , comme il eft
manifefte dans la figure : La
fin pour laquelle cette figure
contient trente fix figures
quadrangulaires, c’efi: parce
que l’entendement humain
dans toutes les parties de fon
eftre cognoiil: qu’il peut for¬
mer plufieurs queftions , &c
déduire plufieurs raifons des
parties de l’eflremefme: com¬
me par exemple le bon eft
grand, le bon efi: durable, le
bon efi: puifiant , le bon efi:
çognoifTable , le bô.efi: aima¬
ble, le bon eft vertueux, le
bon eft vray,&: le bon eft glo¬
rieux : ôc femblablement en
faut-il dire de la combination
du bon auec les termes de la
fécondé figure : comme gar
Cahalijlique,
exemple , le bon efl difbn-
guanCjle bon efl: concordanr>
le bon efl: cdntxanant , le bon
eft principiantj le bon efl:
moyennant', le bon efl: finifl*
fantfle bon efl: mi^iofîliant,le
bon efl égalantjlebdn efl mb
norifiant : te comblé il aeflë
exemplifié de la combina¬
tion du bon lignifié par B/dè
mêfinc 'faiitdiexemplifiei' de
tous les autres par tout b Al¬
phabet dansies figures àleurs
mode. Partant Sec. Et il faut
remarquer que la condition
de cette troiiiefme figure efl, '
quVn quarté efl en concor¬
dance auec vn autre ; comnae
par exemple le quarré B C, Sc
ainfi des autres, auecfenibla-
ble condition faccordent
pour engendrer la fapience
114 Le petit Oeuure
dans l’entendement hiimaini
Partant Sec. Et il faut remar¬
quer déplus, quecettefigure
fert à la fécondé operation de
l’entendement, dont le pro¬
pre eft de compofer ôe diui-
îer.Exemple du premier, tout
bon eft iufte. Exemple du fé¬
cond, nul bon n’eft auare , SS
que ces chofes fuffifentpour
l’explication de la troifiéme
figure.
[ahali^iquê. 115
Dîfcours de la quatrième
Figure.
Cjiap. V.
T A quatrième Figure eft
'^compofée de trois cer¬
cles, kpius grad defquels efl
immobile: &: les deux autres
font mobiles ; comme ilap-
paroiftmanifeftemêt en icel¬
le ; Or la caufe pourquoy ces
deux font mobiles, ôc ce pre¬
mier là eft immobile,e(lpour
fignifier que toutes les pro-
pofitions fe roulent fousvne
tres-graïide dignité , qui efl
toujours d’vne mefme façô,
ôc c’eft pourquoy on luy at¬
tribué le premier, Sc le plus
ji6 Le -petit Oeuure
grand cercle de cette figure :
Car par le mouuement du
cercle du milieu > on met C
fous le B , du cercle immobi¬
le, Si par le mouuement du
plus petit cercle, D, inferieur
fe met fous le C, du milieu, ôe
parainfion forme neuf peti¬
tes efpaces. La première def-
quelles eft B , C , D , & la fé¬
condé, eft C, D > E , Se ainfi
des autres, comme il eflma-
nifefle dâs la figure. En apres
quand on mec E, dumoindre
cercle fous le C , du cercle du
milieu, alors fe forment neuf
autres petites efpaces , à fça-
uoir B , C , E , pour la pre¬
mière efpace,Si: C,D,F,pour
la fécondé, Si ainfi des autres,
quieff par ce que toutes les
autres lettres du moindre
Cahdiflique. 117
cercle font rendues diuerfes
auec le B , du cercle immobi¬
le, 8c auec le C, du cercle mé¬
diocre : 8c cecy a efté faid
pour nous lignifier que C, eft
vn moyen entre B , 8c D , car
B 8c D , participent par en-
fernble par les fignifications
de C, 8c ainfi des autres peti¬
tes efpaces : 8c ainfi comme
par les moyens des petites ef¬
paces, l’entendemêt humain
recherche des conclufions
necelfaires : de rechef on dif-
court aufii par B, du plus grâd
cercle, auec D , du cercle mé¬
diocre^ 8c ainfi des autres let¬
tres de l’Alphabet du moin¬
dre cercle , en changeant les
lettres du B, du cercle immo^
bile , iufques à ce qu’il foie
paruenu à l’î, du cercle me-
g n iy -
ii8 Le petit Oeutire
diocrcj &auK J du cercle in¬
ferieur. Et en cette forte on
formeia deux cens cinquante
deux petites efpaces , parlef-
quellesles eftats intelligibles,
font multipliez dans l’enten¬
dement humain : d’où il ap-
pai'oifl que cette quatriefme
figure , efl plus generalleque
ia troifiefme figure , il eil pa¬
tent , parce qu’en chafque pe¬
tite efpace, il y a trois lettres,
&c dans la troifiéme figure , il
y en a deux feulement: c’elb
pourquoy l’Artifte de cette
méthode eft plus gen^'aEpar
cette quatriefme figure , que
par la troifiéme ; parce que
par cette quatriefme figure,il
abonde plus en moyens , que
par la troifiémei partant, &:c.
En outre il efl à remarquer
(^ahalijlique. iip
que la propriété de cetre qua¬
trième figure cft , pour feruir
à la derniere operation de
l’entendement humain , la¬
quelle fe nomme le difcours.
CarrArtilte de cette fapien-
ce , applique par cette figure,
les fignifications des lettres
'contenues en icelles à fon
propos J fui Liant qui luy fem-
ble eftre plus à propos, qui efl
parce quVn petit efpace eftat
formé de trois lettres, Tentc-
dement regarde incontinent
les fignifications du fujet , 6e
du predicatiSeles conuenan-
ces entre l ’vn 6e l’autre: &: les
chofes qui en font efloi-
gnées,6e en euitant toufiours
les inconueniencs : D’oiiil
apparoift que l’entendemét,
par cette figure , acquiert vue
•g y
ï;i o Le pet ù Oenure
grande rdence J en compre¬
nant en icelle, plufieurs rat,
fons à vne coneiufion , Sec,
Et iifaut remarquetde plus,
qu’il faut fçauoir, .Sc retenir
par cœur ces quatre figures,
autrement, cette, fapience ne
fc pourroit enfeigner , ny aû-
cün ne fen pourroirferuir en
aucunes fciences ou arts:
mais qui fera parfaitement
habitué dans cette quatrief-
me figure , fçaura refoudre
tovHcs les’, quefiions propo-
fées, partant, scc.
Qihalîjlïijue*
lit
Des CXi^id/tes , des parties
du fujet : La troiftème
partie.
chap. vr.
P Ai'ce que les pLxmieres
conceptions de refprirs
qui font >^uées en cette fa-
pience , font IVn , l’eftre , le
vray , lebon ,lefquelles con¬
ceptions, Rappellent auffides
chofes tranfcendentes : on
les appelle les premières con-
ceptions de l’efptit, parce que
elles font cogneuës d’elles
mefmes dans l’entendemet:
Sc il n’y a perfonne de fens
ralTis , qui les puilTe nier : en
reniant pas l’e lire de toutes
112. Lepiit Oeuure,
les chüfes ; d’où nous croyos
que la première eonception
de l’erprit jC’eit relire , qui
efl le genre le plus general de
tous les ellants , lequel à cau-
fede Ton infeparabilité des
chofeSjefl: indubitablement
le fuj et totalement égal de
cette fapience de Cabale :
Or les contraires de ces qua¬
tre chofes fufdites ^ font , le
lien 5 le faux^ la multitude,
Sclemal, ôclenon ellre J &c
rimpoirible,refquels termes
font du tout efloignez de
cette méthode, à caufede la
multitude, de parce que l’e-
flre efl plus comnlun, que le
neceffaire Sc l’Eterncl , parce
que tout neceffaire efl eflrej
mais toutesfois tout eflre
îî eft pas aeceffaire , de pareil-
Cahaliflique,
lementtout Eternel efteftre:
mais toutesfois tout eftre
n’eftps Eternel, &:nous en
difonstoutde mefme del’e-
fiant, Se du bon; car tout eflât
eft bon, mais toutesfois tout
bon , n eft pas eflant , qui eft
parce que Dieu eft bon , &:
toutesfois Dieu n eft pas
eftâc , parce que Dieu eft le
vray,&: le vray, ne peut eftre
eftant} c’eft pourquoy le bon
ne fe conuertift pas auec l’e-
ftant , parce qu’il eft plus cô-
mun que tout eftant: Laiftant
donc les termes qui fignificc
reftreDiuin,nous difons que
l’eftre eft plus commun , que
tous les autres , 6c cogneu de
foy mefme: 6c na point de
befoind eftre declarértoutes-
fûis ces parties font icy de-
JL4- Oeuure.
clarées : d où le bon confîde •
ré en cette affaire^c’eftleflre,
à raifon duquel, toutes chofes
foncbonnes,il neftdoncpiis
danslebon,qu’afin qu’il faiTc
le bon:C’çil pourquoy l’eftre
bonifiant , n’efl que bon , le
grand, c efi: vn eftre , à raifon
duquel, toutes chofes font
grandes. Ilneftdonc dans lé
grand, que pour faire le grad,
ceftpOLirquoy l’eftre magni¬
fiant , efl le grand : Et partât,
n’eft dans luy , que le magni¬
fier , Le durant, c’efi: vn efire,
à raifon duquel, toutes cho¬
fes ont vne durée-, c’efi: pour¬
quoy l’eftre durifiant , eft du¬
rant &: eterneh II n’y a donc
dans l’Eternel , que l’eterni-
fer, pu felôl’eftre indiuiduel,
ou félon l’eftre fpecial, Le
CahaUfliqHe. 12 f
puifTant : c eft vn cflre , à rai,
fon duquel , toutes chofes
font puilTantes, partant, le
propre dereftre potétifiant,
n’eil que de porentifier. Le
fapient , eft vn eftre , à raifon
duquel , toutes chofes font
congnoiffables : partant l’e-
ilrefapiencihànc , n’eft que le
fçaehant , le propre duquel?
îi’eftquede fapientifier. Le
voulant , ceh vn eftre, à rai¬
fon duquel , toutes chofes
font voulantes donc l’eftre
volontuofifiant , n’eft que le
voulant. Le vertueux, eft vn
eftre , à raifon duquel, toutes
chofes font vertueufes,don c:
l'eftre virtuofifiant neft que
îe vertueux , le propre duquel
neft que de virtuofifier. Le
TOy,eft vn eftre, à raifon tlu-
iz^ Le petit Oeuure
quel toutes chofes font
vray es , le propre du vray , eft
doncde verifienpartant, le-
flre vérifiât, neft que le vray.
Le glorieux eft vn eftre, à rai^
fon duquel , toutes chofes
font glorieufesS^ dele(^^ables,
l’eftre gloriofifiant n’ell donc
que le glorieux,le propre du¬
quel J n eft que de glorifier:
Car ce font les parties deTe-
ftre, qui eft le total fujet de
cette fapience,lefquelles par¬
ties luy font attribuées. Par¬
tant,
Càihalifliquel il 7
Des ^^idites des premiers
principes»
Chap. VII.
LEs premiers principes de
cetee fapience , l'ont les
.âbftrai6i:s des parties du fujer,
qui font la bote, la grandeur,
la durée , la puilfance, lafa-
pience ,1a volonté, la rercu,
la vérité, &C la gloire. Car
comme TelTence, ou lelTen-
tieté eft abftraiéte de lellre,
parce que c’eft Ton eftre ôc fa
perfeélion ,à raifondequoy,
relire n agiit que lellre : de
meüîie la bonté , ell l’aéle
delaperfedion du bon, à rai-
21 8 Le petit Oeuure
fon dequoy , le bon , ne fait
que le bon j Sc femblablemét,
la grandeur eft Y a6te de la per-
feâion du grand, à railon de-
qiioy , le grand, ne fait que le
grand , d’où la bonté &c la du¬
ree , font grandes , par la gi a-
deuri enuironnantes toutes
les extremitezj&penecrantes
par tout ce qui eft créé. La
durée ou la permanence, eft
l’aéle de la perfection du per¬
manent , à raifon dequoy ,îe
permanent ne fait que le per¬
manent. Lapuiftance,ou la
potentietéjefti’aCtedela per¬
fection du puiftant 5 ù raifon
dequoy , le puifTant ne fait
quele puiftant, 8c par luy tou¬
tes chofes agiftent , 8c reagif-
fent par enfemble , l’vne refi-
ftant à l’autre. La fapience.
C ah al Mi que, iz<^
ou la fapientieté , eft l’ade &
Japerfeàionde rinrelligent,
à raifon dequpy , l’intelligent
ne fait que rincelligentj& par
elle toutes chofes font intel¬
ligibles. La volonté, eft l’aéte
delà perfedion du voulant,
à raifon dequoy, le voulant
ne fait que le voulant 5 &: par
la volonté toutes chofes font
aymables. La vertu eft fade
&: laperfedionduvertueuXjà
raifon dequoy le vertueux ne
fait que le vertueux. La vérité
ell fade la perfedion du
vray , à raifon dequoy , le
vray nefait que le vray, & par
elle la bonté , la grandeur.
L’Eternité, la puiirance,lafa-
pience, la volonté, &: la ver-
'tu, font faites , les objets de
l’entendemét, enfemble auec
/jo Le petit Oeuure
la gloire. C’eftpourquoy la
gloire eft l’ade de la perfeàiô
du glorieux , àraifondequoy
le glorieux, ne fait que le glo-
lieux, 8^: par elle toutes cho-
fes font deleftables , dans la¬
quelle toutes chofes repo-
fent. La différence, eft fade
&:laperfe6tion du different,
à raifon dequoy le difterent
ne fait que le different , par
la différence toutes chofes
font diftindes 6c claires. La
concordance eft l’afle Sc la
perfedtion du concordant, à
raifon dequoy le concordant
ne fait que le concordant , de
par la concordance toutes
chofes conuiennent en vn:
le bon, le grand,le permanêt,
le puiffant, de les autres attri¬
buts qui raccordent en vn
[ahalifliquc, 131
cftre. La contrariété eftvne
mutuelle repugnace de quel¬
ques vns à caufe de la diuerfi-
té des fins , où la contrariété
efi: Tade &: la perfedion du
contrariant i à raifon dequoy
le contrariant ne fait que le
contrariant, &: par elle toutes
chofes font corruptibles. Le
principe efi; vneftre qui pré¬
cédé toutes chofes par fa rai¬
fon intrinfeque de priorité j
ce principe fe dit de la cau-
fe du temps &: de la quantité.
Le moyen efi: vn fujet, dans
lequel la fin influe au princi¬
pe, & le principe reflue à fa
fin. La fin efi: le terme dans
lequel tous les principes font
mis à repos, 8c par elle,la bon¬
té, la grandeur , l’Eternité , 8c
les autres attributs fe repo-
îjz 'Le petit Oeuure
fent envn eftre La maioritê
eft l’image de l’immenfité, de
la bonté J de la grandeur , de
la durée , de la puilTancejde la
fapianee, de la volonté , delà
vertu J de la vérité, de la
gloire : ^ par elle , le bon , le
grandSe femblablesjont plus
hauts que les autres eilants
en perfeélion. Partant, &:c.
L’égalité efl vn fujet dans le¬
quel le terme de la concot^
dance de la bonté, de la gran¬
deur, de Id permanence, &:c.
fe repofe. Mais la minorité
efl: vn efl an r, qui tend au non
^edre i qüejCecÿ fuffife des
Quidites, des principes de
cette fapience de Cabale, ïef-
queîs principes auec leurs qiii
ditis^ , ne fe doiuent aücüne-
mWt ignorer, autréfnêt cette
Cah^liflique, 153
Sapience ne Te pourroit co-
gnoiflre, partant, &;c.
Des réglés necejjaires^
La quatrième partie du q>re-
mier tiaiÛL
Chap. VIII.
LEs réglés de cette affaire
grandement neceffaires,
font au nombre de dix , à fça-
uoir/çaucir mô , ce que c’eft,
dequoy, pourquoy, combien
grandj-quel, quand, ou, com¬
ment , &: auec'quoy. La pre¬
mière, qui eft , fçauoir-mon,
efl attribuée au B , &: ce que
c’eft, eft attribué au G , ôc de-
quoy , eft attribué au D , &
Cahalifticjue. 134
pourquoy cil attribué à TE,
ôi:combien grand efl attribué
à TF, quel eft attribué au
G, quand, eft attribué àl’H.
8^ où eft attribué à l’I, Sc com
ment, 3c auec quoy, eft attri¬
bué au K : defquelles réglés
les efpeces font au nombre
de cinquante j car B, contient
fous foy trois efpeces , à fça-
uoiç le doute , l’affirmation
3c la négation : 3c la lettre C,
contient ce que c’eft 5 ce qu’il
a en foy , ce qu il eft en au-;
truy , 3c ce qu’il aen autruy t
3c ainfi il y a quatre efpeces
deC. Mais D, contient fous
foy trois efpeces , à fçauoir
de quel fujet,de quoy, 6c à qui
ceft. La lettre E, contient
fous foy deux efpeces , à fça-
uoir formellement, 3c finale¬
ment
Cahaîijîique'.
ment. Mais la lettre F, con¬
tient fous foy deux autres ef-
peces, continuellement J
difcretiuement, La lettre G,
contient auiTi fous foy deux
efpeceSja fçauoirjquefce que
c efl: J quel communiqué,
ou proprement & par appro¬
priation : Mais la lettre H,
contient fous foy quinze ef-
peces, a fçauoir les quatre ef»
peces de la lettre C , les
trois efpeces de la lettre D, de
les liuia efpeces de la lettre
K : de cecy a efté faiél , par ce
que l’elfence du tépseifforî
difficile à entendre, & à cett
caufela réglé H, doit eftre ap .
pliquee aux efpeces de lare
gle C, D, & K , &■ femblabk *.
ment la réglé de la lettre 1.
contient fous foy routes le^
h
LeptltOeuure
eipecesdes réglés CjDj 6^ K,
réglé de la lettre Kj com¬
prend fous foy deux fortes de
réglés: à fçauoir le genre de
la réglé de modalités ôc le gè¬
re d’inftrumentalité , comme
on monftrera dans leurs ex-
emplesjpartant, ôcc. Et parce
qu’il n’y a aucun doute
quant au néant 8>c l eftre fim-
plementicar le néant ne nous
eft point fujet d aucune admi¬
ration 5 ôc l’eftre {implement
cft de foy manifefte ôc par¬
tant il n’a befoin d’aucune
demonftrationj Sc ne codent
en foy aucun doute j qui efl
par ce qu’il n’y a perfonne de
fens rafïîs qui puiffe nier 1 e-
ftre, comme il a efte prouue
dans lePreface de ceTraiète,
ec partant nou5 difons que
tous les doutes ne pcuiient
tomber qu’entre les chofes
qui font mitoyennes entre
ces deux ; à fçauoir, entre Te-
ftre fimplement &: le néant:
Or le fçauoir-mon , a le
doute &: l’affirmation , 5c la
négation poffible, félon Te-
galité qui fuppofe que ien-
tendemét n’eft point lié auec
lecroire, lequel croire n’efl:
pas l’aéte intrinfeque de fem
cendement, comme eft l’en¬
tendre mefme : &: partant l’ê-
cendement conçoit feulemét
la partie du doute, auec la-'
quelle il peut entendre, en
fiippofant, que le vray ell
énoncé d’icelle. Or la réglé
G, contient premièrement la
définition quiditatiue de la
chofe, cgnime par exemple^
738 Leptit Oeuure
ü on demande, ce que ceft
quel’eftant ? Il y faut refpon-
dre, que c ’eft le premier créé,
ou fi on demande,ce que c eft
que l’entendement humain ?
ilyfaut refpondre, que c’eft
lapuiiîancederame , le pro¬
pre de laquelle efl d’entédre.
La fécondé efpece de la réglé
C,eft, ce qu’il a en foy : com¬
me fi on demande ce quaen
foy f eflant ? Il y faut refpon¬
dre, qu il al’entitatif, l entite,
S)C l’entiter; ou fi on demande
de l’entendement , ce qu il a
en foy ? à quoy il faut refpon-
dre, qu’il a l’intelleétif, 1 en¬
tendu , 8c l’entendre , en de¬
mandant de l’entendemenc>
ce qu’il feroic fans eux 9 fça-
uoirf’il feroit oyfeux en na¬
ture? à quoy il faut dire que
Calpalifîiijue. 739
ouy : La troifîéme de
la réglé C ^ eft ce qu’il eà en
autruy; conime#n difantce
qiierencendemenc eft en au¬
truy. A quoy ilfaut rerpon-
dre,qu’il ell vn bon intelli¬
gent dans le bon , ou dans la
bonté , 8c dans la grandeurs
vn grand intelligent : 8c
dans la durée durant , 8C dans
la puilTance puifTanc , 8c
dans lafapiencefçachant , 8c
dans la volonté voulant ;
8c dans la vertu vertueux,
8c dans la vérité vray ,
8c dans la gloire glorieux , 8c
comme on a donné vn exem¬
ple de l’entendement par les
quatre cfpecesde la réglé C,
de mefme faut-il exemplifier
de tous les autres intelligi-
bJes , comprins dans la figure
140 Le petit Oeuure
A : La quatrième efpece delà
réglé C,eft quand on deman¬
de ce qu il aiiuec autruy ? co¬
rne quand on demande de IV
fiant , ce qu'il aauec au:ruy ?
Il y faut refpondre , qu’il a le
bonifier auec la bonté, &: l’em
titer auec l’entité : Et fembla-
blement faut-il demander de
l’entendement, ce qu’il aauec
autruy î A quoy il faut ref¬
pondre, que auec l’intelledif
il a l’entendre scie croire. Or
kregleD,eO:, quand on de¬
mande de l’entendement, de-
quoy il eft ? à quoy il faut ref¬
pondre, qu’il efi; db fes pro¬
pres. corrélatifs elfentrels , à
fçauoir de fon intelleétif, de
fon intelligible, ôc de fon en¬
tendre. La fécondé efpe^ce de
la réglé D , efi quand on de-
(^ahalifiique. l^r
mande dequoy eft l’eftanc ,
ou dequoy eftrentendemét?
à quoy il faut refpondreîqu’il
eft de fon propre eflte formel
3c materiel. La troifiémeef-
pecece de la réglé D, eft quâd
on demande de l’entende-
menc, à qui il eft ? à quoy il
faut refpondre , qu’il eft à
l’homme , comme la partie
à fon tout , ou fon effence :
mais la réglé E , eft quand on
demande pourquoy eft l’en-
tendemenc finalement ? à
quoy il faut refpondre j qu’il
eft pour entendre la vérité
de tous les fujets intelligi¬
bles. La fécondé réglé, eft
quand on demande pour¬
quoy eft l’entendement for-
mellepient? à quoy il faut
tefpondre , qu’il eft par fon
h iiij
ï4i Le petit Oeuure
propre entendu , intelledif^
Se entendre. La réglé de la
lettre F , contient fous foy
deux efpeces , à fçauoir , le
quant continuatiuement, co¬
rne quand on demande de
Fentendement , côbien grâd
il eft ? à quoy il faut rcfpon-
dre , qu’il eft auffi grand qu’il
le peut eftre abftradiuement,
Se non pas ponduellement,
ny lineaiement. La fécondé
réglé de la lettre F, elt quand
on demande combien grand
difcretiuement eft l’entende¬
ment ? à quoy il fiut refpon-
drejqiFil eft trine elTentiel-
lement.îj eft manifefte > par¬
ce qu'il eft compofé de trois
corrélatifs inrrinfeques, dans
kfqiiels ,, toute fon effence
eftdiftribuée Sc. fouftcnuèV
CahaUjlique, 145
qui font l’intclle£lif, l’intei-
ligible 5 & lencendre , auec
kfquels il eft rendu Theori-'
Gien6£ Praticien , general Sc
particulier. Mais la première
efpecede la réglé G,eft quâJ
on demande de l’entende-'
ment , quel il ellelTentieile--
ment ? à quoy il faut refpon-
dre , qu’il eft tel quelle eft la.
propre incelleduité àc fou
propre entendre, par fa pro¬
pre intelligibilité qui ef: atta¬
chée au fujet. La fécondé ef-
pecedela réglé G , eft quand
on demande de l’entende-
ment, quel il eft accidentelle^^
ment? à quoyilfauc reQaort-
dre,qii’il eft croyable ou don-
table : mais la première cfpC'
ce de la réglé H ’ , eft la pre¬
mière efpcce de là réglé C5
h y-
144 Le petit Oeuure
impliciceraent, comme quad
on demande , quand eft l’en-
tendemenc î à quoy il faut -
refpondL'e, qu’il eft lors que
fon eftre quididacif eft , où il
eft lors qu il a Tes parties eft
fentielles, qui font exprimées
par la reeoride.efpece de la
réglé C,Sc qu’eft-il , quand il
agift .en autruy ? ôcil eft par
là troifiéme efpece de la.regle
C , afin que l’entendement
foit praticien-: Sc femblable-
ment nous pouuons aufti reG
pondre , qu’il eft , lors qu’il
fait la reftemblance de celuy,
dans lequel il eft , nous pou¬
uons aufti refpondre, qu’il
eft dans le fteele , ou dans l’eft
fence primitiue du temps : Il
eft manifefte,- parce qu’il n eft
dêriué: ou produiét dàueuni
Cahalifiïque, 14^
autre temps , quederEterni-
tc; Stileiî; comme la matiè¬
re première , &: la forme pre¬
mière: parce qu’il ne dépend
d’aucun temps. C’eilpour-
quoy le temps , en tant que
primitif, elf le premier elire
en fon genre, fous lequel font
contenus les ans,les mois,les
ioLirs , 6e les heures: Se ces
refponces font faites félon la
première efpece de la réglé
D. La fécondé efpece de la
réglé D,eft quand on deman¬
de de l’entendement quand il
cil ? à quoy il faut refpondre,
qu’iielî lors qp’il eft daii-
truy^ ou quand il eil à quel-
qu’vn : Et ainfî fiut-il procé¬
der dans les autres règles K,
àleurmode, Or les règles de
lalettre Lprocedent de mef«
h vj
34^ "Le petit Oeuure
me façon que procèdent les:
réglés dêlaiecrreH, car quâd,
il le fait vne queftion de quel¬
que chofede femblable: c.ônie
par exemple de fencende-
menc. , en difin t , où eft i’en-
têdement ? à quoy il faut ref-
pondre, par la première ef-
pe.ce de la réglé C , &: par
la, fécondé ^ la troifiéme ,,
là quatriefmejde la mefme
à leur mode, qui.fignifiefon
contenant, & fembîablement
par la première, la feconde,62 :
îâ. troifiéme efpece delà réglé:
D , 5c par les quatre réglés de
modalité, ôc d^inflrumétalité, .
qui font les réglés de la lettre
K , dcfquelles on traitera cy-
apres ; Vn exemple de la pre¬
mière réglé. G ; eft , quand ôn
demanda de. Féatenetéments ,
[aHariftïqne. 147
GÙ il eft ? à quoy il faut ref-
pondre , qu il eft dis fon eftre
^quiditatif , &: dans fou eftte
inteliedif, entendu &: enten¬
dre ' nous pouuons aulîi ré¬
pondre 3 qu il ed dans la bote
de fon intelleftion, de fon in¬
telligible , 8e de fon intelle-
dif, ourefpôndre ainfi , qu’il
eillà où ilagift,ou aucc quoy
il agift , 8e fait fes adions ; 8e
par la première efpece de mo¬
dalité, quand oh demande de
i’entendemét où il eft ? il faut
refpondre qu’il eft dans fa fa¬
çon d’entendre, 8e d’engen¬
drer fa reffemblace en autr uyj
Seainftfaut-il dire des autres
réglés de la lettre K , à leurs
mode-. Qr les réglés de la,
lettre K ,Tônt 'comprifes fous
déuxdortes^ de reglcè'> a fça-
Le petit Oeuure
uoir de modalité , &: d’inftru-
mentalité : le genre de moda¬
lité comprend fous foy qua¬
tre efpeces, la première , eft
quand on demande, commet
l’entendement eft vne partie:
la fécondé eft, quand on de¬
mande, comment il eft là par¬
tie dans la partie : la troiliéme
réglé eft , quand on demande
de l’entendement, ou de quel¬
que autre eftant , comment la
partie eft dans fon tout : la-
quatriefme Se la derniere ef-
peceeft, quand on demande-
del’entendement ou de quel¬
que autre eftant comment
eft le tout en fes parties , &
comment il met fa reftem-
blance hors dofoy ? à quoy il
faut refpondre de rentcnde-
met, c[u’il met hors-fa reffem-
(^ahdlijllque*
biance par le moyen d’vne
habitude fcientilique, par la¬
quelle il en fait plulieurs au¬
tres intelligibles, auec fon
propre intelledif, &: qu’il eft
hibiediuemenc par le. mou*
uemenc , par lequel il eft def-
duitpar les efpeces intelligi¬
bles , par le mouuement , par
lequel il a à crouuer le, ce, que,
c’eft, qui elt vn moyen entre
le fubjet le prédicat dans
les figures defignees,qui mul¬
tiplient les abftradions eftra-
geres des fens Se des phantofi
mes , en les imprimant ôc co-
gnoilTant dans Ton propre in^
telligiblc. La fécondé forte
de réglés de la lettre. K , eft le
genre d’inflrumentalité , qui
^ontient fous foy quatre ef-
p^ces : dont la première eil.
j^Q Le petit Oemre
quand on deinadeparexem»
pie , de la vertu informatiue,
auec quoy elle agiil ? à quoy
ii faut refpondre> qu’elle agift
auec fon informalité, enor-
ganifant , fuiuant qu’il efl ex¬
pédient dans la matière mar¬
quée auec la chaleur celefte:
la chaleur naturelle de la fe-
mence afTignée y eftant loin-
te : où il faut demander de
l’entendement , auec quoy il
faid fes intelledions ? à quoy
il faut refpondre, qu’il entend
auec l’application d’vne efpe-
ce eftrangere auec vn autre,
en les mettant dans fon pro¬
pre intelligible : comme la
lumière met les couleurs das
vn miroir, où il faut refpon¬
dre, qu’il entend les efpece||.
àt^telligibles auec la bonté
(^abah/îique, j/j
fon intelle6tiuité > ÔC auec fa
grandeur les magnifie, ô^auec
la différence diftingiie IVne
d auec l’autre : 8c auec la con¬
cordance les vnitôiilescom-
pofe, 8c auec la contrariété
diuife 8c répugné à ceux qui
déchirent la vérité , 8c ainfi
des autres à leurs mode. La
fécondé efpece de la régie
d’inflrumentalité eft, quand
on demande de quelque cho-
fe , à fçauoir , comme quand
on demâde de rentendemét,
en difanc auec quoy l’enten¬
dement entéd les autres cho-
fes diuerfes î à quoy ii faut
refpondie , qu’il entend auec-
l’efpece acquife des fens^ ou-
auec l’efpece infufe diuine-
ment. La troifiéme efpece de
cette réglé efl, quand on de“
jjz Le -petit Oupire
mande auec quoy 1 entende¬
ment eft vniuerfel ou parti¬
culier ? à quoy il faut reîpon-
dre, qu’il eft vniuerfel auec fa
puiftance abftradiue de l’in¬
tention vniuerfellc de plu-
fteurs chofes particulières,
appréhendées dans lesphan-
tofmes, en mettant telle inte-
tion dans fon vniuerfel intel¬
ligible, qui eft de fon effence,
Sc cet entendement eft le re-
cipiant:mais il fe nomme par¬
ticulier, quand auec vne feule
efpece des efpeces, il entend
quelque eftre indiuiduel , en
pratiquant, ou apprenant de
mémoire. La quatriefme ef¬
pece de la réglé d’inftrumen-
talité eft, quand on demande
de quelque intelligible, com¬
me par exemple, auec quoy
CahdUflique. 153
rentendeinenc met hors de
foy lesrefTemblâces des cho-
fes ? àquoy ilfaucrefpondre,
qu’il fait cecy auecfon pro¬
pre intelledif 5 intelligible, &:
entendre , auec lefquels il fait
que les cfpeces eftrangeres,
qui font intelligibles , foient
entendues , &: ramenteuables
pî^r la mémoire , &: aimables
par lavolôté,a pourchalTer ou
à fuiriSc par cette réglé on de¬
mande de tous les inftrumêts
des chofes naturelles & artifi¬
cielles, tant au genre dgefpi ri¬
tualité, qu’au genre de corpo¬
ralité, ou tât au genre des ab-
flraiéts , qu’au genre des con¬
crets: qui eft parce que laregle
d’inftrumctalité, côtientfous
foy toutes fortes d’inftrumêsv.
1J4 Le petit O mure
elle contient premièrement,
au genre des concrets , ou de
la corporalité, . les membres
organiques du corpshumain,
6c les premières qualicez des
éléments , auec lefquelles, el¬
les agilTent 6e reagilTenc par
enrenîble,8c ce, quant aux
inflruments des chofes na¬
turelles. Or quant aux inflrti-
ments artificiels , elle con¬
tient tous les inftruments dés
Artiftes: comme du Maref-
chal le marteau ôc l’enclume,,
6c elle^iiconcient encore dans
legenrede rpiritualité , tous
les inftrumens fpirituels : 6c
les argumentatiôs,6ct6usles
difeours raifônables, les voix
de tous les animaux , 8c tous
ks autres inili'iiméts,dans le
Cabaliflîcjue, 755
genre d abftraia; Orl’inftru-
mentauec lequel l’entende¬
ment humain, dircourt vni-
uerfellement , Sc eH rendu in¬
telligent vniiierfel,eft la table
delà fapience des Cabaliftes,
quiapparoift eitte compolée
de quatrevingt quatre colon¬
nes : comme il eft manifefte,
das leTraidté des figures, à la
fin qui efl, parce que de chaf-
que colonne , l’entendemenc
tire plufieurs moyens de
prouuerdans toutes matières
des chofes quife peuuent fça-
uoir, ilmpnfire que la pro¬
pre pafîion s’énonce de fon
propre fiijet, dans la conclu-
fion , par , le , ce , que , c’eft,
propre en telle matiere,ôc de
plus , il le difeourt &c déduit
Ij6 Le f et it Oeuure.
obje6tiiiemenc , par tous les ;
principes propres 3 &c par les
réglés propres : en appliquât ;
à chafque queftion , vingt j
raifonsj Sc en les declaiant, i
comme il fera manifefte,dans
les queftions de la table.
(ahalifiique, i$y
! Del Ordre de U
, Table'
Cn AV. IX.
T ’Ordre des colonnes de la
^Table , confilte dans la
polition de la lettre T^car où
cette lettre fuit B CD, ou
précédé , ou eltinterpofée,
comme il eft manifefte dans
les colonnes : fi donc elle fuit
elle nous donne à entendre,
que les lettres qui precedent,
font des lettres de la figureA,
mais fi elle précédé, elle nous
fignifiepour lors, que les let¬
tres qui fuiuét,sôt de la figure
T,qui eft de la fécondé figu¬
re J mais quand elle eft inter-
pofce alors elle nous donne
258 Lepetit Oenure
à entendre que les lettresqui
•precedent, font de la premiè¬
re figure, ^ celles qui fuiuent
de la féconde figure, foit qu’il
y ait deuxlcttres,où qu’il n’y
enaitquVne, Etcecyfefaic
afin que l’entendement foit
rendu afiertif,&: afcenfif,
defeenfif, dans ces figuresdà,
& par ces figures-là. A fça-
uoir. A, &: T. Car l’entende¬
ment humain procédé en
icelle , du genre generaliffi-
mey àlafpecialifTime des ef-
peces. Et il faut remarquer
que dans le premier petit es¬
pace de la première colonne,^
fe rencontre T, apres B G D,
pour fignifier que telles let-
tré&Eont de la première figu¬
re i dcfqüelles lettres B,figniy^
fie fc bôn,&; fon ab lirai 61: ,
Dieu:
Cahalîjlique. 15 ^
Dieu : & C , figniiie îe grand,
&: fon abilraid , de l’Ange: ôd
Djlignilie le permanent , ou
le durante fon abftrai61:,& le
Ciel : mais quandTjprecede
ces trois lettrcsjil nous don¬
ne à entendre que ces trois
lettres B C D , fonr de la fé¬
condé figure, defquelles let¬
tres B , lignifie la différence,
ou le different , Sc C, le con¬
cordant, Si fon abftraiâ:, ôc
D , fignifie le contrariant , SC
fonaforaid : Or li le T , eff
interpofé,il fignifie comme
ilaeftédit, Se comme nous
auons donné exemple de la
première colonne , de meme
fçaehe que i’ay dôné des exê-
ple de toutes les autrescolô-
nés, comme il eff manifeffe
dans la Table.
i
l6b
le second
T R A 1 C T E' D E
CET ABBREGE’
Efl de U fin recherchée dans
cette Sapience.
Ch A P. I.
A R CE que la fin re¬
cherchée en cette
méthode 5 n’efi: que
denfeignerlemoyê
auec lequel l’entendement
humain eft, rendu égal auec la
chofe entendue de chaque
chofe cognoilTable de quel¬
que genre que (bit telle chofe
cognoifiable j' èc cecy fe fait
par l’euacuation de la qua¬
trième figure 6c auec lamul-
Cahal/fiirjue, lëi
tiplicarion de la qaattief-
ine figure en ryllogifant,
Sc en demonllrant les pro¬
pres palTions de chaque lujet
par fes propres 8c immédiats
principes 8c caufes auec les
définitions des fujcts , qui
font mis dans cette fécondé
partiejCoLiz les lettres de l’Ai-
phirbet : car l’encendement
euacuë de chaque quadran-
gle de la troifiéme figure les
chofes lignifiées par les let¬
tres en les appliquant au pro¬
pos j 8c par ce moyen l’en ren¬
dement humain eft rendu ap-
'plicatif, inueftigatif&inuen-
tif. Et on dit , eliacuer quand
r'entendement extraiâ: des
pôfitiôs&:des queifiôs de pro-
chàqueeftant, enconduifant
ia düétrine de plus impliquée
1
i6i Le petit Oeuure
jqu’elleeïl àvhe, plus impîi-
-ouée,6<: en dônant artificiel-
iemct la folution à toutes les
queftiôs auecles définitions
des principes èc les efpeces
des réglés: De toutes lefquel-
les chofes apparoift quelarti-
fte de cette méthode peut re¬
foudre les doutes eftrangers,
en fupposât toutesfois ce que
figniiie le terme: Or l’entéde-
memt humain tire du premier
quarré BC,de cette troifiéme
figure, douze propofitiôsjdôt
la première eft , le bon eft
grand, le bon eft different ,1e
bon eft concordant : le grand
eft bon,le grand eft different,
le grand eft concordant : le
different eft bon , le different
eft grand, le different eft con¬
cordant ; le concordant eft
Cdhdliflique» id’j
bon, le concordant cfl: grand,
le concordant elt different:
lefquelles douze propodtiôs
eilans faides , le quatre B, C,
efl: vuidé, lefquelles deux let¬
tres fignificc le fujet & le pré¬
dicat, defquelles l’cntende-
ment euacuë auffi douze
moyens entre le fujet &: le
prédicat, efquels ils conuien-*
nent en genre ou en efpece,
& auec lefquels renrendemec
humain fe fait difputatif , ôc
déterminatif : comme par ex¬
emple, tout ce qui eft magni¬
fié, eft grand par la grandeur*,
or eft- il que tout bon eft ma¬
gnifié par la grandeur , donc
tout bon eft grand, & fembla-
blement tout ce qui eft boni¬
fié eft bon par la bonté: Or eft
il que tout grand eft bonifié
i iij
m64 Le petit Oeuure
pal la bonté, donc tout grand
eft bon. Les maieures pro-
portions de ces deux fyllo-
gifmes font manifelles d’el- .
les-mefmes, les mineures
font claires par la définition
quiditatiue de la grandeur &:
de la bonté : car la grandeur
eft fade 6c la perfection du
grand , à raifon dequoy le
grand ne fait que le grand:
donc le bon eft grand ; par ce
qui] efi: bon par la bonté , qui
eft l’aCte 6c la perfection du
bon, à raifon dequoy le bon
ne fait que le bon : doc le bon
eft grand : 6c comme i ay dit
6c dôné exemple de ces deux,
de mefme , penfe que i’en ay
donné des autres chofes , fi-
gnifiées par ces deux lettres
B, Ç, de ce quadrangle àieur
~ [ahaltftique.
mode. Et apres cecy, que
rentendement euacuc para-
pres vingt-quatre queftions,
il ell manifefte ■; car chaque
propofitiô a deux queftiôs im
pliquéesjà fçauoir, fi elle eft,
ôc ce que c’eft : comme en dh
fant , h la bonté eft-, qu’eft-ce
que la bonté ? car le qu’eft- ce,
prefuppofe la queftiô, fçauoit
mon: commeil aeftéprouué
autre part. Et il faut remar¬
quer quedansles autres figu¬
res quadrangulaires de cette
troifiéme, il faut procéder de
la mefmè façon qu’on a pro¬
cédé dâs la première : de plus
l’entendement humain eua-
cué du mefme quarré B , C,
d’autrespropofitions auec les
quidites de la bonté ôc de la
grandeur , cnfemble auec les
i iiij
6 he fret ;V Oeuu re
tifois efpeces de la difFerence.
Si de la concordancejcomme
il efl iTixmifefte dans la figure
T, ôi femblablement Tenten-
dement euacue le mefme
quarré B,Cj auec les trois
efpeces de la réglé B , enfem -
ble les efpeces de la réglé C,
toutes lefquelles eflans expe-
diées, le quatre ell euacué ea
affirmant ou en niant, en fui-
uant les conditions fpeciales
delentendemenc humain, il
refout toutes les queftions de
Pieu & de l’ Ange , lefquelles
eftant refolues, il demeure en
repos ôiaflèrtifj&fecognoifi:
fort general , artificiel , qui
a vne grande fapience , par¬
tant, Sic. Et comme on a irai-
fté du quarté B, C, de mefme
faut-il dire des autres , à fea-
Cahaliflicjue, 167
lioir, B D,B E,B F, B G, B H,
B I , B K , & ainfi des autres,
comme dans la figure , par¬
tant, ôcC.
De U Multiplication des
S fiant s far U quatrième
Figure^
Ghap. il
OR les Eftants fe multi¬
plient par les efpaces de
la quatrième figure, iurques
âu nombre de deux cens cin¬
quante deux, en tournant le
cercle de la roue médiocre
fous le plus grand cercle 3c
immobilejcomme par exem¬
ple ) qu’on mette la lettre C,
i V
Lepetit Oemre-
de la roué médiocre fous la
lettre B^du plus grand cercle,
qui eil immobile, Sc D , du
moindre cercle fous je C , du
mediocre , alors fe formera
dans Te prit vnc chambre ou
vn petit efpace B , Ç, D, qui
eft lepremiérefpacede la pre¬
mière colonne dans la table,
SC C, D, E , qui eft je premier
efpace de la fécondé colonne
dans la table , Sc.D , B, F , qui
elt la, première efpace de la
troiliéme colon-ne dans k
table , Sc ainfi des autres pre¬
miers. efpaces des colonnes^
dans la. table iufques aunom-,
brede fept,qui fe termine das.
l’efpace H, I, K., .Sc ainû par,
cette première reuolutio des
tpués , eft reprefentée dans ■
i efprit ia conuTiunication en-» ^
CahaliBiquel 169
tré le fujet & le prédicat de
chaque proportion , laquelle
communication n’eft que la
concordance des deux extrê¬
mes en vertu du moyen , le¬
quel moyen dans le premier
efpacedela première colon¬
ne eil le C » comme h on ar-
gumentoit ainfi: Tout grand
eft bon 5 tout durant eft grâd/
donc tout durant eft bon , ou
ainli dans les abllraits. T oute
grandeur eft bonne, toute du¬
rée ell grandeur 5 donc toute
durée eft bonne ; 8c ainft il eft
manifefte que B, a communi¬
cation ou conuenance auec
en vertu de la gran¬
deur, 8c au rebours de,D,auec
B., 8c- C , d’où dans refpac©
B, C,D, ily a ftx conditions*
jpar lerquelies l’entendement
i vj
ifj^o Le petit Oeuure
a à fe conditionner ^,fe dif*
pol’er pour trouuer &.,recher^
cher, pour prouuer &: obje¬
cter., apres lerquelles , en fin
l entendement acquiert fix
autres .conditions , en tour-
mant la petite roue auecla let¬
tre E , en le mettant fous C,
du cercle mitoyen , fous le¬
quel efloitD, du moindre,
cercle ôe partant par cette fé¬
condé reuolution du mouue-
ment de l’E , du petit cercle,
fous le C, du médiocre , font
faites autres fix conditions
entre B, C, E : & ainfipar ce
moyen l’entendement a ac¬
quis douze conditions , par
léfquelles il fait vne habitude
cnfoy à toutes les chofcs fuf*
dites : Et comme on a exem¬
plifié de ces deuxreuolutios^
Cahaliflicjue, i^v
dè mefme , fçache que nous
auons exemplifié des autres
iufqu’à refpace H , I , K , en
tournant de cette façon, l’en-
tendement acquiert de nou-
uelles cornditions , Sc multi¬
plie de chaque efpace douze
propofitions ôc vingt-quatre
quefi:ionÿ : &: en ce cas Tenté-
dement fe cognoift fort ge¬
neral artificieuse fort ingé¬
nieux par deffus fon entedre,
entât qu’aucun dès fophiftes
ne peut fubfiiler deuant luy:
quieft, par ce qu’il conduit
tout Sophifte àplufieurs cho-
fes inopinables par des ades
intrinfeques de la chofe co-
gnoilTable , 6c par des primi¬
tifs î Sc le fophiftepar des. ex-
trinfeques Sc.feconds comme
il fera prouuc ailleurs , en ce
lyi Le put Oeum’e.
que nous difons des falla-
ces , &c.
De U Combination des
pemkrs principes ^
C H A P. III.
OR vn autre moyen, pars
lequel l’entendemenE
humain fe perfectionne en
cette méthode , eft par la c6-
bination des premiers princh
pes de cette Sapience de Ca^
baie, 62 des réglés ; qui eft par
ce que par telle combination
l’cnteniementvientà la co-
gnoilTance parfaite de la pro¬
pre pafTion de tout fujet
quelque genre qu’il foit , & a
yne uesparfaiCte habitude de
(^ahâlijïiqu'e, 173.;
Sapience, par laquelle il fe
joinc auec les quiditcs -des
fubllances fcparées , où toute
fa béatitude Se félicité côüfte.
Oi la combination des prin-T
cipes SC des dix réglés , eft IV-?
nion ôc, l’ademblage d’iceux
par quelque moyen j 8c cette
combination xftautâr necefr
faire icy à fçauoir, que le cerv^
îre eft necefïaire dans vn cer¬
cle : qui. eft, par ce que cette
combination fe comporte en
cettefapience, en égalité aux
chofes vnies ôc cobinées , côr
me fe coporte le centre à fef-
gard de fa circonferance : cd^
meilapparoift manifefteméc.
de ladiftance égalé de. chaque,
principe, de. cette Cabale , Sc
de fes réglés au nombre de
Il faut remarquer, qu’il I
J 74 L e petit 0 'euure
y a deux forces de combina'
tion : l’vne eft des principes
feulement, &c l’autre eft des.
principes Si des réglés. Vn
exemple de la première com¬
bination, eftde la bonté, auec
îa grâdeur, comme en difantj
la bonté eft grande : 8c par
ainfi par cette combination,
la raifon eft doublée au bon,
qu’il fafTe vn grand bien , ce
qui eft: car parce qu’elle eft
la bonté, on a la première rab
fon de la bonté ou de fa qui-
dité, qui eft i’aéte du bon , à ^
raifon duquel le bon fait le
bon ; 8c par ce quelle eft
grande, on a la fécondé rai¬
fon qui luy eft appliquée,
qui eft l’aéte du bon grand,-
à raifon dequoy , le bon
grand , fait le bon grand : 8C
Cahixliflique^ I75
femblablement , la raifon efl
triplée au bon , quand on dit,
la bonté grande &: eternelle:
il eft manifefte , parce que l’a-
été cft triplée à la bonté, à rab
fondequoy le bon fait le bô,
grand, ôceternel , ôcparla
puifTance, la bonté acquiert
vn aéfe quadruple , par lequel
l’Cftat du bon, grand, eternel»
&c puilTant , n’eil que de faire
fon femblable : ôc comme
nous allons donné exemple
de ces quatre raifons quadru-
plées àla bonté , ou au bom
de ' mefmcfaut- il donner ex¬
emple de toutes les autres
parties du fujet de cette fapié-
ce , lefquelles parties , en cet¬
te méthode ,font appellées
principes, : excepté dans la-
ccmtrarieté , Scdans lamino-
lyS Lepetit Oeuure
rité, auec lcrquellcs ,el]enc
peut auoir vne fi grande mul¬
titude; corne l’on en a de tous
les autres principes, Partant,
Sec.Ilfaut fçauoir totitesfois,
que la contrariété de la mi¬
norité, peuuentfe combiner
auec tous les termes priua-
tifs , corne la bonté auec tous
les pofitifs , de à caufe de cela,
la bonté elf quintuplée par la
fapience , & par la volonté,
fextuplée,& par la vertu
doublée fept fois: &:par la vé¬
rité doublée huiét fnis, de par
la gloircjla raifon luy eft dou¬
blée neuf fois, par laquelle,
elleefll’aéie du bon, grand,
eternel,puifrant,fapknr,vou-
lanr, vertueux , vray , & glo-
rieuXi à raifon dequoy, le b5,
fait pareillement fou fembia^-
Cahaliftiqup, 177
ble , & par la différence , elle
eft doublée dix fois , &: par lii
concordance, doublée vnze
fois , qui ell parce que la bon¬
té concordante eft fade du
bon ,à raifon dequoy,le bon
concordant, fait le bon con¬
cordant i &: parce que la bon¬
té eft oppofée 6c contraire à
la malice, 6c toute côcordan-
ce eft oppofée à la contrarie^
té.Il fenfuic que la bonté ne
peut fe combiner auec la con¬
trariété : comme nous auons
dit cÿ-deffus : qui eft, parce
que tout ce qui eft oppofé à
la concordance, eftoppoféà
la bonté i Or cft-il que la c6-
trarieté eft oppofée à la conr-
cordance , donc elle eft op-
pofée à la, bonté : Et fi quelr
quVa.argumétoit ainfi , toor
ijS Le petit Oeuure
te caufe de génération efc
bonne , oreft-ii que la con¬
trariété eft la caufe delà géné¬
ration ; donc toute contra^
rieté ell bonne. Ilfautrefpô-
dre , que la contrariété des
éléments ell la caufe de la gé¬
nération par accident : donc
elle n eft bonne que par acci¬
dent : or la contrariété eftant
la caufe de la corruption , la
corruption eft mauuaifepar
foy , iiftenfuit que la contra-
i:ieté eft mauuaife par foy :
mais fi elle eft bonne, eüo
eft bonne par autruy, de
plus , la bonté fe combine
auec le principe , le moyen.
& la fin, 8c auGclamaiorité 8c
l’égalité: mais non pas auec la
minorité , fi ce n’eft compa -
ratiuement : Et partant il faut
(^abaliflique, 179
4ire, qu’elle fe combine dou¬
ze fois, en difant, labonté eit
principiante , 8c elle fe com¬
bine aufli, treize &: quatorze
fois , 8c quinze 8c fcize fois,
auec les autres principes , de
la fécondé figure T, Se il faut
remarquer , que comme
il a efté dit de la combination
delà bonté, auec tous les au¬
tres principes , comme il a
eilé dit dans les exemples: de
mefme , 8c vn chacun des au¬
tres principes du fujet fe doit
combiner , comme en difant
la grandeur bonne , la gran¬
deur eternelle , la grandeur
puifTantCjla grandeur fçacha-
te , la grandeur voulante,
la grandeur vertucufe , la
grandeur vraye,la grandeur
glorieufe. OrTYtilitéqui fa-
iSo Le petit Oeuure,
quiert de ia combination des
principes &; des réglés , c’eft
afin que 1 entendement hu¬
main en fa cognoifTan ce, ap¬
préhendé la généralité abfo-
luè de leurs eilre , par laquel¬
le 3 il fe rend plus fubtil con¬
tre ceux qui veulent déchirer
la vérité, Et partant , en com¬
mençant de la combination
de la bonté auec les réglés, on
d em an d e p r em ier em en t , fça -
uoir-mô,(qui eftla réglé B , )
fi la bonté eilvn premier
principe dans le genre de bô-
té? à quoy il faut refpon dre,
qifoüy , autrement rien ne
feroit bon J H eftmanifefle ,
car dans chaque genre, dans
lequel, on ne peut donner le
premier, on ne peut donner
ledernier i & par c-onfequent
Cdhaliftique, î8i
Ry de moyen , partant , rien
4îeferoit bon : qui eft abfurd
du tout inconuenientjô^:
cecyaefté cherché par la pre¬
mière efpece B , mais parla
première efpece de la réglé
C. On demande, ce que e’eft
que la bôté generale ? à quoy
il faut rerpondre,que c’eft fa¬
de du bon general , qui ver-
fe fa bonté lur toutes les fub-
ll^ances ; qui eft , parce que la
bonté dans la matière , eft
vne purepuiftance , ôc dans la
forme , c’eft vn ade fouftenii
dans la matière : partant , la
matière la forme eft foufte-
nue par la bonté mefme, & fi
on demande par la fécondé
efpece de la réglé C, ce qu’a
enfoy la bonté generale , à
quoy ilfautrefpondre, qu’el-
iSt Lcpetît Oeuure
le a fes corrélatifs generaux-j
fans lefquels , elle ne peut,
dire vn principe general.
Car par la première efpece de
la réglé C, la bonté gencralle
ed vn afle du bon general,-
qui verfe fa bonté dans tous
les genres ôcc. Et il ell expé¬
dient , parce que fes relatifs
font generaux elfencielle-
ment : autrement la bonté
neferoitpas le premier prin-
cipe generaljdans le genre de
la bonté , 3c parainfîrienne
feroit bon du tout, comme il
aefté dit cy-defTus: Et il eft
inanifede aufTi, par la premie-
1 e réglé D, comme quand on
demande , dequoy efl: la bon¬
té generale ? à quoy il faut
refpondre , quelle eft do foy-
Jiiefme , 3c quelle n eft deri-
Cahaliflique, jt^
uée d’aucun autre. Confe-
quemment , on demande par
la ti'üiüéme efpece de la réglé
Cj ce qu’cilla bonté enau-
truy ? à quoy il faut refpon-
dre, quelle ell vue habitude
dansfon fujet, par laquelle il
eft aduellement bon , &par
laquelle il eft bien-fairanc : &:
par la quatrième efpece delà
règle C 5 on demande ce qu’à
la bonté auec autruy ? à quoy
il faut refpondre., qu’elle a
Texiftancc dans le fujec
fans laquelle elle ne peut
eftrcjn’y auoir d’aélion en
luy, ny depafIion,à raifon de
fa propre nature, fignifiée par
la fécondé efpece de la réglé
C ; ôc comme on a donné ex¬
emple de la combination de
la bonté auec la réglé B, C,
K
j84 Le petit Oeuure
deiTjefmc i’artifte peut don¬
ner la combination de la mef-
me auec les autres , comme il
a eûé dit de la combination
de rentendement auec les au¬
tres dans les réglés^ partant,
SCC. SC en fais aufli de tout au¬
tre principe de mefme que de
la bonté, partant, Sec.
De U Combination des
neuffuje£ls : auec les pre--
miers principes les
réglés
Ch AP. IV.
/^Rles fujeds de cette fa-
^^pience defqnels les paf-
{îons font, demônilrées en
icelle J font neuf, à fpuoira
[(ihaliftique. iBf
Dieuj l’Ange, leCicl,riiom>-
me,rimaginatif , le fenfuifje
végétatif, relemcntatif , fin-
ftrumencatif. Lefquels neuf
fujets , ont efté défia figni-
liez par les neuf lettres de
l’Alphabeth: qui efl parce
que B, fignifîe î3ieu,&:l’An-
ge,&:D, lignifie le Ciel, 8e E*
Egnifie l’homme: 6e F, l’ima¬
ginatif, G, le fenficif , &c H, le
végétatif, 6^ I , l’elem en tarif,
&c K , l’inftrumentatif. Lef-
quels fujets , font de telle for¬
te , que tout ce qui ellhors
iceux , n’eft rien : qui ell par¬
ce qu’il ell necelTaire que tout
difeours foit,Gu du genre des
chofesDiuines ,'à fçauoir de
Dieu , ou de l’Ange , ou du
Ciel , ou de Thomme , ou de
l’imaginatif, ou du fen{itif,ou
k ,,
i'S<^ Le petit Oeuure
du végétatif, ou de l’elemen-
tatifjou de rirxftrumentatif.
Et cecy eft le chef de l’appli¬
cation à chaque fujet de fon
ade propre, qui eft la fin re¬
cherchée en cette méthode:
d’oùil faut remarquer , que
chaque de ces fujets , fe peut
combiner &: déduire au no¬
minatif, auec les principes &:
les règles 'comme en difant,
Dieu eft bon, Sc Dieu &: fon
eftreeftbon , Sefon eftrene
peut ehre bon , que par fa bô-
tépropre , qui ehla mefme
chofe , que Dieu mefme: car
comme la chofe coloree , ne
peut eftre fans la couleur j de
mefmeDieu ne peut eftre bô,
fl cen’eftpar fabôté mefme:
celle qui vient dVn autre fu¬
jet ne fe rejoitpasen Dieu:
C ah ali pique, 287
' Zc femblablement , Dieu efl:
grand, & Dieu 8c fon eftre eft
grand , par fa grandeur mef-
me : qui eft la mefme chofe,
que Dieu mefme. D’où il ap-
paroift,que la bonté de Dieu,
eftlaraifon qu’il produife vu
bon diuin; 8c femblablement
la grandeur luy eft vneraifon
doublée , à ce que Dieu pra-
duifevn grand diuin : 8c fem-
blablement, quand on dit que
Dieu eft permanent , ce luy
eft encore vne autre troifté-
me raifon,par laquelle il pro¬
duit vn diuin bon , grand ,
8c permanent : car Dieu 8c
fon eftre eft permanent , pat-
fa permanence ou duree pro -
pre,de plus, Dieu eft puiffan t,
8c Dieu 8c fon eftre eft puif-
fane par fa puiftance mefme ,
K iij
x88 he petit Oeuure
qui cPl Dieu mefme: &c ce îuy
eft '/ne autre raifon . par la¬
quelle, il faitvn diuinbon,
grâd, permanent, S^puilTant.
En outre, Dieu ell: rçachant de
Dieu 8c fon eftre eft (çaehant,
par fa fapience mefme, qui eft.
Dieu mefme: 8c ce luy eft vne
autre raifompar laquelle , il'
fçait qu’il eft bon, grand, per¬
manent , puiftant , 8c fage, de
plu5 , Dieu 8c fon eftre eft
voulant, parfa volonté mef¬
me, qui eft Dieu mefme: 8c co
luy eftvnc raifon,par laquelle
il s’aymé, SC Ct veut foy-mef-
me,autrement il ne feroit pas
Dieu. Semblablement, Dieu
eft: vertueux, 8c. Dieu 8c fou,
eftre eft vertueux , par fa ver¬
tu mefme, qui eft Dieu mef¬
me : Sc ce luy eft vne raifon,.
qu’il fafte. v.n diuin , boni
[aharfftique, 189
grand , permanent , puiffanr,
fage, aymable, ou voulu , Sc
vertueux : D’auantage , Dieu
eft vray , &: Dieu & Ton eftre
eft vray , par fa vertu mefnie,
qui eft Dieu merme : &c fem-
blablement , Dieu eft glo¬
rieux , &c Dieu 3c fon eftre eft
glorieux, par fa gloire mefmc
qui eft la mefme chofe, que
Dieu mefmeiEt il faut remar¬
quer en fécond lieu, que ces
principes ont vne condition
au ec Dieu , de vne autre auec
l’Ange, de vne autre auec le
Ciel,&: vne autre auec rhom-
me,ô^ ainfi des autres à leurs
mode : qui eft parce que la
raifon de l’eftence Diuine, eft
tout autre que la raifon de
l’efTen ce Angélique, &: la rai¬
fon eft, parce que dâs relfen’
h iiij
1^0 Lepetit Oenure
' -ce dininCjla bonté ell ir^finic,
parce qu’on ne peut dire que
Dieu foit bonjdVne bonté fi¬
nie , ains d’vne infinie : ce
qui n eftpas de merme , dans
i efTencc Angélique , à caufe
que la bonté de Ion efifence,
efb vue bonté finie 6c dépen¬
dante , mais la bonté Diuine,
qui eft infinie , ne dépend
d’aucun autre : autrement ce
feroit pas la bôt.é de Dieu:
Semblablement , aulTi labô-
té de l’efTence du Ciel s eft di-
ftinguee de la bonté delef-
fence Angélique, patxe quel¬
le eft corporelle dans le Ciei,
& incorporelle dansJ’Ange :
Semblablement, elle eft di-
ftinguce, parce que la bonté
de l’Ange , eft enfemble auec
i éternité , ôc la bonté du
Gdhalifticjue. ip i
Ciel, eft enfembie auec ie
temps: Et il y a vne autre diE
ferènce , parce que la bonté
de l’Ange , eft vne bonté qui
comprend èc. qui meut , &: la
bonté du Ciel , eft côprife &:
meuc pour le moins àl vn,ou
bien, au lieu. Et corne il a efté
dit de la côparaiCon de la bôté
de ces trois Cujets, de mefme,
en faut-il dire de la bonté des
autres fujets en cette métho¬
de à leurs mode: Et il faut re¬
marquer, que pour la parfaite
&: très -bonne cognoilfance
de tous ces fujets , quatre cô -
dirions font requifes , la pre¬
mière condition eft , laco-
gaoiftance, que diaque fu-
jet aye fa propre deftinition
quiditatiue , par laquelle il eft
diftingué de tout autre; coiiv
K V
te petit Qeuure
me fk on demande quelque-
choie de luy , ou de quelque
chofe d'iceux : II fauc refpon-
dre de rclle forte, en affirmât
QU en niant, que les definitiôs
des premiers principes, con-
uicnnent à leurs définitions,
&:femblablemenr,des'regles.
îl efte^cpedient , quelles de¬
meurent dans les principes,
fans eike oftencecs ; l’autre
condition eil,que dans Tadle
pratiqué, il faut conferuerles
différences accidentelles , ou
excrinfeques de ces fujetsdàs
comme par exemple , la bon¬
té diuine , eft differente de la .
Bonté Angélique, pour eitre
par deffus tout, effant fîny ,
ôcc, Mais là bonté de l’Ange
eft differente de îa bonté du ;
CieUpour eftrehors de tout
Cahaliflicjue. 195
efîant mobile : & la bonté du
Ciel, différé de la bonté de
l’homme , pour effre ingene-
rableSe incorruptible , Sc la
bonté de l’homme , eft dlftin-
gueedela bonté de l’imagU
natif, pour effre abftraaif
auec le temps : mais la bonté
de l’imaginatif, eff diffin-
guee de la bonté du fendtif,
pour effre cognitiue, 8e la
bonté du fenffeif, différé delà
bonté du végétatif, pour ehre ’
taétiue, &: la bonté du végé¬
tatif eff diffingueede la boté
de relemétatiffpour effre nu¬
tritif; Orlabontédel’elemé-
tatil différé de la bote de l’in-
ftrumétatif,pour effre mixtei
Mais la bonté derinftrumen-
tatif eff par la bonté ôe l’effre
motifs; meu, de touteskf-
K Vji
75t4 Oeuure
quelles chofes on fait quel¬
ques defcriptions ou défini¬
tions de ces.neuf fu;ets, dont
la première eft telle, La bontd
de Diencfi: Ton a^le & fa per-
fediô, afin qu’il fafie vn bien
incomprehenfible , &; primi-
tif Sc precedent l’Eviternité:
mais la bonté Angélique eft
Fade U h perfedion de l’An-
ge^, afin qu’il faife vn bien co-
prehenfible &: cnfembleauec
i’Eternité: ôcla bonté du ciel
sllLonade, à raifon dequoy
le ciel fait vn bien temporel,
ou vn temps perpétué! : Mais
la bonté de l’homme eil: va
aéle à raifon dequoy l’hom¬
me fait vn bien intelligible
temporel: 6c.comme ilaeflé
exéplifié de ces quatre fujetSs,
demefme peut-on exempH-
Cahidijltque,
fier des cinq autres fujecs à
leurs mode. La troifiéme
condition eftjqu’onconferue
la concordance des fujecs, à
fçauoir premieremet de Dieu
fie de l’Ange , qui f’accordenc
dans l’eftre incorporelj.&ainfi
des autres à. leur^ mode. La
quatrième condition eft, que
fuiuant la noblefTe 6c la hau-
telTe des fujecs, il leur faut auf-
fi attribuer de plus nobles ôc
plus hauts principes: Comme
par exemple, Dieu eft plus
noble ôc plus haut que les au¬
tres , &c partant luy font deus
de plus nobles ôc plus hauts
principes : partant, ficc. Et
bien que Dieu foit deduifible
par tous les principes 6c les
réglés > par l6fquelles,ou def-
quelles. Dieu eft d’vne bonté
Le petit Oeuun
infinie , dVne grandeur infi¬
nie, dVne durée infinie, d’vne
puifiance irrfinic, d’vne fapi-
enee infinie, d’vn amour infi-
ny, d’vne vertu infinie,d’vne
gloire infiniej&c. Etparcecy
on void,que Dieu a qiiel<|ires
defcripcions, nous en mettôs
ky toutefois vne feuiemenc,
qui eft telle , Dieu eft vn cftre
qui n’a befoin d’aucune chofe
hors de foy , mais tout eftant
a befoin de luy ; il eil manife-
fic , par ce qu’il eft fuperieur à
toute entité, Et par cette de-
fcrip t ioo U cir c ôfcrip t ioD ie u
eft diftingué de tout eftât,qui
eft , par ce que tous eftâts ont
befoin de quelque chofe hors
de foy , ôc partant dans luy il
n’y a aucune contrariété ny
minoHÉc,ny principes dcfg-^
(^aydîjîlquei lyj-
tifs , ny aucuns priuatifs ne
font enluy : toucesfois dans
luyeft toute maicnrité, toute
égalité , la maioticé àl’ergard
des créatures , l’egalite à l’ef-
gard de foy-mefmc : Lafecô-
de partie cft manifcfte , par ce
qu’il a des principes égaux , a
fçauoir la bonté, la grandeur,
la durée,la puilTanee, la lapié-
ce, & les autres principes. Et
il a des aébes égaux ôcdes rela¬
tions égalés* Il y a routes-
fois dans I>ieu differen-ce des
relatifs , fans laqucfk ils -ne
peuuent eftre , &: Dieu fans
eux ne pourroâc auoir d aftio
intrinfeque , ôc permanente,
Se infinie : voire mefmefans
les relatifs- toutes les raifons
feik)ient oyfeufes dans Dieu,
€6 tjui eft-abfiirdr*, il eft aufîi
rpS Lt pHii O emire
manifefte , par ce que par h
bonté il a le bonificatif, le bo-
nifiable 6c le bonifier , qui sot
des relatifs coëfTenriels auec
Dieu, 6c ladeité 6c la, bonté,
enluy font la mefmechofe,
&femblablemét rintelleélif,
l’intelligible 6c l’entendre:
partant, 6cc. De plus, dans
Dieu eft la concordance, il eft
nianifefle : car par icelle il eft
efloigné delà contrariété in-
finiement , ôefes relatifs con-
uiennent infiniement 6c éter¬
nellement en vne eflence , 6c
en nature d’identité : à caufe
dequoy on peut direauffi de
fes adions intrinfeqqes, 6c
que dans Dieu iln’y aaucune
quâtitë ny qualité, ny temps,
il eft manifefte , par ce qus
ç eH vne effence denuée de
[ahaliflique. 1^9
tout accident infiniemcînt,
partant, dcc. Sc par ainfi l’en-
tendeméthumain fe cognoill
par cecy,fort habile à cognoi
lire 6c entendre, 8c fe )oindrc
ou vnir auec les fubftances fe-
parée , auec lefquellcs côfifte
fa béatitude : 6c il cognoift de
plus les chofes qui fe peuuent
énoncer des fubftances fepa-
parées parles principes 8cles
réglés qui leur sot attribuées.
De plus , l’entendement hu¬
main cognoift fl l’Ange 6c
tous autres fujets ont en foy
vn pouuoir naturel, qui à plus
forte raifon Dieu en a , eftanc
non feulement vn fujec plus
noble 6c plus haut que les au¬
tres, mais le très-haut, 6c très-
noble,comme il apparoift pa r
le lieu du P lus au mo 111s .
2.00 Le petit Oeuure
Ec l’Ange eftauiïideduifî-
ble par tous les principes &:
les réglés qui luy font appro¬
priées r car il a vne naturelle
bonté 5 grandeur> evicernité,
puilTance, fapience, ainfi
des autres ; par ce que l’Ange
fe P eut définir ainfi, à fçauoir
l’Ange eft vne fubflance in-
telleéiuelle, fort femblableà
Dieu, dans fuy efl la nature
de bonifier, de magnifier, d’e-
viternifer, &cc. qui eft, par ce
qu’il a fes corrélatifs eflen-
tiels , à fçauoir le bonificatif,
le bonifiable , &c le bonifier,
le magnificatif, le magnifia-
ble, & le magnifier, qui font
fignifiées par la fecôde efpece
de la réglé G. îlyaaufiima-
iorité dans l’Ange, il efl ma-
nifefie , par ce qu’il eit plus
CahalifJique. 201
grand que rhommej&: pariat
luy côuienneiudeplus grâds
&c de plus hauts principes , Sc
de plus hautes réglés fembla-
blement , à refgard des prin¬
cipes des réglés qui con-
uiennent à l’homme : ôc en ce
cas rentendement cognoift
que fl l’homme ne peut fefer-
uir des puilTances de l’ame
fans organe corporel, il ne
f’enfuit pas pour cela que
l’Ange nelepuiffejqui eftpar
ce que la puillànce fe dit equt-
noquement de la puifTance de
l’ame de l’homme 6c de l’An¬
ge: d’où l’Ange peut com¬
muniquer fes conceptions, 5^1
agir en nous fans organe cor¬
porel, quiluyToit propremec
attribué , & plus dans f Ange
il y a différence r il eÙ cUicw
zol Le petit Ouure
par cc que Ton entendemçn-c,
îa volôtc , & la mémoire fonc
dillinguez en foy : Il y a au/Ii
en luy vne égalité d encédre,
d’aimer, & de ramenteuoir, à
raifon’ du fujet fupreme qui
eft egalement aymable & in¬
telligible & ramenteuable,
plus, dans l’Ange,!! y a mino¬
rité, il ell manifefle , parce
qu’il eft moindre que Dieu.
D’oùlapremicre intelligen¬
ce eft plus grande que la fé¬
condé, & la fécondé, que la
troifiéme,8c latroftéme, que
la quatriebue , &: la quatrief-
me, que la cinquiefme, &: la
cinquiefme, que la lîxiefme,
&laiixielme, quela feptief-
me , &: ainfî fucce/Tiuement,
jufques à l’entendement hu¬
main, qui eft la derniere^ ôr la
(^ahalijliqHe. 205
plus balTe des intelligences J
quierti’extreme au defTous :
comme Dieu, rautie extrê¬
me des intelligences au def-
fus : Oeil pourquoy il eft'ma-
nifefte, que les moyennes in¬
telligences font les motrices
des corps celcftes i à caufe de-
quoy on void, que fi dans
l’ordre de la nature on peur
donner vne intelligence qui
ne meut aucunement le corps
celefte,ny par foy ny parau-
truy : il eft neceiTaire qu’on
admette vne autre intelligen¬
ce qui meuue le ciel par vn
autre, quin’eftmouuantque
comme ay mé &: defiré^Se que
cecy fufîife de l’Ange. Or le
Ciel a vne bonté naturelle,
grandeur, puilTance, durée,
iapiéce ou fcibilité, volonté.
104 Lepeîit Oeuure
vcrtUjVerité&: gloire à fa mo¬
de à caufe dequoyil eil deduU
fible par tous les principes &c
les réglés 5 lequel ciel fedefi-
nifti le ciel le premier
corps mbbile, dans l’eflre du¬
quel n’y a aucune contrarie-
îé : dans le ciel il y a des appé¬
tits Sc des inftin£ts naturels,
&c confequenament la moti-
uité 8c mobilité, 8c le mou-
uoir , d’où il a mieux en foy
le motif, le mobile 8c le mou-
uoir , fans lefquels il ne pour-
roit auoir vne nature infinie
8c perpétuelle, Sc à caufe de
cela il eft la caufe efficiente 8c
produétiue de ces inferieurs,
à caufe dequoy dans les qua¬
tre éléments ôc dans lesele-
menrez il efi: agilfant , mou-
uani 8c influant,ôcne receuac
[ahaltftique, loj
aucune pafTion d’eux, à raifon
de fa grande adiuité &c moti-
uité, dans l’adion de laquelle
il ne repatifl point de la part
e^trinfeque, Se ne reçoit en
foy aucune augmentation ny
diminutiô, qui eft par ce qu’il
n’eft capable de receuoir des
contraires, ôcavn comman¬
dement naturel dans les clé¬
ments 8c les elementez, veu
qu’il caufe en eux des mouue-
ments naturels , & les quatre
temps de l’année, les mois,les
femaines, les iours ôc les heu¬
res, les tônerres, les foudres,
les pluies, le vent, le tremble¬
ment de terre , les animaux
monflrueux bc femblablcs:ÔC
il fait cecy par ce que la ma¬
tière des generables Sc des
corruptibles luy efl naturel-
to6 Le périt Oeuure,
lemcntfortobeiiTante; & le
cieleflenfon lieu comme le
corps dans fa fuperficieinclu-
fiuemenr,&eftauecle temps,
il eil clair , par ce qu’il eft au
delToubs de l’Ecernite, &: le
temps luy eft propre, &:ainfi
fucceftiuement procédât par
toutes les réglés d’interroga¬
tion à leurs mode. Or par ce
que l’homme eft v ne fubftan-
cecompofee d’ameintelledh
ue & de corps organique, à
raifon de quelle compofition
il eft deduiftble par les princi¬
pes Sc les réglés en deux fa¬
çons, àfçauoir en tant qu’il eft
intelligence , Se en tant qu’il
eft corps organique naturel,
dont la définition eft telle, à
fçauoir , 1 homme eft l’eftant
raifonnabie , difcurfible ou
Intel-
(^ahd\f.(}ique» 207
intelligent par Je difcours:
dans 1 homme félon Ton eflrc
les principes font doublez , à
fçauoir deux bontez , deux
gradeurs,deux duréesj&ainiî
des autres à leurs mode : de
plus l'homme entre les autres
gencrables &: corruptibles
eft plus general & plus fubli-^
me que les autres 1 à caufe de -
quoyfhommefc nomme vn
petit monde J où l’on dit qire
l’homme eft la plus grande
partie du monde, &: à caufe
de ce il ell dcduifible en deux
façons, partant, Sec. l’ima¬
ginatif eft deduifible par les
principes Scies réglés fpecifi-
ques pour imaginer l’imagi¬
nable, comme dans faymanc
pour attirer le fer à foy, le¬
quel imaginatif fe definift
2o8 Lepeîlt Oeuure
ainli. L’i-maginatif eft vn ani^
■mal fenfuel, ou rimaginatif
.eftvn animal phantaftique ou
phancalliiq Liant : &c l’imagina¬
tif eft aufli deduifible par les
principes &: les réglés, par lef*
quelles l’entendement hu¬
main a vne grande cognoif-
fance de luy, &c de toutes les
chofes qui conuiennent à l’i¬
maginatif : or l’imaginatif
attire à foy les efpeces des
chofes fenfées par les fens
particuliers, il faitcecya-
uec fes corrélatifs intrinfe-
•ques, qui font l’imaginatif,
l’imaginable , &: l’imaginer
par la fécondé efpece C : car
rimaginatiue eftant l’aile Sc
la perfection de rimaginatif,
àraifon dequoy rimaginatif
ne fait que l’imaginatif j
Cabalijliqîie. 109
•toute imaginatiue eTtant bô-=
ne, il eü nianifeite querima-
ginatif à vn bon elîed, 8c
eftanc pareillement grande',
il ‘ apparoilb. manifcitement
quelefFedd-é l’imaginatif efl
grand, 8e à caufe de cela^nous
voyôs l’imaginatif imaginer
vne grande montagne, ou vn
petitpoind auc'c pctitelle , 8t
P lus rimaginatiue eit ' dura¬
ble J partant l’imaginatif ell
durable, 8c fes objers'durent,
cependant qu’ils font obie-
6tez pat luy , comme durent
les objets abftrai^îs dans fît-
nimal raifonnable par la mé¬
moire, hors derimagination
ôeliors du fens tlans-ies beftes
bruteiS, &5> f imaginât iuü efi:
tout de mèfine dans les brut
tes , coinmê elî 1 aine raifon'
1 ij .
2 10 Le petit Oeuure
nable dans l’homme: Oreft-
il que l’ame raifonnablepeir-
feftionneles puiffances infe¬
rieures dans l’homme i donc
rimaginatiue perfedtionne
dans les belles brutes, &: l’i¬
maginatif a la puilTance, il ell
manifelle , par ce que les au¬
tres puilfancesde fWe obeif-
fent à fon imaginatiue , à fça-
uoirla fenlkiue, comme il fe
void dans le mouuement vo¬
lontaire Sc dans lesconcupi-
fcences. De pUiSj-fimagina-
tif ell fçachât, il eft.manifelle
par ce que les brutes ont vne
indullrie pour viurc &c pour
euiter le mal , comme la che-
ure qui fuill le loup d’vn im
Hind naturel. Il ÿ aaulTi datis
l’imaginatif vn, appétit fïkmr
giiner yn phantolfne çdrag^i
Cahàliftique» iri
dans lequel il fe repofe en Ti-
maginanc : toutefois fon afle
eft quelquefois empefché par
les fens extérieurs qui appré¬
hendent leurs objets;comme
parla veuè quand elle com¬
prend lés cbuleurs, par
l’oiiye les voix ôéles fons,&c.
dont vn chacun empefehe
l’ade de l’imaginatif, touchât
vnphantofrae eftranger: Or
la caufe de cecy eft par cé que
les fens particuliers atteignéc '
plus parfaitement leur pro¬
pre obieft , en fentant que l’i- .
maginatif en imaginant, & ^
dans l’imaginatif, le coloré '
ne reluit pas ft parfaitemen t *
comme dans le vifif. L’ima¬
ginatif eft vertueux, parce
que fon ate cftvertueux,il eft
manifefte , par ce qu’il -attire
2J2, Le petit Oetiure
îcs erpeeesdeschofes fen^s
par les fens > en Us met.unt
dans Ton ima'ginable>8£ en les
caraderifant enicciuy. Il efl
yray aufln iieft patent^parce
qu’il imagine le .viay, Sc^at-,
teint vrayement.fon propre,
objet, fil n’en eifempefehé
par le manquement des.orga-
njes qulluy feruentr Déplus,
i’imaginauf cft glorieux, par
ce quelaperfeftiô eflglorieu-
feil ell manifefte, parce qu’il
caufe du plaifir dans le.fup-
p oil imaginable , da ns Lequ el
U efl diftinguant , il eft
maaifefte > par ce qu’il agiH:
dinerfeinent dans fon propre
obied, en.receuanc diuerfes
images. Lamaginatif eft con¬
cordant , il eft manifelle, par
ce qu’il accorde le fujet ausc
Cahaliflique. 115
robjc£t, & l’objcd auec le
fiijet: & auec la contrariété,
lunaginatif refifte au fujeét
dans lequel il efb , en obieélât
vn obieét ha'illable oC non de-
lirable , comme vnemere qui
imagine fon fils mort auec
trifiefie : de plus, l’imaginatif
eft vn principe efficiant , qui
n’enuoye rien hors de foy,&:
qui de la matière des fenfitifs
fait des efpeces intelligibles,
enabftrayât d’iceux auec fon
imaginatiue, qui eft fa forme
Sc fon afte , à raifon dequoy
ilfe repofe dans les obje6l:s.
De plus , l’imaginatif eft va
moyen par f6n propre ade,
en la puifiance fenfitiue-&: la
ratiocinatiue dans l’homme:
mais dans les beftes brutes
c’eft l’extreme, auec lequel
1 iiij
2l4 "Le^ petit Oeuure
fa vie cfl habituée , &: eftaulTi
auecelîc la fin dans laquelle
ils fe repofent j ^ fon objeél,
ceftriniaginc ou lephantof-
me : autrement l’imaginer ne
feroit pas fon aéle propre.
Déplus, 1 imaginatif a delà
maiorité, ilefl:manifejfl:e,par
ce qu’il objeéle vn grâd hom¬
me ou plus grand que celuy
là, ou le plus grand de ceux
kj &: il^a aufîi de l’egalitc auec
fes corrélatifs defignez, com¬
me ilapparoift parla fécondé
efpece delaregle C, qui eft
par ce que s’ils n’effoient e-
gaux par effencc , il ne pour-
roitfe porter à fon objet ega¬
lement, & à caufedecelaila
minorité ; il eft manifefte,par
ce qu’il peut imaginer vn ho¬
me plus petit que les autres;
Cahaliflique, 115
Et femblablement l’imagina-
tif ell deduifibie par toutes
les efpeces des regle^'jcomme
il paioiftra plus amplement
dans le dernier traidé,partâta
&:c. Or dans le fenfitif il y a
des principes &: des réglés
propres , par lefquelles il fe'
déduit de fa-façon fpecifiquè,
quieft par ce queparla vcuc
iiavne bonté diftméle de la
bonté qu’ilapar l’ouyr&: par
le toucher, & les drlfereriees
de proportion de rinhinct&i
cleTappeticfont ceéy princi¬
palement : de telle forte qu’il
y a autant de boutez diltin-
â:es ’çn efpece,qu’ilya'dé fëhs^
patttculiêrs , lequel fehli tif 4e'
définit ainlL Ld fenhüif eft
vn animalpmgrefTif, ou châ-
geant fa . ütuaxLon. dç foy-
1 V
Le petit OeuHYe
mefmej&àcaufe decslailefl
dcduiüble, par ies^rincipes
§5 les réglés, qui ell parce que
il a vue borné ,:par laquelle il
faix vn bon ièntir , & par la
grandeur vn grand feniir , &C-
par la' durée durant ; & ainfi
en polluons nous dire désau-*
très principes àdeurs.modey
âc laA^crtu ïenritiiie ou lefen-
litifa fescorrelarifs effentiels,
à fçau O ir le fen (i t if, 1 e £en fib I e
& lefencir, fansiefquels il ne
peur eftre , Se font ies' chofes
defqu elles le fens coramun.
efteompofé. La verrufenfi-
tiiie ed vnc puiiTance dans ié
corps animéiàraifondequoy''
il void les couieursj^il entend^
les fons , il flaire les odeurs, if
goufte les faueurs, il fen t le
diaud, le froid-^ le fecdcX’iuii-
Cahalijlique,
mide, le dur, le mol, rafpre &:
le poly , &: cette vertu a (on
obie£t en autruy , comme la
couleur noire dâs le corbeau,
Scia blancheur dans la neige,
& la faueur dans le mixte : &:•
la vertu fenlitiue a aufîi par le
fens commun des relatifs cô-
muns, 8e par le particulier des
particuliers , comme des viü-
blés par levihf, le vilible&r
le voir, Sc des chofes qui fe
peuuenc ouyr par rauditif,,
l’audible 5e rouyr,8eain fl des
trois autres fens à leur mode.
Or la fenficiue eft plantée 8e
fondée dans le vegetable, co¬
rne la vegetatiue dans l’ele- .
nienté : or la fenfitiue eft la
perfection ôe 1 aéte du corps-
viuant animal, à raifon de-
quoy l’animal obieéle par le
1 V|
izS Le petit Oeuure
toucher Vautres: Seainfien
faiic-il dire de toutes les au¬
tres réglés àlcurs mode. Dans
le végétatif lemblablenient
ii y a des réglés, par lefquelles
il fe déduit fpecifiquèment>
Car les, plantes agilTent par
leurs eipeces dans Icfquelles
elles font : carlepoyvre &: la
rofe agüTent félon leurs pro¬
pre efpcce, & les lis pareille¬
ment.
Partant les principes du vé¬
gétatif font plus materiels
cpieles principes du fenlitif,,
^ les principes du fenfitif
que les principes defiinagi-
mtif, qui ef:, parce que les
principes inferieurs font plus
tcrrellres- .que les principes
fuperieurs,or le végétatif fe
definijftainfi , le végétatif elf
CahaliBicjue»
vn corps animé nourrifTable^
parfoy. Or le végétatif eft
bon J parce qu’il elt bonifié
par la bonté : c’eft pourqnoy
ilfaitvne bonne tranfmuta-
tion des aliments , Se vn en¬
tretien Se vnc génération de
fon femblable en efpece , Se
parce qu’il comprend tout
végétant , il eft grand : qui eft
parce quela vegetatiue, qur
eftfonade , eft plantée en
luy. Se a fa duree à fa mode , à
caufedefa permanence dans
fon propre fuj et : Et fais aufft
la côbination des autres prin¬
cipes. De pkiSj on demandé fi
la vegetatiue eft vraye ? à
quoy il faut refpondfé>afftr--
niatiuementj autrement au¬
cun animal ne feroit nourrif-
fable;Se fi ou demande çç que
iro Le peut Oeuure,
ceft que le vcgeratif, il faut
rerp-ondre par fa propre défi¬
nition , comme deuant : Et fi
on demande de fon abdraid,
par lequel eft la vegetatiue ? il
faut refpondre que c’eftlade
la perfedion du corps vi-
uant J à raifon dequoy j.- le
corps viuant nefait que fon
femblable en genre, ou en ef-
pece, ou qu’elleeftlapuifTan-
ce de l’ame , à raifon dequoy,
le corps phyfique fe.nourrifl
fef’accroift j 6c eflconfideré
vn en efpecejEt cette vegeta¬
tiue a fes corrélatifs efîen-
tiels , defquels elle a l’eftre 8c
l’agir, à fçauoir le végétatif, le
vegetable , &: le vegeter , 8c
ibn fondement dansTelemé-
tarif, 8c elle eft le fondement:
delafenfuiue. Partant Igw-
Cahaliflique, 2. zt ■
getatif eftantmorc, le fenfi-
tif, femeui-c, &c relementé
citant more , le végétatif fe
meurt , la vegetatiue auec de
la femcnce , procrée fon fem-
blable en efpecc , corne auec'
vn autre qui fupplecau lieu
de fcmence , comme t)n a
exemplifié des efpecesde ia
réglé C , de mefine faut- il
exemplifiex des autres réglés:
Partant, 6cc. Dans lelemen-
ta tif femb lablem enr,il y .a:des
principes ôc des réglés , q3ar
lefquellesil fe deduk aufil^
fous lequel, plufieurs.chofes
qui font contenuès,font di-
ftinguees. en efp.ece,eomme
ror,> 1 argent, ôC-les auu'es
métaux, fie lespierreSjSC cho-
fes :femb labiés , lequel ele-
mentatif fedefinifi: iünlLL’ei^
lit p^tit OeuuYc.
lementatif eftvn corps phy-
dans l’ellre duquel^ eft
la reïradlion des premières
qualités : relementatifeft bô,
il eft manifefte , parce qu’il
faitvn bô elementéicôme par
exemple de bon or5&: de bon
argent, de bon fer; Sefem-
blablement eft grand, parce
qu’iifaitvne grande monta¬
gne 5 de grand feu , 8e fem-
blables.L’clemen tarif eft per¬
manent , qui fait .’ v ne pierre
permanente,' ainlien faut-il
dire des autres principes à
leurs mode. Dont hibftraid
eftrelementatiue, qui eft la
vertu , ouda purftance'(4eld'
forme eiementelle , a faifon
dcqüoy ^ vn elemènt agiften
vn autre, & par ainft toutes
chofes font meflees par en-
(^ahalijliqne.
femble : bien que ce ne foie
pas félon vne égalité j mais
fous certaine aétion Sc pafTiô,
defquelles font caufez les
corps differents en efpece :
comme le feu , l’air 3 l’eau, 8c
la terre: des parties defquel¬
les tous les mixtes font corn-
pofez , comme l’or , l’argent,
la pierre, le bois , 8c ferabla-
bles :8c a en foy fes corréla¬
tifs, fans lefquelsjil ne peut
eltre, à fçauoir, l’elementa-
tif , l’elementable , 8c l’ele-
inencer 6cen chaque élément;
C’eff l’inftrument par lequel
les elementez reagiffent les-
vns contre les autres, a en
eux le pouuuoir d’alterer,
d’endurcir , de purifier , 6c
femblables : Or l’elemenia-
rif eft comp'ofédela premie-'
2,14 Le petit Oeuure
rc forme , de la première
dîiaciere , qui font les pre¬
miers principes de toutes les
chofcs naimelles , les ele-
mens vniuerfels, & premiers,
&;in.rrinfeques, & relemeta-
tif eftdcriuéde ce qui elemc-
te , les elementez par la ma¬
tière propre, &par la propre
forme : Et fi on demande a
qui eft l’elemcnratif ? il faut
refpondre , qu’il eft à la
nature elementelie , &:c. .
Ldnftrumentatif contiécfous
foy deuxgenres d inftruméts,
à fçauoir le naturel Sc l'artifi¬
ciel J or le naturel fe diuifeen
Ipiritualité &: corporalité, &:
en vertu &: vice. Or de . genre
des vertus eompred fous foy
toutes les efpeces de morali¬
té i comme font, la lufiice, la^
Qih ali fit que. izj
rmdcnce,laFûixe,laTem-
perancej la Libéralité, la Ma¬
gnificence, la magnanimité la
xnanruecude,la vérité, la ciui-
iité, rafFabilué,&:c.Le fécond
genre desvices, côprend fous
foy, toutes les efpeces des vi-
ces-.or findrumcc corporel fe
diuifeen deux, à fçauoir en
effentiel ell en accidentel ,
f elTentiel c5me l’œil, la main,
ôc femblables. L’inftrument
accidentel eft comme la cha¬
leur , le froid, Se femblables t
or les autres inftruments , oit
les autres efpeces d’inftrumé-
talité, fe treuuent dans le cha¬
pitre delà lettre K J or fin -
ftrumentatif fe definift ainfix.
L’inftrumentatif eft vne ha¬
bitude, auec la<[uelie 1 animaf
viift moralement ou vicieuTe-
21^ Le petit Oemre
jTient;&: telle habitude éft.ou
donnée de naturejCÔme dans
les belles brutes 5 ouacquife,
comme dans l’homme : car
rinllrumentatiue eftlaperfe-
dlion Sel’aéle de rinllrument,
à raifor; dequoy l’inllrument-
ou l’inllrumenté , ne fait que
ou vertueufement, où vicieu’
fernent; pr ie dis moralement
agir doublement pal nature,*
comme dans le Serpent la
prudence , 5e dans le Lyon la
magnanimité, ou par acquilî- '
tioh, comme la luÔdcë, la Pru
dence , la Force , la Telnpe-
rance, la Foy , rEfpcfan'Gè , là
Charité, la Patience, la Pieté,
la Magnanimité,la Libéralité
qui toutes font des habitudes
acquifes dans rhomm-e par la
Loy de Nature : partant
(^abahfticjue, 2.27
l’homme feparé de la Loy de
Nature, eft le pire de tous les
animaux , 5^c. Or les priua-
tions de ces vertus font les
vices , comme l’iniuftice, l a-
uarice,qui eft la-priuation dé
la libéralité, Sc la gourmandi-
fe, qui eft la priuacion de la
fobrieté , .6C: la luxure, qui eft
la priuation de la chafteté , ôc
'la ruperbe,qui eft la priuation
de l’humilité i &c ainfi des au¬
tres efpeces des vices, dont
les définitions font obmifes à
caufe de la briefuecç de cet
oeuure: Partant, ^c. . ,
Vi
il’
ziB Le Ocun\t
De l'application.
C H AP. V.
L’Application en cette do-
dnne fe fait en trois fa¬
çons-, qui eft, par ce qu’on
appliqu<f :q u el quefo is l’i m pii-
qué à rexpliquc , ou i’abllraic
au concret , ou la quelf ion à
fcrn rieii; Vn exemple du pr^-
fHie^oll dola-prorriiete applP
cation eft-, quand les ter^^es
de la quellion font impliquez
Sc font appliquez aux termes
expliquez de cette do6trine:
comme par exemple , fçauoir
fi Dieu eft , ou l’Ange , ou
l’homme, &c ainfi des autres
Çahalîjlique» 2.1^
fujetSj qui font appliquez à la
bonté, à la grandeur, à la per¬
manence, à la pui{rance,&:aux
autres premiers principes de
cette fapience: Dieu efti
que l’Ange ed,que ieCieJ eft,
que l’homme eft, que l’imagi¬
natif eif , qiiele feniicif eft,6c
ainli des autres. Vn exem¬
ple de la fécondé application
eft,quand les termes abftraits
delà quehion fontappliquez
à leurs concrets : comme par
exemple , la bonté au bon , la
grandeur au grand, la durée
ou la permanence au perma¬
nent, l’Eterni té à l’Eternel, &r
la Deïté à Dieu, & l’Angoleï-»
té à l’Ange, Sc la. Celeïtéau
Ciel,&: l’homeité âl’horamei
&: la couleur eft' appliquée au
coloré , ainû des ‘au très -à
i}o Lepen't Oeuure
leurs mode. Et il faut, touf-
ioLirs regarder comment les
termes abftraits déduits par
les principes &c les réglés fe
icomportent à l’endroit de
leurs concrets ; Et il faut re¬
marquer d’auantage, que la
troiliéme façon d’application
fe diuifeenneufefpeceSjdcnt
la première eft touchant la
première figure, &c la fécondé
touchant la fécondé figure, &:
la troifiéme touchant la troi-
fiéme, 3c la quatrième , tou¬
chant la quatrième figure. Et
la cinq,uiéme efpece d’appli¬
cation- de la quefiion a fon
lieu 5 efi: touchant la Combi¬
nation, des principes &: des
réglés. La fixiefme eft tou-
chantilfi^ réglés , Lafeptième
eft touchant les neuf fujets,
La
Cahalipique. 2 3 1
La huidiefme efpece d’appli»
cation des qiieftions à leurs
lieu, eft touchant les quidi-
tes ou les hecceites des çenc
formes. Et la neufiefme ef¬
pece eft, touchant les que-
ftions , dans Jcfquelles il faut
roLitesfois remarquer, queîe-
Ion la façon des queftions,ou
de la queft'ion , on applique
les termes fuiuanr qu’il leurs
conuient : comme par ex¬
emple , fi la matière de la
queftion conuient à la pre¬
mière figure , que nous la luy
appliquions , afin que Ion
trouuela folutiô de la queftiô
dâs le texte de la figure, de tel
le forte en afHtmat ou en niâc
qucle texte demeure fans le-
fioîi: &: comme nous auons
m
131 Lepeîit Oeuure
exemplifié cecy de la premiè¬
re figure , de mefme penfe
que nous auons exemplifié
des autres à leurs mode , SC
que cecy fiifüre de I applica¬
tion à caufe de briefuetc.
Partant, 6^c*
m
[ahariflique, 253
LE T R O ISIEME
ET dernier
T R A I C T e',
SJî âu 'moyen à /i fin recher¬
chée en cette fi fitencc^
St premièrement des
dites des fiormeSt
Chap. I.
Arce que la nature
de chaque genera-
ble& corruptibles
la puiirance , premièrement
defeparcr les parties de cha¬
que corruptible : Seconde¬
ment^ d amaffer lea parties de
m ïj
ij4 Lepetît Oeuure
chaque generable : commeil
eft iTianifeite en toute géné¬
ration &: corruption -, les eau-
fes defquelles sot l’inimitié
l’amitié : car l’inimitié dans
les chofes , eft la caufe delà
priuation desformes dufujet,
ÔC l’amour kü caufe dedeur
vnion auec luy : car ce que
l’amour engedre 5e vnit c eft
le compofé de matière 5e de
forme, 8e cecy arriue dans les
chofes fenfibles ordinaire¬
ment. Partant comme fe co-
portent les chofes fenfibles
dans la génération Se corru¬
ption , de mefme fe compo-r-
tent les chofes intelligibles
dans la cognoilTance ou l’in-
celleétion, à caufe dequoy la
fcience ne fengendre point
en nous , que par la corruptiô
Cahaliflicjue, 135
de l’ignorance : car chaque
chofe fe corrompt par la le-
paration, Scf’engendreparle
ramas 3 dequoy il apparoift
que la fcience ne f engendre
en nous que par i’vnion de la.
maieure extremité auec la mi¬
neure par le moyen de demô-
ftration , qui ell: le ce que c eft
mefme'.car il le faut recercher
félon la doctrine diuifiue,la^
quelle eft femblable à la répa¬
ration par apres félon la
côpofitiue , qui eft tres-fem-
blable àl’agregatiôj à laquelle
certainemet f’éfuiura en nous
la cognoifsace de ce que c’ell;
par ce que la feparation de
IVn eft la conion<ftion de
l’autre: qui eft, parexemplç.
Si l’homme n’eft pas irraifon-
nable > il f'enfuit qu’il eft rai-
m ii;
Le petit Oeuure
fonnable , eftanc manifefte
qu’il eil: animal , par ce qu’il
a lefentimcnt : or eft-il que
tout fenfibie cil animal , par¬
tant il eft manifefte quel’hô'
meeft animal raifonnableou
raifonnable dircurfible. Par¬
tant il eft nmnifefte, que pour
rechercher le ce que c’eft,il
eft neccftaire de fc feruir pre¬
mièrement de fcience diui*
liue : Et par ce que le ce que
c’eft,n eft que la définition, ôc
toute définition dit feulcmét
le que c’eft que l’eftre de la
choie, SC tout l’eftre de la
chofe vient de la forme , il
f’enfuit que ladefinkion n’eft
que la forme: mais toute la
forme de la chofe , eft fa qui-
dité j II S’enfuit que le ce que
c’efticft la quidité delà chofe:
Cabalifticjue. 2.37
partant il eft man ifefte que
par la V raye cognoifTance du
ce que c’eft, il eft expédient
d’abiliaire ia forme de la
chofe mefme : 6c il faut com¬
mencer par le plus cogneu de
rentendement , & ce n’eft au¬
tre chofe que l’ellre , fade de
la forme duquel eft l’elTence.
L’efTence eft donc l’afle 6c la
perfedion de l’eft-re, à raifon
dequoy i’eftre ne faid que
l’eftrejôc partant l’cftre eft in-
feparabledes chofes. LVnité
eft fade 6c la perfedion de
IVn, à raifon dequoy Tvn ne
fait quVn : car il l’enfuit que
d’vn en tant quVn , n’en pro-
uient qu’vn : car de là il eft
manifefte que l’vnité eft la
caufe de la compofition ‘.l’op-
pofé de laquelle eft la multi-
Lepetit Oeuure
tu de , à caufe d equoy la mul¬
titude efl toujours diuifibîe,
Tvnité eft indiuifible touf-
iours, d’où il répugné à la na¬
ture diuinc , de dir^e que l’vni-
té efl diuifible, en tant quelle
cil vne vnité fimple j Partant,
&:c. d’où il apparoift aufTi que
i’eftant f’cnonce de quelque
firnpic,mais non pas de tout,
5e f’enoncc auffi de l’vn, mais
non pas de tout vn , mais il
f énoncé toujours du mixte,
5c de tout mixte, & de tout
compofé, félon le prieur &:
pofterieur, qui eft par ce qu’il
fenonce pteniiereîtient du
fimple, 5c par apres du mixte.
Et ils’enonce premièrement
de l’vn , ôc par apres de plu-
fleurs , 3c partant , dans ces
termes , l’entendement hu-
[ahalifticfue, 239
itiain , perfeàionnefonac-
quifition , en conceuant que
le iimple eft , ce dont leflrc
cft feulement vne nature
con-femblable, que touc
ce qui eft entité, eft eftanr, par
l’entité i Autrement rencité
neferoiepas l’aétedel’eftant,
à railan dequoy l’eltâtme fait
que Teftant : ôc il faut fçauoir,
qu’vn, &:plu{ieurs :1e (impie
& le compofé , font oppolez
par relation, SCC. Or des qui-
dites des autres parties de fe-
ftre : comme du vray, du glo¬
rieux, Sc des autres, il en a ellé
amplemêt traidé dans le pre¬
mier Traité abftraéliueméc
& concretiuement : partant,
il faut recoifrk-là. Car apres
lèboiîjfvn, feftant, lelim-
pk jlâ nature f enfuit , dons
t40 Oeuure
labitraid eft la natuixité , ou
la nacuL-ali\té , (]^ui ell: l’ade
laperfedion de la nature J à
raifon dequoyj la nature, ne
fait que la naiure : ou c’elt la-
de 3c la perfedion de la cho^
le naturelle , à raifon dequoy
lachofe naturelle, nefait que
la chofe naturelle; à caufe de-*
quoy ,1a nature ell le princi¬
pe Se la caufe du mouuemenc
Se du repos , de celuy dans le¬
quel elle eft par foy , Se'noa
par accident , félon la voye.
d’Ariftote.A laquelle nature,
lafubftance s’en enfuit, qui
eft, parce que toute fubftance
eft nature : mais touresfois,.
toute nature n’eftpas fubftâ-
ce , comme il eft manifefte,
de la nature I>iuine i Car la
fubftaixtieicé eft i’ade Se la
Cdhaliftique. 14A
perfcdion delà fubll:ance> à
raifon dequoy , la fubftance
ne fait que la fubUance : la
fubftance efl donc toute la
bonté delà chofe , ileftina-
nifeJ(le,parceque la fubftan-
ceeftant defpouïllée de tous
accidents 5 eft encore bonne>
ce qui ne feroit pas fi la fub-
fiance n’efloit toute la bonté
de la chofe , &: tout le bon ne
feroit à la chofe : partantj&:c,
&: la fubflantieté a fes corré¬
latifs , fans lefquels elle n'efl
rien , à fçauoir , Icfubftantia-
tifjle fubftantiable i Si le fub-
flantier , qui eft aufH deduifi-
ble par tout les principes àc
les réglés : comme la bonté
eft deduifible, ôcla grandcLiiv
Sc les autres, 8ccj l’initieité eft
Taéte de l’initié >. à taifon dé¬
ni vj
5,42» Lepetit Oenure
qt^ov , l’initié ne fait que l'i¬
nitié. Le commencement
cH donc ce qui précédé tou¬
tes chofes>& rien n'eft deuant
luy : D’ourinitiatif, l’initia*^
ble,&: l'initier , font fes cor¬
rélatifs, fans lerqnels il ne
peut eftre la caufeïté , ou la
Caufalitéeftraéteôc la perfe-
élion de la caufe , à raifon de-
quoy, la caufe ne fait que là
caufe: ou ne fait que le eau-
fé ; tout fon elîre eü: dans
fes corrélatifs , comprenant
quatre fortes de caufes,La nCf
eeiîîeité. , ou ncceflîté , efl
îaéle 8c la perfeélion du ne-
cefïàircjà raifon dequoy,lc
ïiecclTaire ne fait que le neccC
faire. Orleneceflairectt , ce
dont l eflre elliminuable,&a
Êes corccUcifSâ dans lefqa^»
(ahaliflicjue. 4^45
fôri eftre efl: compris. L’indi-
uifieité ou rindiuilibilité , efl
Fade &la perfedion de l’in-
diuis 5 à raifon dequoy Tindi»
uis ne fait que l’indiuis : Ot
i’indiuis eft vn eftanc de Fe-
flrc , duquel rien n efl , ny ne
•peut eftre retranché , 8£ a
corrélatifs effentiels, fanslef-
quels il ne peut eftre , à fça-
uoir l’indiuifif > l’indiuifible,
Bc rindiuifer. L elementieïté,
eftl'ade U la perfedion de
lelement , à raifon dequoy,
Feignent né fait que Felc-
ment : ôc sl fcs corrélatifs ef-
fentiels , à fçauôk , 1 elemen-
tarif, Felementahle , èc Felo-
menter. Or Felemcnt eft visi
tftant , dans l’eftrc duquel^
toutes chofes fe refoluent, St
luyjaê le refait éâtiea. L'i^
Z4A Le petit Oeuure.
dentité eft Fade Sclaperfe-
£bion du mefme , à raifon dc-
quoy , le niefme ne fait que le
mefme: le mefme eft donc
i’eftanc , donc l’eftre ne
fait rien par deffiis vn , que
la relation : Sc a fcs corré¬
latifs 5 à fçauoir fidentita—
tif 5 fidentitable , Ôcfiden-
titer . La limilitudineité ,
eft fade 8c la perfe(ftion
du femblable , à raifon de-
quoy , le femblable , ne fait
que le femblable : Or le fem¬
blable eft vn eftant j doiK l’e-
ftre ne dit qu’vne relation
d’equipatencô, 8c a. fes cor¬
rélatifs eftentiels , à fçauok
le fiinilatif, le fimilable, Sc
le ftmiler. La primisïtéeft
fade &: la perfedion du pre-
ïïiier, à raifon dequoy,Jepre-
Cdhaliflique.
miel* ne fait que le premier.
Or le premier eft vn- eflant,
dont Teflre n’a point de fupe-
rieur, 8e a Tes corrélatifs , le
primitif, le primitible, ôe le
primiter. La potcntieït^é , eft
lade de la puiftancc: àraifon
dequoy , la puiirance f^ft
. quelapuiftance: la puifïance
eft doc vn eftant, dont l’eftte
^ eft pour agir ôepatir indifferé-
xnent,8e^fes cor relatifs, à fça-
uoirlepotêtiatifftepotétiable
8c le potentiel*. L’adiueïté eft
l’ade Se la perfedion de la-
Qué , à raifon dequoy, ladué
ne fait queladuéi l’aduéeft
donc Teftant , doncl’eftre eft
complet félon foy, 8e fes cor¬
rélatifs font manifeftes : La
q^uantité ou la quantieïté eft
Tade du quanc> à raifon dw-»
1^ 6 Le petit Oefiure
iguoy le quant ne fait que le
quant , & a Tes corrélatifs , à
fjauoir le quantitatif,le qurn-
«table, St le quantiter. Or le
quant eft vn ellant diuif ble à
l’infiny : la qualité ou la qua-
îieïté eil l’ade duquel , à rai^
fon dequoy le quel ne fait
que le quel , dont les corréla¬
tifs font le qualificatif, le qua-
lifiable & le qualifier. La rela-
tiuieiTé ou la relatioicft l’aélc
du relaté,àraifon dequoy le
relaté ne fait que le relaté. Oir
le relaté eft ^n eftanr, , dont
Teftre dit vn rapport à vn au¬
tre, & a le relatif ou refertif,
le refertible , Sc le référer : La
perfedicïcé eft Taéte dupar*-
faid , à raifon dequoy le par-
faid ne fait quo h parfaid^
dont les relatâs font k
Cabaliftique. 147
fedif , le pcrfe61:ible,&: le per-
fe£tionner. Or le parfaid,
c’eft vn eftant, dans l’eftre du¬
quel font toutes les perfe-
6tions. La finieïcé efl l afte
dufin’y, à raifon dequoy le
finy ne fait que le finy , dont
les corrélatifs font le finicif,
le finible,&; le finir. Or le finy
cçftvneftant, l’ellre duquel
, eft compris dans certains ter¬
mes & bornes. La coteïtéou
la totalité eft fade du tout , à
raifon dequoy le tout ne fait
que le tout : Or le tout c’eft
vn eftanCjàfeftre duquel rien
ne manque>&: a fes corrélatifs
fçauoir le totatif, le totable 6c
le toter. La diminueïté eft
l’ade du diminué , à raifon
dequoy le diminué nefait que
le diminué. Or le diminué
14S Le petit Oeuare
c’eft vn eitantj duquel leflrc
eft imparfait , Sc a tes corréla¬
tifs , à-fçauoir le diminutif, le
diminuible, &c le diminuer,
La gencreitc* ou la générali¬
té efl l’aéle du genre, à raifon
dequoy, le genre ne fait que
k genre : Or le genre, celt vn
elfant dont l’edre comprend
plufieursefpeces,ac afes cor¬
rélatifs, àfçauoirle generali-
iicatif, legeneralifiable, &le
generalifier. La fpecieïté ou
la fpecialité , eft l’aéle de l’ef-
pece, à raifon dequoy , Tefpe-
cene fait que l’efpece : Or
1 efpece , c eft vn eftant, donc
l’eftre comprend les indiui-
dus d Vne nature ; bien qu’il y
ait quelque efpece, dont le-
ftre comprend vn feul indi-
uidu,&: eft égalé auecluy:.
Cahafifli^ue. 2.4-9
comme le contenant auec
Ton contenu: comme le lo-
leil&: l’Ange. L’indiiiidueité
ou l’indmidualité, eft I ade Sc
laperfedion de Tindiuldu , à
raifondequoy l’indiuidu , ne
fait queTindiuidu. OrTindi-
uidu c’eftvn eftant, l’eftredu-
q,uel , ell éloigné du genre de
la derniere dilbnce , &: a fes
corrélatifs elfentiels , à fça-
uoir l’indiuiduatif , l’indiui-
duable,&rindiuiduer.La per-
fonneïté ou la perfonnalité^
eltl’adeôcla perfediondeU
perfonnc, àraifon dequoyla
pcrfonne , ne fait que la per-
fonne: Orlaperfonneeft va
eftant , l'eftre duquel , eft vnc
fubftance indiuiduë delana-
ture raifonnablê. Se a Tes cor¬
rélatifs cogneus. L’hecceué
150 Le petit Oeunre
ell laÊle de c’eftuy-cy , à rai^
fondequoy , c’eiiuy-cy , ne
fait que ceftuy-cy : Orc’e-
ftuy-cy c effvn eftant , leltre
duquel j demonftre* quelque
chofe , &: il a l’heeceiratif,
l’hecceitable , &: l’hecceiter,
qui font fes corrélatifs. L ali-
cité eft fade formel de l’au¬
tre: par lequel l’autre, ne fait
ou ne produit que F autre : Ce
l’autre , c’eftvn eftant , donc
l’eftre eft ftngulier,&a fes cor¬
rélatifs , Falieitatif, Falieita-
ble, ôeralieiter. La fubftan-
tantieicé eft Fade formel du
fuftentant,à raifon dequoy,
le fuftentant, ne fait que le fu-
ftentant : Or le fuftentant eft
vn eftant , Feftre du quel,n’eft
n’y dans vn fujetm’y ne fe dit
d’y nfu j et, &: a fes. correJatifs,
CahalilUcfuel 151
le fuftentatifje fuftentable,&:
lefuftéter. L’aceidentieicéou
l’accidentalké ^ eil i’afte de
l’accident jà raifon dçquoy,
l’accident , ne fait que l’acci¬
dent i Or l’accident c’eft vn
eftant , l’eftre duquel , f atta¬
che à la première fublbnce,
ou c’eft vne v^rtu née de la
fubllance , &: afes corrélatifs,
faccidentatif, l’accidentable,
l’accidenter. L’agieitéeft
Fade de l’agent , a raifon de-
quoy , l’agent , ne fait que l’a¬
gent: Or l’agent, c’eft vn eftâc
l’eftre duquel,fe meut par la
fin, 8c a fes corrélatifs , à fça-
uoir ragieitif,l’agible, ôc l’a-
gir.L’adueité eft l’afte del’à-
Êtuéjà raisô duquelft’a^ué ne
fait quel’a^uéiorl’a^uéjC’eft
vn eftantjl’eftre duquel>eft en
2.52' Lepeîît Oeuure
fon eftre parfait , &c a l’adua-
rif J l’aduablcj & laduel. La
paffiuieité ou.paiTibilité , efl
ra6te du paty^à raifon duquel
lepaty.nefait quelepatyjOr
le paty, c’eft vn eftant , l’cflre
du.quel , efl toufiours réce¬
ptif, èc a fes corrélatifs,
à fçauoir , le pa/Tif , le
paffible , & le patir. L’ha-
bitueité ou l’habitualité ell
l’adle de l’habitué, à raifon
dequoy l’habitué ne fait que
l’habitué : 1 habitué efl: donc
vn eftant , l’eftre duquel eft'
acquis &: a l’habituaiif, l’ha-
bituable, ôc l’habituer. Lafci-
tueité eft fade du fcitué,à rai¬
fon dequoy le fcitué ne fait
que Icfcitiié. Or le fcitué eft
vn eftant, dans l’dftre^duquel
ilyavne droide pofitionde
Cabitlifticjue. 2.55
toutes Tes parties , &c le fit ua-
tif, le Lituable Sc leTcituer,
qui font Tes corréla; ifs intrin-
feques. La temporeité ou la
temporalité eft l’aélcdutêps,
âraifon dcquoy le ten>ps ne
fait que le temps : le temps
eft dont vn citant , l’eltre du¬
quel elt la mefure du mouue-
mentj ou le nombre du mou-
uement, 8c a les corrélatifs , à
fçauoir le tempoiacif, le tem-
porable, 8c letcmporer. La
môtiuité ou le mouuements
eltlaéte dumeu, à raifon de-
quoy le meu ne fait que le
meir.le meu elt donc vn eftâta
Teltre duquel eu partie dans
le terme duquel , partie dans
le terme auquel , èc elt diuili-
ble en partie, qui fe meut par
foy, ôc qui eft meuë par ioy?
^54 Lepeut O&uure,
èc a fes correlatifsjà fçauoir le
motif, le mobile, le moU'
uoir. La loceité ou localité,
eil l’aéle du lieu , à raifon de-
quoy le lieu nefait que le lieu:
le lien eft donc vn eftant , l’e-
fltx duquel eft vne fuperficie
qui enuirône leplacéi Sc a fes
corrélatifs, à fçauoir le collo-
catif,le collocable,&:le collo¬
quer. La vacLieité eft l’aéte du
vuide,à raisô dequoy levuide
îiefaitquelevuide:or le vui-
de elt vn eftantjl’eftie duquel
elfvncfpace priué de corps,
a fescorrelatifsjà fçauoir leva-
cuatif,le vacuable le va-
cuer.'L’inflindueité eftlade
de l’inJdinét, à raifon dequoy
l’indinél: ne fait que rmftinél,
&: a fes corrélatifs cogneus , à
fçauoir , l’inâinétuificatif ,
Cabaliflique, ire
. i’infl-in^lui fiable & l’mftin-
<^uifier. L appeciuicé efi; la-
«ae de l’appetit, àraifonde-
quoy l’appecic nefair que lap-
petic . Or l’appeté. c’efi: vn
ellanc ,I ellre duquel meut la
pLiifiance a 1 obic6l , dans le¬
quel elle le repole naturelle-
menj;, a Tes corrélatifs ef-
fentiels , a fçauoir l'appetitif,
lappetiblé, & l’appeter. L’al¬
teration efi: l’ade de ialterc,
à raifon dequoy ralteré ne
fait que l’aiieré : Or l’aiteré
c efi: vn effant , 1 cftre duquel
efi: touchable, & a Tes corré¬
latifs , à fçauoir ralterarif, l’al-
terable, &: l’alterer. L’actra-
heïré ou Tattradion efi fade
de 1 attiré, à raifon dequoy
1 attiré ne fait que l’attiré. Or
i attiré c efi vn efiant, iade
g Le petit Oetiure
duquel fait repofer l’attirant,
&C. A les correlatils , à tçauoir
l'attiaaif , l’attraatble &: l’at¬
tirer. La receptiuieité ou la
teceptruitéeft latte du receu,
a raifon dequoy le receu ne
fait que le receu. Or le receu
c’eft vn eftant , l’eftre duquel
confifte en auttuy , 8C a les
corrélatifs, à fçauoir le réce¬
ptif, le receptible, SC lerece-
uoir. La plenieité ou pléni¬
tude eft l’atte du plein , à i_ai-
fon dequoy le plein ne fait
queleplein. Or le plein c eft
vn eftant, l’eftre duquel répu¬
gné au vuide Scafes corréla¬
tifs, à fçauoir l'inipletif, 1 im-
pletible,8cl’empljr. Ladit-
fufîeitéouladiffulioii eft la¬
tte du diffus, à raifon dequoy
le diffus ne fait que le diffus.
Or le diffus c’eft vn eftant.
Cahaliflique.
■i eftre duquel eil eflendu du
premier au dernier inclu/iue-
iîienc,& a Tes correladfs^a fca-
uoirle didufif, le difFu/ibîe,
& le dilFufer. La digeftieité
oüdigeflioneltla perfedion
& Fade du digeflej à raifon
dequoy le digede, ne fait que
le digedc : Or le digede, c’eft
vn edant , l’cdre duquel ed
mixte, & afes corrélatifs , à
fçaiioir le dïgedif , le digedi-
ble, Sc le digérer. L’expulii-
uieité ou lexpulfion^edia-
de dePexpuiré J à raifon de¬
quoy , l’expulfé ne fait que
lexpulfé : L’expylfé eddonc
vn edant meu parautruy , de
fon term€ propre, au terme
€dranger,ou du terme dans
lequel il ed au termes dans le-
■qnd il n’edoitpasi&a Les cor.
258 Le petit Oeuure
relatifs, à fçauoir l’expulfif,
rexpulfible- ^ 1 expulfer. La
fignieité ou la fignation , elt
lade dufigne^à raifon de-
qiioy, le figne ne. fait: que le
ligne : Or le figne eil vn eltâc
l’elh-e du quel , eft indicatif de
fon figné , ftd a fes corrélatifs,
à fçauoir lelignificatif 5 leli-
gniliable , Se le lignifier. La
pulchrieité ou beauté, eft l’a-
ae du beau , à raifon dequoy
le beau ne fait que le beau: Or
le beau c’eft vrueftant , 1 eftre
duqueljplaift a tous, Se eft ay-
nié de tous , &c a fes corréla¬
tifs , le pulç^rificatif , le puL
chrifiable , Se le pulchrifier.
L’antiquieicé ou ranciquicé,
eft Tade de l’ancien ; à raifon
dequoy , l’ancien ne fait que
lancien: O r l’ancien c’eft vn
Cahaliftiqus»
eftancj eftre duquel, précédé
-toutes choies , & a Tes corré¬
latifs, l’antiquificatif, l’anti-
quifiable,&; i’antiquificr. La
noLieité ou nouueauüé, ell: fa¬
de ôc la perfedion du non-
ueau, à raifon deqiioy lenou-
ueau ne fait que le nouueau:
Ürle nouueau , c’efl vn eftat,
l’eftre duquel , ell apres qu’il
n’a pas ellé,&: afes corrélatifs
le nouificatif, le nouifiable,&:
lenoniher. L’ideité eftl’ade
de Tidee , à raifon dequoy, l’i¬
dée ne fait que ridéed’ idée eft
donc vn ellant, l’eftre duquel
cft imprimé dans la matière,
8c a Tes corrélatifs intrinfe-
queSjl’ideifiçatif , l’ideifiable,
&i’ideifier.Lamathematiqui-
cité ou iamathematique eft
fade duMathematique,à rai--
' n iij
zSo Le petit Ocutire
fon dequoy leMathematique-
ne fait que le Mathématique’
Gr la Mathématique, c eft vu
eftant , l’efti-e duquel , eft vue-
forme abftraide du mouuc-
ment j U a fes ccrrreiatifs co-
gneiis J lematiiematificatifde
inathematifiable,&: le mathe-
matiher. La punftieiré ou
pundfualité , eft fade du
poind, à raifoii dequoy , le
poind J nefait que lepoind:
Or le poindc’eft vu eftant,
l’eftre duquel, eftindiuiftble.
Etc eft le commencement de
la ligne , Sc a fes corrélatifs, à
fçauoir le punduifteatif , le
punduifiable, Scie pondui-
fier. La ligneitc eft la-
CahaUHicjue» i&i
vne grandeur cognuè feule¬
ment, comprife entredeux
points. Latriangulieité, eft
l’adedu triangle, àraifon d^-
quoy , le triangle ne fait que
le triangle:Or le triangle c’eft
vneftant, l’eftre duquel, ell
compris par trois ligaes ter¬
minées par trois points: doc
les corrélatifs font le triangu-
latifjle triangulable,&; le tria-
guler. Lequadrangle pareil¬
lement a.fon abflrait , qui eft
la quadranguleité , qui eft fon
aâ:e , à raifon dequoy le qua-
drangle ne fait que le qua-
drangle , &: a fes corrélatifs, à
fçaiioir le quadrangulatif , le
quadrangülable , &: le qua-
dranguler. La circuleitéou
circularité , eft l’aéte du cer¬
cle, à raifon dequoy le cercle -
n iiij
t6t Le petit Oeuure
ne Fait que le cercle : Or le
cercle c’elt vn eftanc , Teflre
duquel , efl compris par vne
ligne circonferipte au centre,
duquel à la circonférence, on
tire des lignes égalés , 8c a fes
corrélatifs, à Fçauoir le circü-
latif , le circLilable , 8c le cir¬
culer. Lacorporeitéeft lade
du corps , à raifon dequoy, le
corps ne fait que le corps: Or
le corps c ’eft vn eftanr, l’eflre
duquel, eft compris par trois
dimenfions , SC a fes correLv
tifsjà fçauoirle corporatif, le
corporable, 8c le corporer.
La figureité ou figuralité , eft
Fade du figuré , à raifon de¬
quoy , le figuré ne fait que le
figuré: Or le figuré c’eft vn
eftant , l’eftre duquel eft ima«
ginable, Sc a fes corrélatifs,
(^(xbalijlique, 16^
le figuratif, le figurable , &: le
figurer. La rediuieité eft la-
6tc du droict,à raifon dequoy
le droit ne fait que le droit,&:
nouspouuons dire au lieu de
la re£tiuieité,la reftualicé: Or
le droit c efi vn eftant , fefire
duquel , fe mefure par vne
éi'oite ligne , a Tes corréla¬
tifs . le rcdifj le redible , 6<:le
reder. La mondruoficitéou
monftruofité , efi: l’adle du
monftrueux, à raifon dequoy
le monftrueux, ne fait que le
monftrueux /. O t le inon-
ftrueux, c’eft vn corps animé,
l’eftre duquel , manque en
quelque terme de la nature,
fcîon feftre . de fon efpcce,
toufiours 6c ordinairement,
6c a fes corrélatifs , le mon-
ftruofificatif, le monftruoii;
ié4 O'euure
fiable , le monftruoMer.,
Et ii finit remarquer brieue-.
naerit que tous, les abftraits de-
chaque concret ^ ou hecccité
fe forme du génitif de fon cô-;
cret , comme- par exemple ;
l’ombrofum , vmbrofi , ad-,
jouftéj eicc , fe forme fom-.
brofeité ; qui eft i’afle del’ôi».
bragéjà.raifonde.quoy , rom-,
bragé ne fait que l’ombrage;
Or. l’ombragé c ’cff vn corps, ^
l’eflre duquel eft opaque
afes corrélatifs intrinfeques,;
à fcauoir rombrohiicatif , l’o-.,
brofiftable, &c l’ombrofider.'
Et commeon a donné exem¬
ple de la formation de l’ab-^.
îltait de l’ombragé , demef-
me,.eftimeque j’en a.y donné
des autres concrers:&: partât, .
il faut remarquejtqueiesau-:
(alat/Jri^ue, lô’j
très concrets qui font vfitez
en cette fapiencede Cabale,
font aflauoir,reflude,le colo-
réde proportiôné, le difpofé,
lecreéalepredefliné, lepre-
fceu , le mifericordieuxdc ne-
ceiîitCjle formé , le fortuné,
Tordonnéde confulté , le gé¬
néreux, le participé, le par¬
fait, le déclaré, le tranfubftan-
tié , l’altéré , finfiny, le de-
çeu , le vénéré , le capable,re-
xiilant , le comprins , le trou-
ué , 1 animant, le conuenant,
l’objet, l’engendré, le conçeu,
le théologien ou theologant,
le philofophe ou phiiofo-
phant , le mathématicien ou
mathematiquant ,1e geonie-
trien, le muficien , l’arith»
meticien,raJ[lronome,le rhe-
toricienj le logicien, Icgram-
Il Vj
Le petit Ofi'ure
mairien, le politique, ieiuti''
fte, k médecin , le régime ,1c
iugement,&c. Noms denua--
tifs, de chaque genre; de plus,
tout ce qui efl:,oùilell dans le
fujet , èc eif énoncé dufujet,
comme le riiible , ou la rifibi-
lire, où il elt dans le fujet , de
ne s’enôce pas du fujet , com¬
me la couleur , où il n’eilpas
dans îe'fujet,&: ell énoncé du
fujet, comme Tanimal & Tho-
me ; où n’eft n’y dans le fujet,
ny ne s’énonce du fujet, com-:
me Socrate Se Platon,
ne renoncent pas comme les
'^S’énoncent. Comme les acci-
^dencsvnîuerfels.
'i6B' Le petit Oeuure
Des ClueflionS: Lajeconde
partie^ & première¬
ment de U Figure J.
C^îAP.^ II.
DAns la premicre figu¬
re fpherique, qui eft in-
qtuleeAî on demande pre-
mieremet, fçauoir fi dâs l’or¬
dre de la nature 5 il y a quel¬
que chofe dans l’ellre , de la¬
quelle le fujet SC le prédicat fe
côuertifiTent efientiellemét Sc
identitatiuement ? à quo-yil
•faut refpô dre affirmatiuemét,
autrement , les conuerfions
fimples SC les egalitez des
chofessferoiét deftruides, Sc
Qihaliflîcjue,
par ainfiretcrnité feroic fu-
perieure plus commune,
que la bonté , la grandeur, la
pui/ÎImce , par vne duree infi,
nie : ôcpar ainfi, quelque biê
feroitecernel , & tout eterm.!
toucesfois,ne feroit pas quel¬
que bien : ce qui til inconue^
nient. Et femblablemettout
grand feroit eternel , ouïe
grand feroit eternel , &:tou-.
tesfois tout eternel ne feroit
pas grand : de plus, tout puif-
fant feroit eternel , Sc toures->
fois tout eternel ne feroit pas
puilîant , de mefine tout in--
telligent feroic eternel. , ôc
toutes - fois tout eternel
ne feroit pas intelligent
& plufieurs autres incommo^
direz Sc impoffibilitez f’en
enfuiuroient , fi dans l’ordre
%jo Le petit Oetiure
de la nature , il n’y auoit quel¬
que efbnt , dansreftredu-
quel:&:c. Secondement , on
demandcjce quec’eft, quecec
vn, dans lequel, ou dans le-
lire duquel, le fuj et &: le pré¬
dicat feconuertiftenc’, com¬
me deuantî à quoy il faut ref-
pondre que c’eft Dieu , ilell
manifefte,paceque telle cô-
uerfiô &: égalité ne peut eflre
que dans vn infiny ôc fupe-
rieur à l’eviternel. Ondenia-
de en troilicme lieu, Il la Di-
iiine bonté a vne grande bo¬
nification , comme fon en¬
tendement a vne grande in-
telleébion ? A quoy il faut
refpondre aiffirmatluement,
autrement il f’en enfuiuroit
que dâs Dieu il y auroit quel¬
que chofe d’infeî:ieur3&: queb;
[al?ali[{ic]iie. iji
que chofe de fuperieurjce qui
crt abfurd. On demande en
quatrième lieu , fi Dieu a vne
auiïî grande adion que Ton
efTence eft grande î à quoy il
faut refpondre affirmatiue-
ment , autrement il feroic
moins qu’il ne pourroit , ce
qui efl impofîible. Eton dema
de en cinquième lieu , (i Dieu
fçait toutes chofes, comme
fon efTence comprend toutes
chofes î à quoy il faut refpoii-
dre affirmatiuement : autre¬
ment fa bonté ne feroit pas
communiquée à tous les
eftants, &c par ainfi fe trouue-
roit dans la nature quelque
eflant qui ne feroit pas bon^
ce qui eft très-faux. On de¬
mande enfixiéme lieu,fiDieu
«ft Vil agent volontaire
'z:Z2; Le petit Oeuure
quoy il faut refpondreaiîir-
matiuement, autrement au¬
cun eftatne feroic libre, mais
tout feroitlié ; &c par ainfi ne
fe trouueroit point de bon
par eflence , ny de grand , ny
de puilTant, ny d eternel , ny
defage, ce qui eft.inconue-
nient. On demande en fep-
tiefme lieu, fi Dieu eft ver¬
tueux? àquoy ilfaut refpon-
dre afîirmatiuement, autre¬
ment la bonté infinie dans
tous les eftants , ne feroit pas
vertueufe, mais, vitieufci àc.
par ainfi le mal feroit bon , &c
répugnant à foy mefme , ce
quieftincôuenient ôcabfurd.
Partant, &:c. Et on demande
en huitième lieu , fçaLioir , fp-
Dieu eft vray ? à quoy il faut
r efp ondre^- affir mati u em enc.
Cahaliftique.
autrement n’y auroit aucunG
vérité ; qui eft 5 par ce que la
vérité ertanc laéle 4u vray , à
raifon dequoy le vray fait le
vray, & parainfi, fi Dieu ne-
floit vray, aucun eftant ne fe-
roic vray. On demande en
neufiémelieu, fçauoirliDieii
elt glorieux ? à quoy il faut
refpondre afiirmaciuement,
autrement aucune aétion de
Dieu ne feroit gloricufe ny
deleélablei ôcpar ainfî le fé¬
cond agent feroit plus glo¬
rieux que le premier, ce qui
eft tresfaux: &: parainfi il elf
nianifelle, qu’il y a vn dans
l’eftre , duquel toutes chofes^
fe conuertilTent egalement,
fuiuant vnetres funpie elTcn-
ce bc identité. Et que cecy
fuffife du premier fujet
z74 Oeuure^
deréen certe fcicce quiaefté
combiné par toute la figure
fphej iquCsqui eft intitulée A.
Et il faut remarquer que les
autres fujets de cette métho¬
de fedoiuent auiTi combiner
à leurs mode par toute la fi¬
gure A , en moLiuanc des quc'
fiions fur vn chacun à leurs
mode : comme par exemple,
fçauoir fi l’Ange eft? à quoy
ilfautrefpondre affirmatiiie-
ment , autrement la difteren-
ce entre la chofç intelleduel-
le Sc la chofe intelleéfuelle (e^
roit oftée : ôc fi on demande
en fécond lieu, fçauoir fi l’An¬
ge eft bon , à quoy il faut ref-
pondre affirmatiuement , au¬
trement l’Ange ne feroit que
ipauuais : Et fi on demande
femblablement , fçauoir fi
(^abuUflique, 27^
l’Ange eft grand ? il faut ref-
pondre affinnatiuement , au¬
trement il ne dependroit pas
de Dieu J qui eiî grand par
elTence. Et femblablemenc
il on demande de Ehoinme
fil eft bon, il faut refpondre
que ouy, autrement il y au-
roir quelque eftant qui nefe-
roit pas bon félon foy , ce qui
eft iiiconueniem : Et par-cc
que dans la première figure
la fubftance eft mife fous le
bon , fous laquelle eft mis le
corps 5 à caufe dequoy l’en¬
tendement qui eft l’ouurier
de cette méthode , peut don¬
ner des exemples d iceux par
la combination , comme il a
efté dit des trois fujets fufdits
à fçauoir de Dieu, de l’Angej
ôc de l’homme. Et fi on de-;
2-7^ Le petit Oeuure
mande pourquoy le bon &:
les autres principes &: racines
•decette fapience, ne fecon-
ueitilTentpasauec l’Ange
l’homme , li ce n’eft auec vn
figne particulier î il faut ref-
pondre que la conueriion du
fujet aiî prédicat ne fe peut
faire entre vne nature fupe-
rieure & inferieure, mais feu¬
lement entre natures égalés,
qui ell parce que la nature
du bon eft égalé auec la natu-
a*e de ieflre ou de Dieu : mais
la nature de l’homme, ôcla
nature du bon , & des autres
premiers principes, ne font
pas égalés : donc , 6cc. Car la
nature du bon eft touliours
dans la maiorité,&; la nature
de i’homme,danslaminori-
té : car la nature prieure nefe
(^ahalifticjue, 177
conuertifi: point auec la natu¬
re poflerieurc : partant, &cc.
Et que cecy fufEie à caufe de
bricuetc, touchant les que-
flionsdela première figure,
qui efl intitulée A.
Des Quejîions de la fecon^
de Figure , qui ejl U
figure T,
Ch AP. Il I.
^^Rles Queftions delafe»
^^conde ligure , fe peuvent
faire en trois façons: comine
chaque angle du triangle,
nous fignifie trois genres,
comme par exemple , 1 angle
de la différence nous fignide
A/S Lepetit Qenure
la différence entre i inEellc-
â:uel &: rintelle£tuel : Secô-
dement , encre l’intelledLiel
&: lefenfuel : Troifiémement
encre le fenfuel &c lefenfuel,
8c partant , il faut demander
premie.remét,fçauoir fiDieu,
efl: diftinguantî à quoy il fauc
refpondre affirmatiuement,
autrement fes dignitez 8c fes
adions feroienc offenfees en
Dieu î 8c par ainfi l’Ange ne
feroit point diflingué de
Dieu J ôc par ainfi, la bonté
Angélique, 8c les autres di¬
gnitez feroient dans vn eüfe
confus J 8c non feulement
dans l’Ange , mais auffi dans
Dieu mefme , ce qui eft fort
abfurd; Car il s’enfuiuroit
auffi que’ie bonificatif, le bo-
nifiable , ^ le bonifier de la
bonté
Cahalîflique. "
, bontcn’auroient aucune dif-
fcience, mais feroient confus
parenfemble : ce qui feroic
au/îi inconuenient ^ partant il
eft maiiifelte que Dieu efl di-
ItingLianr, & par ainfi Dieu
efi: la caufe de la diftinaion
des chofes le plus propre
du bonifiant eil de bonifier,
<|ui ne peut eflre fans didin-
<^ion du bonifiant ôé du bo¬
nifié : Car comme fagir ne
peut eftrc fans la différence
ffe l’agent &: de l’agible, de
mefme le bonifier ne peut
offre fans la différence des
chofes fufdites, partant il-eff.
manifeffe que Dieu eft diffii>
guant, l’intelleaif , lentendu
U i’entendre ; Gomme la bo¬
te diffingiie le bonificatif, le
bonifiable &: le bonifier par
i So Le petit Oeuure
enfemble; Et il ne f enfuit pas
pour cela, qu’il y ait dâs Dieu
plufieurs bontez ny plufieurs
elTences que la différence
pofej.qui eft parce que bien
que dans Dieu l’intelligent,
l’entendu , ôc l’entendre Ibiéc
le melme effentiellement , ils
font toutesfois diftinguez
formellemét : comme l’hom¬
me le lyon qui font le mef-
me félon l’eftrej&font néant-
moins diffinguez formelle¬
ment: il ne fert de rien de
dire, quelebonificatifflc bo-
nifiable &c le bonifier font di¬
ffinguez dans le bon, donc
dans le bon il y a plufieurs
bontez : car le bonifiant , qui
eff toute la bôté mefme, pro¬
duit de foy mefme tout le bo¬
nifié, grand SC eternel, le
Cahalifltcjue, iSi
bonifier &eternerefi: produit
de tous les deux: d’où il appa¬
roir que dâs le bié Ibuuerain
la différence eff claire: par-
tantùl eff manifeffe que Dieu
eff la caufe de la diffinffion
des chofes par vne pofîtion
naturelle, qui eff que dans les
diftinguants & les diffinguez
il ne faut pas aller àl’infiny,
& partant il eff expédient de
venir à vn diftinguant, qui
n’eff point diftinguédVn au¬
tre : mais cela ne peut effre, ff
ce n’eff le fouuerain bon qui
eff bon par effen ce 5 partant
la caufe de la diffindion des
chofes eff labôté fouLicraine
de Dieu. Acaufedequoy on
pofe quele bonificatif eff vn
diffind du bonifiée du boni¬
fier i èc le bonifié eff vn autre
0 ij
Le petit Oemre
dirtind du bonifiant Sc du
bonifier-, &:le bonifier efi: le
troifiéme diftind des deux,
donc chacun eft exifiant en
fonnom, oùiicfi; toutesfois
le merme auec les autres par
effence, autrement la difte-
rêce feroit confufe en eux , 3c
l’eternicé manqueroit , 3c ne
conferueroit pas le nombre
propre à chacun d’eux, 3c
l’entendement diuin igno-
reroit quel feroit le bonifiât,
3c quel feroit le bonifié, 3c
quel feroit le bonifier ; 3c par
ainfi il f|:noreroit le bon fou-
uerain , 3c plufieurs autres wi-
conueniens 3c impoffibles
f’en enfuiuroient à cette po-
lition, partant, 8CC. Seconde¬
ment on demande , fçauoir fi
U différence efi plus commua
Cabalifliqtie. zSj
ne que la concordance ôc la
contrariété ? à quoy il faut
reipondre affirmatiuementj
autrement dans leschofes das
lefqii-elles n’y a point de con¬
trariété, n y auîoic rien de di-
ftinét , Sc parainfi nous feriôs
comme nous eftions aupara-
uant. Troiliememént on de¬
mande, fila concordance eft
vn principe premier que la
contrariété ? a quoy il faut
refpondre affirmatiuement,
il eft manifefte, car de la con¬
cordance defcendét des prin¬
cipes pofitifs , Sc de la contra¬
riété des principes priuatifs;
or tout principe pofttif eft
plus digne d’auoir lenom de
principe, Sc d’eftre le premier
principe, que le priuacif : par¬
tant, ôcc. On demande en
O iij
i84 Le petit Oeu'ure
quatrième lieu, fi la défini¬
tion quiditatiue de l’homme
efi mieux faiète, en difant l’a-
n’imal homeifiant ouraifon-
nable &: difcurfible, eft plus
oftenfiue que celle-cy ,àfça-
uoirvn animal Vaifonnable ?
à quoy il faut refpondreaffir-
matiuemèntjpar ce que le dif*
courir eft propre à l’homnac
feul,Sc l’homeifierfemblable-
ment, autrement l’homeitc
neferoitpaslaète deThome,
àraifon duquef l’hommefaic
l’homme î 8c femblablemenc
le difcours ne feroit pas vn
ade de raifon , par lequel
riiomme entend: car la ra-
tioneité conuient àplufieurs
chants: donc ellene conuiêc
pas à l’homme feul , à caufe
deqqoy elle ne peut pas eftre
Cahalipique. 285
fa differéee efl'entielle,à caufe
aufli qu’elle conuicn: à l’An¬
ge, partant , Sic. En fécondé
maniéré, les queftions fe peu-
uent faire dâs le fécond trian¬
gle, & premierement,les que-
nions fe peuuent faire ainfi.
Si on demande fil n’y a que
vne feule caufe de toutescho-
fes ? à quoy il faut refpondre
alîirmatiuement , autrement
il y aiiroit plulieurs fins ce
qui eft manifeftement faux.
La fécondé mode de laque-
ftion eft , fçauoir fi le moyen
entre le fujec Si le prédicat
de la quantité continué de
quelque propofition , reçoit
demonftration î A quoy il
faut refpondre que oüy , à
l’égard du moyen d’extremi-
tez., mais il y a vne quanti-
O iiij
1 8 (f Le pejit O ei4 ure.
té difcrete ài’égard du moyen
demefure. La troifiéme ma¬
niéré delà queflion elt tou¬
chant la fin , 6c c’eft comme
fl on demande fçauoir fila
propre fin efl le dernier dans
le fujet ? Il faut rcfpondre
afîirmatiuement ; autrement
l’agent ne feroit pas , plus vn
oppofé que lautre, comme
par exemple, le feu n efehauf-
feroit pas plus qu’il refroidi-
roic ; 6c de môfme façon fe
font , oufe peuuent faire des
queftions dans le triangle de
maiorité , de minorité 6c d’e-
galité en trois façons. La pre¬
mière façon efl , comme fi on
demande , rçauoir fi Dieu efl
premier par nature,que Feui-
ternel ? à quoy il fautrefpon-
dre afhrmatiuement ,, autre-
Cahaliflîquèl z8z
ment rien ne feroit bon que
leuiternebce qui eft faux, qui
efl par ce qu’il y a plufieurs
biés qui ne sot pas euiternels,
Se partant il eft manifefte,que
le bon fouuerainement eft
plus commun ôc plus gene¬
ral, 8c premier par priorité
de nature, & ce bon fouue¬
rainement, n’eftant queDieu;
il fenfuit que Dieu ell pre¬
mier par nature, quel’euiter-
nel. Partant, Sec. Orenfecôd
lieu dn demande, fçauoirft
l’entendement , la volonté, ôe
la mémoire , font despuif-
f^ces égalés dans famé ? à
qu oy il faut refp on dre affir-
matmement , autrement i’ef-
fence de famé, n’eft pas in t el-
lîgente dl eft'maiiifefte , par¬
ce qu’ell’eentcd autant qu’ci-»
O y-
2.8 8 Le petit Oeuure
le veut, &: veut autant qu’el¬
le ayme, &c ayme autât qu’eL
leramentoit , par ce quelle
n’aime n’y ne hait rien, qu’au-
tant que la mémoire luy re-
prefente. Partant il eftmani-
fefte, que l'entendement , la
volonté ,.&;la mémoire, font
égalés, dans l’ellencedel’ame
& en ce caSjl’entendemét co-
gnoift qu’ô peut faire des de-
monftratiôsen trois façons,,
à fçauoir fimplemêt,8i parce
que c’eft Sc à caufe de ce que
c’eft , ôe femblablcment dans
l’equiparence on peut faire
des queflions en trois façonf
Comme entre la fubflance ôi
la fubllance , &c entre la fub-
ftance Sc l’accident, &: entre
laccident 8>c l’accident , com*
me il a efté diél au chapitre
Cahaliflique. 189
des figures . De la fécondé
maniéré on demande de l’an¬
gle de la différence , fçauoir fi
la différence entre l’intelle-
«3:Liel ôc le fenfuel, eft plus
grande que celle qui eft entre
le fenfuel ôc lefenfueh& celle
qui eft entre fintelletStuel Ôc
fintelleduel ^ eft plus grande
que celle qui eft entre les fen-
fuels ôc les intelkduels ? à
quoy il faut refpondre aiîir-
inatiuenient, par les cliofes
qui ont efté dites ôc fignifiées
dans les triangles fufdits. Et
femblablement on demande,
fi la différence d’entre le prin¬
cipe &: le moyen eft plus gra¬
de que celle qui eft entre le
moyen 6c la fin, 6: femblable¬
ment fl la différence qui eft
entre la fubftance ôc la fub-
V vj
2î.5) Q. te petit 0 euure
fiance eil pkisgrande que c.el*-
le qui eft encre la fubftance
l’accident3&; entre i-accidenc*
& l’accident ? à. telles que-
ilions ilfaut rerpondre affir-
iuariuemcnt,-par les clioie^'
qui ont allé dues Sengnifiees.
dans lefdics triangles fubie-
dliuement Se obiediuemenr,
moyennant la réglé de B, par¬
tant 5ecÆc parce qu’on a par¬
lé delà troibefme figure j que
chaque principe eft combiné
auec.vil au trejà caufc dequoy
on demande premièrement,
f^auoirj fi la contrariété eft
aufii applicable à la bonté , à v
la. grandeur , à la durée , à la
pudTanee : &: autres : qui eft
îa concordâce ? à quoydlfauc
refpondre negatiuemeiïrj au^
tremeat la .contrarieté^feroic. ’
[abaliflique.
vn principe poiicif',pour- vnir
&: afTembier , &: non pas pri~
natif , pour feparer &: def-
vnir ; &c par ainfî rien nefe
corromperoit en toute la na¬
ture , ce qui efl: faux abfolue-
'ment& fimplement : Car k -
contrariété ed: vn principe.>
priuatîf, comme la concor¬
dance eftvn principe pofitif,
8c. à caufe de celà,on dit dans
le premier quarré delà troi-
liéme figure , qaeleboneft
grand ,ou que la bonté eft
grande : 8c.fi on demande par
apres , fçauoir fi le bon eÆ
grand. Il faut refpondré af-
firmatiueme’ht , autremenc
ils ne fe conuertiroient pas
dans la maiorité auec tous les
principes , on demande fe- -
coiïdèmetit , ce que c efi: que- ^
Le petit Oeuure
la bonté? a quoy il faut ref-
pôndre par la réglé C , parles
deux chofes fignifiees dans le
quarré B C, dans lequel len-
têdement humain les reçoit,
&:fion demâde derechef de-
qiioy efi; la bonté , il fant re¬
courir au quarré B D , ôe il
on demande auec quoy
comment eft la bonté , il faut
recourir au quarré B K, parce
que là, l’entendement reçoit
les fignifications de ce quar¬
ré là. Et par ces exemples do-
neesdela bonté, tu pourras
en dire 5c exemplifier des au¬
tres principes, &; autres figni-
ficatiôs dans toutes les autres
figures quadrangulaires, de
cette troifiéme figure : par-
tantjôcc. Et parce que E, dans
cette croïfxcrne figure , figni-
(ahalifliquel 19 j
£e autant de chofes qu’il , en a
efté dit dans l’Alphabeth, &:
C , femblablement ; qui cft
parce que B , fignifie dans
l’Alphabeth, le bon, le di-
fl:ingiiant,Dieu , la iuftice,ra-
uarice , &: fçauoir-mon: &par
C, eft fignifié le grand , l’An-
ge,Ia concordance, la prudê-
ce,la gourmandife , S>c ce que
c’eft; comme il a délia eilé dit
clairemét dans l’Alphabeth.
Et partant , on tire pluüeurs
qucltioiis de chaque quatre
de cette troifiéme figure par¬
ticulières ; par exemple, fi on
demande premièrement, fça-
uoirfi la Diuine bonté elV
grande, ôc fi les corrélatifs de
la Diuine bonté font di-
ftin6ts,&; fçauoir'en troifiéme
lieu, fi dans la Diuine bonté
'^94 He petit Oeuure
il y a delà concordance. Et
on demande en quatrième
lieu J ce que ceù: que laluüi-
ce de Dieu bonne grande,
on demande en cinquième
lieujce que c’eft que la bonté
dqDieu , ce que c’eft que la
grandeur de Dieu; &: fembla-
blementjce que c’eft que la
concordance dans là Diuine'
Bontéj-Sede mefme faço peut-
on demander de la- Diuine'
grandeur bonne , par les au¬
tres efpeces delà réglé G, co¬
rne en difant , la grandeur
Bonne de Dieü , qu’à-elle
en foy- elfentieilement , Sc
ftmblablemenc la Diuine
différence &: concordance,
ainfi faut-il procéder auec les
deux autres efpeces de la ré¬
glé G.'Et toutes les quefticixs '
CahalifUcfue] ipj
particulières fe refoluent de
la mcfme façon que les vni-
uerfelles en defcendant d’icei
les à leurs particuliers , en ac¬
cordant 8c éuitantles incon-
ucnients, qui efl parce que
nul vniuerfel n’ell oppofé à
fon particulier, au rebours,
Sc ie lailfe les exêples à caufe
de briefueté : qui eft par ce
qu en quelque façon qu on
faffe la queftion de ladiuine
bôté,& de la grandeur, &c.La
folution fe tire de la defcri-
ptiondcDieu, & de la défi¬
nition de la bonté, de la gran¬
deur, ôcc, en accordant les
définitions Sc fes. efpeces des
réglés , en tenant la partie af-
firmatiue ou la negatiue, ÔC
cette réglé efi: infaillible, Sc
comme on a exemplifie de la
19^ OeuuYe
bonté diuinej demerme cecy
que i’ay exemplifié de la grâ-
deur èc de la durée , &c ainfi
des autres bontez &: grâdeurs
des autres fujets des autres
figniiications de l’Alphabet,
vhté en cette Tcience de Ca¬
bale : Se comme nous auons
donné exemple des efpeces
par le quarré B C , de mefme
entends que i’ay exemplifié
des autres quarrez de cette
troifiéme figure, à fçauoir
BD,BE,BF,BG,BH,BI,BK:
Sefemblablement des autres
iufques.à la complet e euacua-
tion de cette troifiéme figu-
re,Seque cecy fijfife à caufe de
la brieueté, touchant les que-
fiions que l’on peut faire tou¬
chant l’euacuation de tous les
eftants cognoifiables. Panât
Cahaliflfcjue. 197
rentendement humain co-
gnoift cette troifiéme figure
cftie bien plus generale que
les deux autres precedentes,
à fçauoir A &; T , qui efl par
ce que de cette troifiéme figu
reon peut abflraire&vuider
innombrables qiieftions par¬
ticulières , ôc leurs folutions,
partant, &c.
De la quatrième figure*
Ch AP. IV.
OR les queftions de la
quatrième figure fe mul¬
tiplient en cinq façons : car
les queftions de la qua¬
trième figure fe peuuent
multiplier en autant de
façons qu’il y a de figni-
ficacions de chaque lettre
Le petit Oeuure
de l’Alphabet de cette fciéce»
Or il y a cinq fignifications
de chaque lettre de l’Alpha-
berjdonc&c. Orqu’ilyaye
cinq fignifications de 'cha¬
que lettre de l’Alphabet,
il eft manifefte dans fon
chapitre : ôc à caufe de cela
l’entendement htmrain fe co-
gnoift poLiuoir beaucoup mi¬
eux par la quatrième figure
tirer le moyen de fçauoir,que
par les autres figures^ Se fe co-
gnoifi: eftre en' beaucoup
moins de temps &c de diffi¬
culté perfectionné dans tou¬
tes les fciences. Par ce que
par cette fapience il acquiert
tresfacilementvn moyen qui
efi: entre le>generaliffime ôt le
fpecialiffime , &; la railon de
cecy ed, par ce que les princir
CahaU^icjue.
pes de cette fapicce font très-
Cümmuns,&: a des réglés très
communes, &c. Or les fciem
ces reçüiucnt leurs principes
déracinés de celle cy, corne la
Théologie, la Phiiofophie,la
Mathématique : & partât ces
fcienccs font fubahernes à
cette fapience,& leurs prin¬
cipes & leurs réglés font fub-
alternes à fes principes Scà Tes
réglés: &:partat leurs moy es
de demonltrer eft imparfaia:
fans cette-cy -, Sc eft lacaufe
pourquoy les hommes les ap¬
prennent auec difficulté &c
grâd trauail par vn long têps:,
& quand ils doutent dans cçs
fciences là , ils n’ont point de
principes très generaux , auf-
quels ils puiffent recourir,
comme a l’artifte de cette
300 L^petît Oeuure
méthode , &c femblablemenc
aproslaTheologie la Phi-
lofophie , tontes les autres
fciences r’acquierrét parcet-
te qnatiiefme figure J en met¬
tant vn petit efpace pour
moyen dâs les autorités des
autres fciences, enexpofant
les authoritez dans 1 cfpace
félon le moyen , par lequel F,
peut y entrer, en les reduifant
enfyllogifme fuiuant la do¬
ctrine qui a défia efté donnée
cy-defîus , &c nous donnerôs
exemple de cecy , comme on
lût que Dieu efi: vn ade très
pur : car cette authoritéefi:
probable par ces deux efpa-
ces B, F,C, &:D,F,E, &:en
cette façon, par B, nousauôs
Indifférence , Sc par C , nous
auons que la bonté elt vne
grande raifon , qui a en loy
de bons grands corrélatifs
diflinds , de par D,eterneJs
primitifs.c^parE, repofez.à
raifondelafin, èc parla fé¬
condé efpece de la réglé D,
par la première E, fontne-
celîaires, Separ F , font con-
ioinds de mefurez bien , infî-
nimentjSc éternellement J de
fepaxezdetout accident. Et
ainli cetre expofition edant
faite , il ell: clair de manifede,
que Dieu eft vn adepui*;, en
exiftant&en agilEmt&c. de
plus , on lift dans la philofo-
phie naturelle , que rien ue fe
fait de rien j Et pour expofer
Sc déclarer cette authorité,
on aligne l’ePpace D, F, E.
Par D 3 on expofe que rien
neftpas principe , parce que
F? R?
30 2, Le petit Oeuure
fl cela eflüit ainfi , rien leroit-
quelque chofc, ce qui ell in-
eonuenienc. De plus, par la
réglé D, on monftre que rien
nc peuteftre matière à quel¬
que chofe ; qui eft parce que
s’il fe peut faire quelque cho¬
ie de rien, ce feroit alors quel¬
que chofe ; Sc le mefme s en¬
tend delà troihéme efpece de
la réglé D, pr fi rien eiloit le
fujçtde quelque chofe jfefe-
roit quelque chofe. Or la ré¬
glé F , lignifie que rien ne fe
fait de rien , Sc rien ne peut
eilre moyen , que fi il elfoic
tel , ce feroit pour lors quel¬
que chofe , ôe par E , on en¬
tend que rien ne peur eltre la
eaufe materielle ny efficien¬
te 3 ny finale, 8c ne peut^ellre^
habitué d’aucune puiiTance:
par
parcequeficda eftoic, il s en-
fuiuroicpai-loppofé que ce
fcroit quelque chofej & par
ainfi il eft manifefte que Tau-
thoricéfufditea efté expofee
Sc declareeparl efpace l'ufdi-
te. le ne dis pas toutesfois
que le monde foie eternel,
mais nouueau, & commen¬
cé comme il jfera prouLiè par
cyaprest^-Orlauthorité qui
dit que lemôdeaefté créé de
rien, peut eftreain fi déclarée
& expofée par rçfpace D , E,
F. dans lequel on pofe que
Dieu n’eft prieur à refgard de
ion Eternité , par fa puilEtn-
ce- intelleéluaîité, & par
latroifiefme efpece de la ré¬
glé D, fonpouuoir neft pas
lié,ains libre ; Ainfi Dieu,
peut &: à peu entendre le mô-
P
f ©4 tepeiit Oeuure
de 3c ie.produire de rien. Par¬
tant il f’enünt de cecy , que le
monde a eu aduellement la
création de Dieu , laT^uelle
comme precedentele monde
meture l’infinité, la puiflancc;,
l’inteiledualité &c laprimiti-
uité. En outre, on lit que Te-
ftre 5c IVn fe conuertillénr,&:
femblabkmcfitd’vn , le bon
5c le vray, Sec. Et cçs autho-
ritez fe peuuent expofer par
PefpaceBjF, C , 5c ainfi des
autres efpaces B, F,D, qui eli:
par ce que par B , nous auons
la différence entre le fenfuel
^le fenfuel, qui eft, par ce
que dans la pierre il y a vn
eftre , 5c dans la plante il y en
a vn autre , 5c dans le fenfuel
vn autre; comme il aefté
dit de refi:re> demcfmefaut-
[àhali[lîque, ^ 0^5
il dire de iVn , du bon , Sc du
vray,&c. Car ces elTences,
vnitez ^ bôtez Sc veritcz font
tranfcendentes par tout:, ou
tranfcendent, ranx les chofes
fenüblcs que lesintelligibles;
bien que reilence de la pkin-
■tene fe conuerrifle pas auec
] elTence de la pierre, qui eft
par ce que f y elles feconuer-
ciflbient , ladiftereiice feroic
deftruire,&ainli le ceque c ’ed
feroit ruiné, êz confcqueni-
mét la demôllrationle feroic
aufri,& ainfila fapience feroic
defl;rui6l:e,ce quied inconue-
nienc: ^femblableinent fi le
bon , le grand, le durant ide
puiffant, le fçachât, &c. piin,
cipes, coelTenciels nefe con-
iiertiiToienc , alors la concor¬
dance ne fe roic rien : ôc ainâ
le concrec feroic didina de
^o6 Le petit Oeuurel
fon abftraid , Sc ainfi la défi¬
nition ne feroic pas toute l’ef-
fence de la chofe definie. De
plus , il eft nianifefie qu’il y a
vne mcfure dans la plante, &:
vnc autre dans la pierre, &ile
moyen continu cft la quâtitéj
Sc dans la plante il y a vne au¬
tre mefiire &:vn autre moyen
qui n’eft pas dans lefenfuel,
Si ainfifies autres à leurs mo¬
de, Sic. Et ainfi quant à la let¬
tre, les authoritez nepourrot
fubfiftcr, parce que refpace
nepeut entrer dans les autho¬
ritez ,dans le fécond fens al¬
légué, &c ce auec la réglé G,
par ce que les corrélatifs de
IVnité ne font pas propres;
quant a l’elTence ny quant à
la bonté &c vérité : mais bien
appropriez , par ce que cha-
ique principe communique
Ca^ali/Iicjue. 307
auec vn âutre,&: ainfi les prin¬
cipes demeurent diftingui*
blesjconcordables & moyen-
nablesj&desrairons commu¬
nes , Sc chaque principe a Ton
propre repos par fa propre ef-
sêce,dâs laquelle côfiHetouc
fon plaifir 3c ade, auquel ne
fenfuie aucun incoueniéc. Et
à cecy côfent la réglé B , auec
toutes les autres réglés, félon
qu’on a donné exemple de la
theologie&:de laphilofophie
en déclarant auec les efpaces,
de mefme faut-il faire 3c pro¬
céder dans toutes les autres
fciences, comme dans la Mé¬
decine, par exemple , dans le
Droift , 3c dans les fciences
Morales , qui eft par ce que fi
les authotitez contiennent
enfoy vérité, alors les efpa-
P ii;
^ o3' Lepet'h Oeuure
cesde^la quatrième figure y'
pourront entrer auec leurs-
definitions &:■ auec leurs ré¬
glés, ou.efpeces des réglés, em
affirmant ou niant : que f’y
elles n y peuuent entrer, alors-
il n’eft pas poffible que les au-
choritez de telles fciences
foient vrayes. Car aucune
authorité, qui eft compofee
de principes vrayes, neceirai-
rcs , ne contredit à la vérité:
Car c’efi: vne polition princi¬
pale de rEfchoIe des Cabali-
ftes,qLîi efi: par ce quelle dé¬
pend dVne réglé infaillible.
La première façon démulti¬
plication de la quatrième fi¬
gure dans les queftions ell,
comme fi on demâçie,rçauoir
fi le monde efi: nouueau ? à
quoy il faut refpondre nffir-
matiuement j par ce qu’on Iç.
[ahal inique,
peut prpn Lier, onleprouuc
dans la première colonne,
dont le premier efpace efl B,
C 3 D , cecy fe prouue par
vingt raifons. Et- comme on-
dit du monde qui eft EgniEé
par D, &: de fa façon : de mef-
me doit- on dire des aiftres
diofes lignifiées par C &: D,
comme dans TAlphabec , en
faifant les folutiôs de chaque
chofe lignifiée à fa mode, co¬
rne B, qui fignifiela bonté, la
difiérenee, Dieu^ la Iufl:ice,8e
l’auarice : & C , qui fignifie la
grandeur , la concordance,
l’Ange, la prudéce,& la gour-
mandife : D , qui fignifie la
durée, la contrariété , le Ciel,
la force ôC’la luxure. Et il faut
remarquer que chaque que-
fiion particulière afafolutiô
P iiÂj
3TO Le petit Oeuure
impliquée, qui fe peurrediiire
à l’art vniuerfel, en tenac fon
moyen. Et comme on a die
de la première maniéré de la
multiplication de la quatrief-
îne figure, de mefme faut-il
dire des autres maniérés à
leurs mode : ôc que cecy fuf-
fife de la multiplication de la
quatriefme figure à caufe de
labriefueté.
Des ^ejlions de U Tahle^
partie troifième y (^pre¬
mièrement de la première
colonne , qui commence
Ch AP. V.
'px Ans le premier efpace de
•^^iapremiere coionne de la
LA TABLE G E N E R A L.L E.
^ R.O.D.T.
g.d.e.t. ID.E. f.t.
E. F. G. T.
F.G.H.T.
G.H.I.T.
H.I.K.T.
B.CT.B.
G.D.T.C. in.E.Tj.D.
E.F.T. E.
F. G. T. F.
G.H.T.G.
H. r.T.H.
B.C.T.G.
C.D.T.D.
D.E. t.E.
E. F. T. F.
F. G.T.G.
G.H.T.H.
H. LT. I.
^ B.C.T.D.
C.D.T.E.
D.E. T. F.
E.F.T, G.
F.G. T.H.
G.H.T.L
H. I. T. K.
b.d.t.b.
c.e.t.c. id.f.t.d.
E. G. T.E.
F. H. T. F.
G.I.T.G. i
RK. T.H.
B.D.T.C.
C.E.T.D.
d.f.t. e.
E.G.T.F.
F.H.T.G.
G.I.T.H.
H. K. T. f.
^ B D.T.D.
C.E.T.E.
D,F.T.F.
E. G.T.G.
F. H. T.H.
G.l. T.I.
H.K.T.K.
^ b.t;b;c;
C.T.C.D.
D.T.D.E.
E.T. E.F.
F. T. F. G.
G.T.G.H.
H.T. H.I.
B.T.B.D.
C.T, C-E.
d.t.d,f.
E.T. E.G.
F.T. F. H.
g:t g.i.
H.T.HK.
^ B.T.C.D.
C.T. D.E.
D.T.E.F.
E.T.F.G.
F.T.G.H.
G.T.H.I.
H. T.I. K.
^ C.D.T.B.
DE. T. G.
E.F.T.D.
F. G. T.E.
G.H.T.F.
H.I.T.G.
I. K. T.H.
wC G.D.T.C.
d.e.t.d.
E.F.TwE.
F. G. T. F.
G.H.T.G.
H.Ï.,T.H.
I. K. T.I.
^ C.D.T.D.
D.E.T.E.
'e.f.tIf.
F. G. T, G.
G.H.T.H.
H.l.T.L
I.K. XK.
^ G.T.B.C.
D.T.C.D.
iE.T.El.E.
F.T. E,F.
G. T. F.G.
H.T.G.H.
I. T. H. î.
^ G.T.B.D.
D.T.G.E.
lE.T.D.F.
F.T.E.G.
G.T. F.H.
H. T. G.I.
I.T.H.K.
^ C.T.G.D.
D.T.DE.1E.T.E.F.
F. T. F. G.
G.T.G.H.
H.T.H.I.
I. T. I.K.
y D.T.B.G.
E:T.C.D.
'F.T.D.E.
G. T. EF.
H.T.F.G.
I.T.G.H.
K. T. H.I,
^ D.T.B.D.
E.T.C.E.
iF.T.D.F.
G.T.E.G.
H. T. F.H.
I.T. G.'I.
K.T.H.K.
O.T.C.D.
e.t.d.e.
!F. t.E. F.
G.T.F.G.
H.T.G.H.
I. X H.ï.
K. T. I.K.
^ T.B.CD.
1 T.C. D.E.
T. D.E. F.
T. E. F.G.
T.F.G.H.
T.G.H.I.
T. H. I.K.
'fe '' ^
v/rG‘r>*! F’i'i
dm'fdm Ew'f.-t-:;
x-'D'ij' ;; 1 r f - r ; t < 'h r
Fr|F ’ ri'v '!
ri' j] E' . eV. ü E"' H’ï' ’ ' 1' "
r-* 1 H'il-n
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r r .r-' il
' rx H‘*<
:,î- X H / '
Cahalilîitjue. 'j„
i able.qui cft l'efpaceB.C.D,
on demande premièrement,
içauoirfîlemôdeefteternek
aquoy il faut refpondrene-
g^tiLiement, par ce que PU
eftort ecernel , fa raifon feroit
des 1 erernité ; produifanr J’E-
ternel bon,&lagrandeurma-
gnificroircerce raifon bonne
desl éternité, & dans leter-
nité, &: toufiours , comme il
paroift par fa définition :
1 cternité dés leternité , &
éternité feroit durer cette pro
duélion , & ainfi ny auroic
aucun mal dans le monde,
par ce que le bien ôc le mal
lont contrairesrmais ily adir
niai dans le monde, comme
lenleigne Fexperience. On
conclud deme que le monde
lïeltpaseternei. En outre la
P X
Ue peth; Ouure
règl e B,- n:iet qu’il faut tenir là \
partie negatiue de la queftion :
à.caufedes définitions fufdi-
tes , &: fuiuant ce que. nous
rious propofons de dire par la
règle C, D , endifant ainfi : fi
Iç mande eft eternei, fon eter
nité caiî Ce. au tant la duree de
la malice que la.duree du biê :
ce qui eft inanifeftepar la pre¬
mière efpece de laregle C , :
par la première efpcee de la .
réglé I>. îl n’y a rien de fi i
primicif que le bon : carilny.
apoint de premier iour ny de :
dernier. Et par la fécondé
efpece de la réglé C, & D , Je -
monde eft compofé de bien-
Sc dé mal des reternicé: & par
îà troifiéme efpece de la réglé ,
G 5 le monde eft infiny dans
rèteraité, d^ns la bonté? ôc ,
(^ahaliflique, 315
dans la malice , finy. Et par
la qiiatnefme efpece de la ré¬
glé Co le monde a repos dans
les chofes generables 8c cor-
rüptibles : dans les genera¬
bles à raifon du bien , ôc dans
les corruptibles à raifon du
mal. Et par la fécondé ef¬
pece de la réglé D 3 l’Eter¬
nité Diuinc & fa bonté ne-
eeHitcnt le mal 8c le repos,
en caufant Feternité du mon-’
de: 8c toutes ces chofes eftans^
impoffiblesdl faut donc tenir
la negatiuc de la- queftion.
Secondement ondemande,-
fçauoir h le monde cft etér-
rernel î Et il faut refpondre
que non parce que s’il cftoit
eternel jil y aurait à lors deux
eternitez ditferëtes, à fçauoir?
ret-erniséde Dku, Sc l’ternité^
F V.
3T4 Le petit Oenüre
du monde , par ainfi la dif-
fercce qui eft entre le fenfuei
&c le renfuel , &: entre le fen-
fuel rintelieduel , &: entre
Tintelleduel &: rintelle61:uel,
pofe 3. eternitez generales dif
ferentes : &: la bonté les pofe
bonnes la grandeur gran¬
des : Mais cecy eft faux 8c
impofTible , parce que la dif¬
férence les pofe mauuaifes en
quelque chofe.Et ainü la gra-
deur de la bonté manque , 8c
par coiifequent , la bonté de
la grandeur pofe de la confu-
fion >. ce qui eft impoiTible.
On conclud donc lanegatiue
de la queftion: Il y a vne troi-
£éme raifon’, par la chambre
B C. T C. fi le monde eftoit
eternel, la concordance na¬
turelle qui eft: de l’elfe nce da
Cahalifli^ue.
inonde , entre le (enfuel & le
fenfuel , Sc entre le fenfuel &:
rintelle£buel, &: entre l’intel-
lequel &: Imtelleduel , feroit
eternelle5 &:ain£ il y auroic
trois concordances &: trois
eternitezfubalternees gerie-
rales, Sc dans la grandeur de
la bonté Sc deleternité, auec
la duree eternelle delà gran¬
deur &c de la bonté: ce qui
eftfaux 8c impoflîble, parce ^
qu’il y a trois contrarietez
fubalternes qui leurs font
oppofees auec la grandeur de
la malice &: de l’eterniteiEt
ilya d’autres raifonsque l’d
peut voir ailleurs par toutes
les chambrés de la première
colonne iufques à la chambre
T B C Djôi: on demande d’a-
uantageparrefpaceB CDT^
f^auoir s’il y a quelque botité
\lt Ee petit Oemre
grande 5 immenfe infinies
par la bonification 3 comme
î éternité par la duree? à quoy*
il faurrerpondre affirmât iue-
mentj autremem: reternicé
ne feroit pas tou te bonne, ny
route grande , ce qui eft im-
poffible : confequemraent ,
on demande fecondement,
ce que c'eft que la bonté gra-
de &: immenfe? à quoyilfauc
rcfpondre que c'eft vne efien-
ce qui contient de grands Sç
immenfes corrélatifs , figni-
fiezpar la fécondé efpece de
la réglé C> confequemmenr,
on demande ce que eieft qu’v-
ne grande &: immenfe duree^
dequoy elle eft?à quoy il faut
refpondre ' par la première
efpece de la réglé Dj&t par
h fécondé de la mefiîse, & par
Gahaltflîqnt*
îâ fécondé efpece de la réglé
G , la réglé B, attelle cecy^,
quelle ell de corrélatifs , fans
lefquels la duree ne peut
eftre , parce que ce font des
corrélatif? eternelsj àfçauoir
de la bonté , de la grandeur^
&delimmenfité. Q^trief-
memêtjon demande par l’ef-
pace B G T B., fçauoirfi la
bonté peut eftre grande fans
diftinétion ? à quoy il faut
refpondre negatiuement, au-
tremeat ce ne feroit pas fade
delà perféétion du bon na¬
turellement, à raifon dequoy
le bon ne fait que le bon , &:
en tout agir i II eft expédient
de diftinguerftl apparoiftma’
mfeftement que la bonté ne
peuteftre grande fans diftin-
dioû. Déplus , on demande :
3/8 Le petit Oeuüre
ce que c ’eft que la grande di-
ftinàiondeîa bonté'? à'quoy
ilfautrerpondrequeTaéte &c
la perfection du bon grand
diftingué : à raifon dequoy,
le bon grand diftingué , ne
fait que le bon grand diftiii-
gué,c’eflàdire,diftingue vn
bon grand diflingué : Sc ain£
l’efTence eft parfaire, foufte^
nue dans fes corrélatifs, auec
lefquels elle a fa propre natu-
ic ôc fon eflre.Et par l’efpace
B C T C , on demande , fça-
iioir fi la bonté peut 'eftre
grande fan5 concordance ? à
quoy ilfautrefpondre nega-
tiuement , autrement elle
nauroit point d’efire conue-
nantauecla grandeur : mais
vn efire contraire.Et par corn
fequentTefire du bon repu^
Cahaliflicjue. 5/^
gneroic à l’eftre du grand , ce
quieft irapofTible: Et fem-
blablement on demande de
ce mefme efpace , ce que c eft
que la grande grandeur de la
bonté ? à quoy il faut refpon-
dre que c’eft l’elTence du grâd
de la grandeur de la bonté,
qui refulte des corrélatifs
grands de la grandeur , de la
bonté, dans lefquels , elle eft
fouftenuë lignifieesjparla fe-
conce efpece C Et par lefpa-.
ce B C T D,on demande,fja-
uoirfi l’Ange eft plus grand
que le Ciel ? à quoy il faut
refpondre afErmatiuement,
autrement l’Ange ne pouc-
roit mouuoirleCiel, & par
ainfin’auroit pas des relatifs,
auec lefquels il objeéteDiem
Et par ainftleCiel feroit datis
j io Le petit Oeuure
la maiorité, oupourkmoins'
dans légalité auec l’Ange , ce
qui efl impo/Tible, confequé-
ment, on demande ce que
c elt que la grande contrarié¬
té du Ciel î à quoy il faut ref-
pondrequec’eft la. mobilité
qu’il a feiôn deux mouue-
ments contraires , à f^auoix
félon fa moitié , il fe meut de
droit à gauche > &c félon fou
autre moitié , de gaucKe à
droite , fuppofé qu’il ne fe
lîieuue pas , confequemment
on demande dequoy eft le
grand mouuement du Ciel?
à quoy il faut refpondre qu’il
eft de les corrélatifs intrinfe-
ques » grands defignez par la
fécondé efpeee de la réglé C,
Et par l’eface B D. T B, on de-
tnandefi dans l’eteraite il y
Cahaliftique. 311^
difFerance ? à quoy il faut tef-
pondreaEirmacioement , au¬
trement elle n’auroit point
de corrélatifs , auee lefquels
elle a vne nature bonne hc in¬
finie ; De plus , on demande
dequoy efl: la bonté du mou-
uement du ciel? à quoy il faut
refpondre , qu elle eil de foy
inefnie: comme il a efié li¬
gnifié par fes corrélatifs , &:
parl’efpaceB DT G,on de-
rnandefçauoir ,filaDiuinc
bonté ôç la diuine grandeur,,
s’accordent ? à quoy il faut,
refpondre affirmât iueinent ,
autrement la Diuine bonté'
n auroit pas yne magnifica-
tion infinie , &: la diuine gra^
d eu r n’auroit pas yne honifi- i
cation infinie. Confequem^
ment »ondemade ce que c’^efi ^
Z Le petit Oeuure
que la grande concordance
dei’eternitédiuine ^ & delà
diuine bonté ^ à quoy il faut
refpondre que c’eft l’ellence
defes correlatifsjàiTçauoir du
bonificatif, dereternificatifj
qui conuiennenten vn nom¬
bre. Et le bonifiable &: ecerni-
iiable,en vn autre : &: le boni¬
fier , ôc 1 eternifier dans vn
tiers. Et ces trois corrélatifs,
conuiennent en vne effence
de bonté &: d éternité , ou
permanence : &: par lefpace
BDTD, on demande fça-
uoirfi entre la'diuine bonté
& leternité, il y a delà con¬
trariété ? à quoy il faut ref¬
pondre negatiuement ,fi ce
neftence que le moins cô-
mun contrarie , au plus com-
l’infeneur à fon fupe-
Cahaliflicjtie.
rieur; deplqs , on demande
dequoy eft cette contrariété?
à quoy il faut refpôdre, qu’el¬
le eft des principes priuatifsj
qui exifbent dâs roppofé,aux
relatifs pofitifs , de la bonté
&:dereternitc.Et par le der¬
nier efpace B T B C , on dé¬
ni a nde^, fçauoir fi dans la fim-
pleefience delà bonté, peut
efire la différence ôc la con¬
cordance ? à quoy il faut ref-
pondre affirmatiuement,fup^
pofé que la bonté ait fes cor¬
rélatifs effentiels fignifiez
par la fécondé efpece de la ré¬
glé C , qui font plufieurs par
ladifteréce,&:le mefme parla
concordance effentiellemét,
confequemment on deman¬
de ce que font la différence,
êc la concordance dans l’ef-
Lç -petit OeuuYt
l^ncedela bonté ? à qnoy ü
faut refpondrejparla troiiié-
meefpecede la regleC, qu’el¬
les font lemefme , comme la
bonrc mefme , &: par l’efpace
■B T B D , on demande fup-
pofé queie monde Toit eter-
il el , fçauo i r iî dan s fa b on ré
f)euuçnr eilre la différence &:
la contr>arieté ? àquoy ilfaut
‘tefpondre negatiuement, au¬
trement la différence con¬
traire par la contrariété pour-,
roit fubfifter eternelle, ce qui
impofTible, & on deman-
<le,dequoyeft la bonne dif¬
férence ? à quoy il faut refpô-
dre-, qu’elle efi: de fes corréla¬
tifs jdefignezpar la fécondé
‘efpece de la réglé D, Se par
lefpace BjTsGjD, on dema-
de, fjauoir fi dans la bontd
[ahaUlîicjue]
•eccrnelle du Ciel peuuêt eltre
ent'emble la concordance ôc
la contrariété ? à quoy il faut
refpondre negatiuerrîent, au¬
trement la concordance au-
roit vn bon ade de contredi¬
re Se de contrarier dés l’Eter¬
nité &: à l’Eternité, cequieft
impoiTible : Et de pius,qu’eft-
ce que la contrariété de la bô-
té éternelle du Ciel ? à quoy
ïl faut refpondre , que c’ell la
bonté dans vn fujet naturel,
qui eft habitué de malice mo¬
rale i comme dans l’homme
pccheur . Et par l’efpace C*
D, T, B , on demande ce que
c eft que la grande diftérencc
de l’Eternité? à quoy il faut
refpondre,que c’eft celle qu’a
l’Eternité par fes corrélatifs.
Et on demande dequoy eft la
ji6 Lepetit Oeuure
grande différence de l’Eter¬
nité ? à quoy il faut refpôdre
par la première efpece de la
réglé D , qu’elle eft de foy-
mefme ; car nulle caufe ne
peut eftre prejacente^ à l’eter-
nité. Et par l’elpace C , D, T,
C , on demande ce que c’eft
que la grande concordance
du Ciel ? à quoy il faut ref-
pondre qu’elle effdefes cor¬
rélatifs , auec lefquels elle eft
ce quelle eft J & fe meut foy-
mefme . Et on demande
dequoy eft la grande con¬
cordance du Ciel ? à quoy
il faut refpondre, qu’elle eft
de fes corrélatifs , auec lef¬
quels elle a fon mouuement
&: fa nature 5 &c meut tous les
corps inferieurs de la nature.
Etpar iefpace C, on
Cahalijîique. 327
demande ce que c^R que la
grande contrariété de la pru¬
dence &: de la luxure ? à quoy
il faut refpondre , que c’eft
vne morale côcrarieté : & on
demâde dequoy dure la mo¬
rale contrariété ? à quoy il
faut refpondre, qu elle dure
des habitudes polîtiues &:pri-
uatiues qui refiftent par en-
femble dans le lujet , dans le¬
quel elles ne peuuétfubiîfler
enfemble. Etpar l’efpace C,
T, B,C, on demande,! çauoir
il la luftice Sc laPrudence ont
vne grande dijfferen ce &con-
cordance:?àquoy il faut ref¬
pondre affirmatiuement , au-
.trement elles ne cauferoienc
pas de grands ades par de
grands mérités. Etondemâ-
de confequemment, ce que
S
3i8 Le petit Oeuure
cciï de la grande différence
S>c concordance de laluftice
SC de la prudence ? à quoy il
faut refpôdre, que ce font de
grands relatifs , auec lefquels
elles different &: f’accordent.
Et par l’efpace C, T , B,D, on
demande , feauoir fi dans vne
grande effence il peut y auoir
différence &: contrariété ? à
quoy il faut refpondre affir-
matiuement ( fuppofé que
î’efTence foit compofee com¬
me toute effence ) autrement
telle effence feroit perpétuel¬
le ; Mais dâs vne eÔence fîm-
ple , il faut refpondre negati-
uément. Partant, 8cc. Et dans
refpace C , T , C , D, on de¬
mande ce que c’eft que cette
grande contrariété là ? fup¬
pofé que dâs vae ejOTence fim-
Cahaliflîqî^e, 319
pie il y ayc concordance &:
contrariété ? à quoy il faut
refpondre, que telle efTence
eftimpo/Tible. Et on deman¬
de dequoy font la grande cô-
cordâcc &: côtrarieté?à quoy
il faut refpondre par la pre¬
mière efpece de la réglé D,
qu elles font de foy-mefme.
Autrement pardefTus la gran¬
deur ne precederoic aucun
effre: Ce qui efl manifclle^
ment faux. Et par refpace
D , T 5 B , C , on demande,
fçayoii fi dans l’Eternité il y a
des différences &:des concor¬
dances? à quoy il faut refpon¬
dre affirmatiuement , autre¬
ment la bonté ne feroit pas
dans feternel : la raifon , que
l’Eternel faffe vn bié eterneli
&: rEternité fans la concor-
530 Le petit Oeuure
dance -aiiroit auec quoy elle
feroit efloignée delà contra¬
riété de royfiueté: ce qui
eftimpolTible. Et on deman¬
de dequoy font la différence
&: la concordance qui font
dans l’Eternité? à quoy il faut
refpondre, qu’elles font de
leurs correlâtifseffentielsjpar
la première &: la fécondé ef-
pece de laregleD. Qtfejft-ce
que la différence Scia concor¬
dance dans l’Eternité? à quoy
il faut refpondre , que ce font
l’Eternité mefme. Etpari’ef-
pace D, T,B, D, on demade,
fçauoir fi dans l’Eternité la
différence Se la contrariété
peuuent eûre enfemble ? à
quoy il faut refpondre nega»
tiuement , autrement l’Eter¬
nité feroit compofeedeplu-
Ca^aliflicjue. 331
fleurs eflences contraires , 3c
pari confequent feroit corru¬
ptible j ce qui efl rnanifefte-
menc faux. Et fi on demande
fpuoir fl le Ciel eft compofc
deplufieurs effenees contrai¬
res, &c to.utesfois fa durée efl
eternelle? à quoy il faut rcf-
pondre negatiuement, autre¬
ment le Ciel feroit compofc
d'iiabitudes pofitiues 3c priua
tiues, ce qui efl impofTibie.Ec
par l’efpace D , T , C , D , on
demande dequoy eft la duré e
Angelique(fuppofé que dans
fon effence il y ayc concor¬
dance Sc contrariété? à quoy
il faut refpondre negatiue¬
ment, autremét l’efTence An¬
gélique feroit de fes contrai¬
res, ce qui eft impoffible. Et
lion deraâde ce que c eft que
q lij
3J2, Lepcîiî Oeuure
la durée AngeÜqiie? à quoy
il faut refpondre, qu’elle eft
de la côcordance, qui elt très
ciloignée de toute contrarié¬
té. Et par le dernier efpace
T,BjC,D , de cette première
colonne^on demade , fçauoir
fi la différence peut eftre le fu-
jet delà concordance & de la
contrariété ^ à quoy il faut
refpondre negatiuemenr, au¬
trement la concordance fe
porteroit au non eftre, 6c la
contrariété à 1 eftre, ce qui efl
manifeftement faux. Et on
demande ce que c’eft que la
différence dans la concordâ-
ce, 8c dans la contrariété > a
quoy il faur refpondre, que la
différence dans la concordâ-
ce eff vn principe pofitif, 8c
dans la côtrarieté eff vnprin-
Cahaliflique. 335
cipe priuatif. Et fi on deman¬
de dequoy dure la différence?
il faut refpondre qu’elle dure
par les corrélatifs , concor¬
dants , par vne effence efloi-
gnée de toutes contrarietez.
Et comme nous auons dôné
exemple de tous les efpaces
de la première colonne : ainfi
entends que nous en auons
donné de tous les autres efpa-
ces des colonnes de la Table
vniuerfelle de quatre vingts-
quatre colônes, à leurs mode,
fiiiuât toutes les figures. Par¬
tant, Sec. Et il faut remarquer
que cette Table comprend
toutes les chofes qui font im¬
pliquées dans toutes les qua¬
tre figures.
5'H petit Oeuure
Des Qjieflians, Des neuf
Sujets , qui font Us par^
tics dufujet delà Science-
de fabaU : La quatrié*
nie partie.
C H A P. V I.
DV P remier fujet fignifié
par le B, &:ceft Dieu
Hieinie : On demande *pre-
mieremeni;^, fçauoir s’il eft ? à
quoy il faut refpôdre aiKrma-
tiuement,autremêtrien nefe-
roic.Côfequémentjon demâ-
de s il eft neceffaire que Dieu
fbk ? à quoy il faut refpondre
affirmatiuement , autrement,
îien ne feroit necelTaire : Et if
Cahali/ri(jue* 335
on demande ce que c’eft que
Dieu ? à quoy il faut refpon-
dte que Dieu efl: vn eftre : qui
n’a befoin de rien hors de
foy J mais tous les eftants ont
befoin de luy ; l’eftre du¬
quel eil tres-bon 5c infiny:
autrement dans Dieu ne fe-
roiét pas toutes les perfefliôs '
au dernier poinct. Et ainfile
füuuerainement bien , nefe-
roic pas fouuerainement par^
fiiifl. Erondemandy auffi ce^'
que Dieu ajen foy elfentit-île-
ment?àquoy il faut refpon-
dre par la fécondé efpecede
la réglé C, qu’il ala bonté , ia^
grandeurj^: la duree/anslef-
quels, il ne peiit'eftre immen-
fe & infiny par deffüs tou¬
te entité aiiecXes dignitc 2. Et -
fi on deinandepar la croilié^
q V _
33^ Le petit Oemire
meefpece delà règle C, ce
que Dieu ell en aiuruy ? à
quoy il faut refpondre , qu’il
dl en toute chofe créé ^ le
créant : en tous les aétes le
créant. Et fi on demande par
la quatrième cfpecede la ré¬
glé C , ce que Dieu ell auec
autruy ?, à quoy il Eiut ref-
pondre qu’il ell auec toute
chofe creéjOLi auec le monde^
pieux, humble, inifericor-
dieux,puinànt,iulle, Sc plein,
de grâce. Dont la quidité elf
laDeite mefme.
Du fécond fuj et on deman¬
de fçauoir fi l’Ange ed ? à.
quoy il faut refpondre adir-
matiuement, autrement le
plus femblable à Dieu , nefe
rencontreroit pas dans lana-
eurent ainfi k moins fc rea-
(^ahaliflique. 337
eotreroit,& leplusne feren-
Gontreroit pas , ce qui ell im~
pofTible : Qui eft parce _quc
iivn des relatifs fe rencon¬
tre dans la nature , il cft ex¬
pédient necelTairement , que
l’autre s’y rencontre : veu
donc que le moins lembla-
bleàDieufe rencontre dans
la nature , il faut que le plus
femblables’y rencontre : car
riiomme eft le moins femblà-
ble à Dieu , l’Ange le plus.
Il s’enfuit, que fl l’homme efl*,
que r Ango foit auffi dans la-
nature. La fécondé raifon
eïl , que fi dans la nature fe
rencontre vn compofé de
parties intelleduelles ôc fen-
fucllesâleft‘expf:dient necef“
fairement ? qu’i'^y ait compof
14 d’inteÛeftuei , ^ d’inceiiqf
53 8- Le petit Oeuure
£tuel dans la nature : Mais tel
autre fujet ne peut.eftre que
l’Ange , don cl Ange eft dan s
îâ nature. La troiliéme rai-
fon eil , qué.li. la nature An¬
gélique n’ciioit J alors Tef-
chelie de la différence & de la.
concordance , feroit vuide:
mais cela eft impo/Tible 5
donc il eil iinpoffibie que la
nature Angélique ne foit:Et
fl on demande .confequcm-
inent , ce.quec’eft qiie l’An¬
ge ? à quoy il faut refpondre:
que c’eff vne naturcinteller
Quelle J à laquelle il eff pro¬
pre dé diriger lemouuemenc.
a fa propre fim Et fi on de^
mande de l’Ange, ce qu’il a.
en foy ? àiquoy il faut refpon^
dre qu’il a fes corrélatifs dans
iefquels eff toute fon cifenca
CahaUjlique- 5-3 9
fouftenuè. Ec üon demande
ce que l’Ange elt enaucruy ?
à quoy il faut refpondL'e qu’il
eft bon dans la bonté, &: grad
dans la grandeur, &-egaldans
Tes corrélatifs, â fçauoir dans
l’Angelificatif 3 l’Angeiifia-
ble , &: r Angelifier. Et fi on
demande ce qu’à l’Ange auec
aiuruy j illuy faut refpondre,
qu’il a auec la bonté , le boni¬
fier meu,&: auec la giâdeurle
magnifier, 6e auec la concor-
dace,le concorder meuauec
fa fin : Etfi on demande, de-
uoy eft TAngeî à quoy il faut
refpondre par la première
efpece de la réglé D, qu’il eft'
de l’vnité de fon eftence , qui
n’eft ny pon61:uelle,ny lineaE
lé.Etfiondômadedequoyeft:
l’An ge î à quôy il fau t r efpo-
34 0 ^ ^ petit 0 éuuYè
dre qu’il eft de fa nâcure po:^
tentielle&: aduelle/ouftenue
parfes corrélatifs, fans lef-
quels elle ne pourroit eftre,
Htli on demande, à quieft
l’Ange, il faut refpondre qu’il
cil à Dieu.Et que cecy fuiîife
de l’Ange, dont la quidité eft
i’Angeleité. Partant , &c. Du
troifiéme fujet , qui eft le
Ciel , lignifié par D, on de¬
mande premieremêt , Tçauoir
{lie Ciel ell ? à quoy il fauB
refpondre affirmatkiement,
autrement ny auroit aucune
eftoille, ny conflellations.Ec
fl on damande ce que c’efb
que le Ciel ? à quoy il faut ref.
pondre par la première efpe-
cede la réglé G, que c’eft vn©
nature corporelle, tres-Em-
pie > le propre^de laquqjle efl^
Cahalifii(^uel 54/
de tranfpoiter 1 eftoille à Xon
îieu,Oübien la tranrporcerà
faficuation , ou bien le Ciel
eftvn corps fpherique, qui fe
meut auecleftoille par diuers
mouueinencs circulaires. Et û
on demande ce qu’à en foy le
Ciel ? à qu^„y il faut refpon-
drepar la fécondé efpece de
la réglé C, qu’iljala première
bonté corporelle , Sc la pre¬
mière grandeur corporelle :
la duree. Et Eon demande
ce qu’eft le^ Cielauec , ou en
autruy? à quoy il faut refpon-
dre que dans les elementSjil
eft elementatif 5 aomme dans
les éléments , il a vne grande
aétiuitéScmotiuité. Et E on
demande par la quatrième ef¬
pece de la réglé C , ce que le
Le petit Oeuurc'.
faut rerpondreque le Ciel a
auecle mouuement 3 de faire
IetempS36£ auec luy’j d’ef-
chauffer J auec la chaleur,
defeparer , Si auec le froid,
d’vnir Si d’allemblcr.Et fi on
demande dequoy eft le Ciel r
Hc ilfaut refpüdic parla pre¬
mière efpece de la régie D,
quhl eft de fa corporalité na¬
turelle Sefimple.Er fi on de¬
mande dequoy eft le Ciel î cc
il faut refpondre par la fécon¬
dé efpece de la règle D , qu’il
eft de fes corrélatifs eflen-
tîels , à fçauoir ^du celilicatifi
celifiable,&; Gélifier. (Et fi on
demande à qui eft le Ciel ?] à
quoy il faut refpondre qu’ii
eft à la nature intelleftuellej
8c que cecy fufftfe du Ciel,
dont la quidicé eft la celcité*^
[ahaliflique. 3^ j
Le quatrième fujetfîgnifiG
par E,&: c’eft l’homme , à rah
fon dequoy on demande^fca-
uoir fl l'homme peut auoir
vne plus grande cognoilTan-
ce de Dieu , par la dodrinc'
diuifiue, quepar lacompofi-
riue ? à quhy'il faut refpondre
que par la compohtiueûl en a
vne plus grande cognoillan-
ce , que par la diuihue : Parce
queDieu n eh pas parles cho.
fes , fans lefquelles il eft, rnais
par les chofes , fans lef¬
quelles il ne peur eftre. Ec
on demande aulTi ce que
e’eft que l’homme ? à quoy
il faut refpondre que c’elt
le raifonnable: difcurfible,
donc le propre eft d’admirer.
Et h on demande ce qu’à
l’homme en foy? à quoy il
544 Le petit Oeuure
faut refpondrecju’il a la par-
faiie bonté du mixte , Sch
grandeur la duree , &:la
puiiTance > fans lefquelsjriiô-
menefcroitpas. Et fi on de¬
mande ce qu'eft l’homme en
autruy? à quoy il faut refpon.
dre qu’il eftdansvne habiru-
de fenfitiue fenfant, Scdans
vne intellediue intelligent,
Sc dans vnevolitiue voulant,
félon fa double nature , à fça-
uoir intelle'^'’f^lle6i animale.
Etfî on demande qu’a
1 homme auec autruy .<^a quoy
il faut refpondre qu ri a auec
fon fens , le fentir,&: auec fon
entendement, l’entendre, 3c
auec le generatif d’engendrer
fon fen^blable en efpece. Et fi
on demande dequoy eft l’hô-
me î a quoy il faut , refpondre
Cahàli^ique, 3 4/
qu’il eft du meflangc tempe-
ré , ou dVn temperamenc
prochain. Et fi derechef on
demande dequoy eft l’hom-
me a quoy il faut refppn-
pre qu’ifcft de fes corrélatifs,
fans iefquels il n’auroit point
d’cftre , qui font l’homeifica-
tif, riiomeifiable , &: Ihomei-
ftcr. Etfton demande a qui
eft l’homme? a quoy il faut
refpondre qu’il eft à Dieu.
Et que cecy de l’hom¬
me, dont la quidité eft l’ho-
meité.
Du cinquiefme fujet dot les
paftions font confiderées en
cette fcience , c’eft l’imagina¬
tif ou rimaginatiue j à raifon
dequoy on demande premiè¬
rement, fçauoir fl elle eft? à
quoy il faut refpondre affir-
54^ Le petit Oeuure
matiuemeni:, autrement J’ani¬
mai fe mouueroit caufalernêt
en. cognoiflance de caufe , ou
feroitTans mouiiement : Car
l’irnaginatiue dans lame cO:
vneftant le premier moimât.
Et fi on demande ce que c’cfl
que rimaginatiue ? à quoy il
faut refpondre, que c’cfl la
ptiifTance de l’amcj dont le
propre eft de repreiencer
à la vertu cogitatiuc , les
efpeces fenfees ou infufes par
vne autre vertu. Et fi onde-'
mande ce qu’a en foy l’imagi-
natiue > à quoy il faut refpon¬
dre, qu’elle a la bonté de l’i¬
magination, la grandeur, la
durée, la puifTance de la repre-
fentation des pliâtofmes des
chofes cognoifTableSjfans lef*
«quelles elle n aurait, aucun-.
CahaliPiqtie. 347
€ftre. Ec fl on demande ce
que rimaginatiue eft en au-
truy ? à quoy il faut refpôdre
qu’elle eft dâs l’animal le pre¬
mier fujet monuât , qui meut
l’animal par vn mouuement
volontaire ' èt co d’autant
qu’elle reprefente la reffem-
blance de la chofe priuée ou
abfente , à laquelle en confe-
quence de ce , la vertu volon¬
taire fe rend fouple&c obeif-
fante. Et fi on demande ce
que l’imaginatiue a auec au-
truy ? à quoy il faut refpôdre
que auec l’efprit ôt la chaleur
naturelle, ellea d’abftraireles
efpeces fenfees par les fens
particuliers ,aufquels lafigu-
re du Pentagone eft propor¬
tionnée &: fert. Et fl on de¬
mande dequoy eft 1 imagina;;;;
54 s "Le pet h Oeuure
tiue ? à quoy il faut refpondre
quelle eft de lame. Et fi on
demande dequoy elle efl:? il
faut refpondre qu’elle eft de
fes corrélatifs, à fçauoir défi-
maginatif , fimaginable, Sc
l’imaginer, fans lefquels elle
n’a point d’eftre. Etfîon de-
mâde a qui eft l’imaginatiue ?
à quoy il faut refpôdre qu el¬
le eft à l’animal, &: que cecy
fuffife du cinquiefmefujet, li¬
gnifié par F.
Le fixiefme fujet fignifié
p^'ii'G , elt le fenfitif ou la'
fenfitiue , touchant laquelle
on demande premièrement,
fi la fenfitiue eft ? à quoy il
faut refpondre àfiirmatiue-
ment, autrement n’y auroit
aucun animal. Etfiondemâ-
de ce que c’eft que le fenfitif
CahAliflique. 349
oulafeaiitmc ? àquoy il faut
refpondre, que c’eft la puif-
fanee de lame , a raiion de la¬
quelle lame côprendlefujet
bien ou malfenfé, caufé par
les fens particuliers. Et fi on
demande ce qu a en foy la
fenütiue ? à quoy il faut ref¬
pondre, quelle a la bonté du
fens conimun, la grandeur, k
durée, la puiflance, rinftind,
Tappetit, &:c. lequel fcns cô-
mun fe comporte à l’endroit
des fens particuliers , comme
le centre à l’efgard de^fa cir-
conferance, comme dâs cette
Figure.
3/0 Le petit Oeuî^re
De iaqueile figure on traU
£teen fon lieu,àfçauoir dans
ie Traidé des Figures , dâs le
quel on monftre, qu elle fe
comporte comme la moitié
'du diamètre d’vn cerclejdont
la circonférence eft diuifee
en fix parties ôcc. Déplus , il
faut rechercher ce que lafem
litiuea auec autruy , ou ce
qu’elle efl en autruy ? a quoy
il faut refpondre que dansl’a-
nimah céftle premier prin¬
cipe de fentir &;[de mouuoir,
fusant la ïituation. Et fi on
démande ce qu’elle a auec
autruy ? a quoy il faut refpon¬
dre quelle à auec l’œil , de
voir les couleurs , &c auéc les
oreilles , d’entendre les voix,
&c auec la langue, de goufler
les faueurs , èc auec les nari¬
nes.
Cahaliflique,
’nes de flairer les odeurs , &:
auec les nerfs de toucher les
premières qualitez. Et fi on
demande dequoy efllafenlî-
tiue ? ilfautrefpôdre , qu elle
eflde la vegetatiue, comme
de fa propre matière. Et fi on
demande dequoy elle efl: ? à
quoy il faut refpôdre, qu’elle
efl: de fes correlatifs/flgnifiez
par la fécondé efpece de la ré¬
glé C J fans lefquels elle ne
peut eflrcj ny adiuement, ny
pajfliuemeRt : lefquels relatif
font lefenfitif , le fenfible ,
le fenrir. Et fl on demande à
qui efl: la fenfltiiie î à quoy il
faut refpondre , qu’elle efl: à
ranimai ; Et que cecyfufli.
fe de la fenfltiue à caufe de la
briefueté; dontla quiditéefl:
îafenfleïtç ou fenflbilité, ou
r
35t Lepetit Ocuure
fenrualité.
Du feptiéme fujet , qui efl: fi-
gnifié par la lettre H 3 il faut
demander premieremêt, fya-
uoir fl le végétatif ou la vege-
tatiueeft ? à quoy il faut ref-
pondre afErmatiuement , au¬
trement n’y auroit aucune
plante. Et fi on demande ce
que c’elt que la vegetatiue ? à
quoy il faut refpondre , que
c’eft la puilTance de l’ame , à
raifon de laquelle l’ame cha-
ge le corps de non animé en
animé, & châge le mixte d’v-
ne efpece , à l’eftre mixte d’v-
ne autre efpece: comme il pa-
roill dans la nourritureXhan-
gée dans la fubftâce du nour-
ry fuiuantrvniuocation. Et
fi on demande ce qu’a en foy
la vegetatiue? à quoy il faut
(aha.U(îî(Jjiie. 3}^
refpôdre,qu’ciie a laprcmieic
bonté (le vegeter , la grâdeur,
ia durée, la puilTance, Tinflinc
en végétant Je premier , fans
lerqiiellés elle ne pourroit
eftre. Et fi on demacie ce que
la vegetatiueeftenautmy ? à
quoy il faut refpondre, qu’el¬
le eft dans le mixte le premier
principe de ia génération &:
du changement de l’aliment
en la fubftancedu nourry. Et
h on demande ce que la vege-
taciue aauec autruy ? à quoy
il faut refpôdre, quelle a auec
ia chaleur naturelle d’attirer
premièrement la nourriture,
îecondement de retenir, tier-
cernent de digerer, de nourrir
&. d’accroiftre. Et 1- on demâ-
de deqnoy elf la végétât iue î
à quoy il faut refpôdre qu’elle
354 Le petit Oeuure
eft de J’ame , comme de fon
propre fondeméc &c matière^
car la vegetatiue fe comporte
à Tame , comme la forme à la
matière : car c’eft comme la
perfection de famé , à raifon
dequoy l’amevegete le végé¬
té. Et fl on demande dequoy
eft la vegetatiue ? à quoy ii
faut refpondre qu’elle eft de
fes corrélatifs eifentiels , fans
lefquels elle ne peut eftrejà
f^auoir du végétât, du végété
3c du vegeter. Et fton demâ-
de a qui eft la vegetatiue ? à
quoy il faut refpondre qu elle
eft au corps viuant : que ce-
eyfufEfe delavegetatiue,d5r
ia quidité eft la vegeceicé.
OrlehuiCtieme fujet lignifié
par I, c’eft felementatif ou
lélementatiue, touchant la-
^ahalilîtcjue, 355
quelle on demande première¬
ment fl elle eft ? à quoy il faut
refp ondre affirmât iuementa
autrement il n y aiiroit aucun
mixte des éléments, à fçauoir
du feu, deTair, de l’eau , Sc de-’
la terre. Et fi on demande cq
que c’eft que l’elementatiue?
à quoy il faut refp on dre , que
c’eft la perfection de la forme
fubftâtiellè du mixte,àraifoii
dequoy les éléments font das
le mixte fousvn degré raualé,
félon toutes leurs formes. Et
fi on demande ce que l’eîemê-
tatiue a en foy ? à quoy il faut
refpôdre,qu’elle a la première
bonté du meflâge,la gradeur,
la durée, la puiftance,l’inftint,
iappetit , la vertu, la vérité
la gloire première du mefla-
ge,fans lefquelles elle ne peut
55^ Le petit Oeuure
dire. En E on demande ce
(^u eft l’élementatiue en au¬
rai y ? à quoy il faut refpôdre,
qu’elle eft dans relexnentélc
premier principe, de côferuer
les éléments dans le mixte. Et
E on demande ce qu’elle a en
autruydlfautrefpôdre qu’el¬
le a auec le mixte le moyen
en effeff de terminer la quan¬
tité au delTous de fes limites,
le mouuement de la quan¬
tité. Etfiondemadedequoy
efl l’elementatiuc? à quoy ri
faut refpondre, quelle eft de
la compoEtion naturelle de
forme de matière , comme
de fa matière dont elle elUa
perfeétion. Et E relemétatiue
Il eEoit point , les elemêcs ne
demeureroient pas dans le
mixte rabaiffésSi dans vu de^
Cahaliflicjue. 35/
gré raiiallé ; 3c par ainfi n y
auroit aucun côpofé des qua¬
tre éléments. Et fion demade
dequoy eft relementatiue î à
quoy il faut refpôdre qu elle
elf de Tes corrélatifs , fans lef-
quels elle ne peut eftre j à fça-
noir de l’elementantj de 1 ele**
mente, SC de relementer,aueG
lefquels elle a l eftre agilTante
Sc conleruate. Et fton dema-
de a qui elle eft ? à quoy il faut
refpondre, qu’elle eft à l eftât
naturel. Et que cecy fuftife de
l’elementatiue , dont la qui-
dité eft l’elementeite. Orle-
lementeïté eft fade de la per-
fedion de l’ elem et é , a raifon
dequoy lelementé nefait que
felementé.
Le neufiefme fujet fignifie
parlalettreK,eftlmftrumé;.
r m
55^ Le petit Ouure
utif ou i'inftrumêtatiue, tou:*
ehant laquelle, on demande
premierement^, fçauoir fi elle
eft.^àquoy il faut refpondre
affirmatiuemér, aiitremêt n’y
auroit aucun eliant moral ny
artificiel, mais toutes chofes
feroiêt vicieufes Sc mauuaifes
Et fi on demande ce que c’eft
que Imfirumentatif, oLirin-
iî^rumenratiue ? à quoy il faut
refpondre que c eft vne habi¬
tude vertueufe de rame,à rai-
fon dequoy l’animal opéré
les chofes naturelles félon la
nature , &: les chofes artifi¬
cielles fuiuant lartifice. Et fi
on demande ce qu’elle a en
foy ? à quoy il faut refpon¬
dre qu ellea toutes les vertus.
moiales,a fçauoir la iufiice,Ia,
prudence, U tempérance, la
35^
force, la füv , refpcrance, la
charitéjla patience , Sc la pie¬
té : 6c les autres vertus mora¬
les communes , qui fe peuuet
réduire aux quatre Cardina¬
les, par tous les principes Sc
les réglés de cette tres-noble
fapiencede Cabale. Et fi on
demande ce que l’inftrumen-
latiue eft en àutruy ? il faut
refpôdre qu’elle eft dasTame
le premierprincipe de toutes
les operations morales SC ar¬
tificielles; Et fi on dèniade ce
qu’elle eft auec aiitruy ? il faut
refpondre qu’auec la iuftice,
elle donne à vn chacun foii
eftreiôe auec la prudence, dô-
nevne prudente interpréta¬
tion de la fainéte Erctiture,8c
vne vraye ■ analogie fuiuant
ks réglés, Scies premiers pria
3^0 Le petit Oeuptre
cipes dü cette fapience.. Et ü'
on demande dequoy ell liiv.
Jdrumentatiue ? & il faut ref-
pondi-e qu’elked; d’vnchabl.
tu.de morale, de lame. Et lî.on
demande dequoy. elle eflî II
Elut refpondre qu elle eil de
fes corrélatifs intrinfeques ,
sas leiquels elle n’a point d’e-
fnXj a fçau o i r d e . I i n fr ru m en-
tatif, del ’inilrumentable 3 3c
de linftrLmienrer-Etfi on de¬
mande a qui elle eft î. &il faut
refpondre quelle eft. à l’ani¬
mal parfait. Et que cecyfufE»
fedcfinftrumentatiue, donc
la quiditeeflirinlfrumérieité.
Et bien que tout fuj et foie de-
duifible^ ôefe doiue déduire
par toutes les efpeces des rè¬
gles : toutes - fois à'. caufe.de
briefuecé , noiisdaiffons.; les
[ahalifiique. 3^1
autres exépks qui fe dcuoiec
dônerôi exemplifier par cou-
ces les réglés, depuis la règle
DjCy-delTus : &; nous auons
faic cecy principalement, par
ce que dans le Chapitre des
réglés implicitement, il en a
elle traidté pleinement. Part,
S<c. ©r que refprit de chaf-
que Eftudiant fe refionïfie de
mon Dirconrs,sfil efi capable
de cette fapien ce ; s’il n en eft
pas capable > de nece/Ticé,!!-
senattrifiera. Carperfonne
ne peut eftre difpofé à cecy,
s’ilneftd’vn tres-bon fu-
blime erprit : Car aucun fujet-^
receu , nefe reçoit finon qu’a
niefureôcproportion du ré¬
cipient, dont- lefigne efi: la
perfe6li0n de la Philo fophie^
dc-Platô enluy,[qui efi: parce-
r Vj,:
3 Le petit Oemre
que on la Pliilofophie de Plà^
ron linill:, là commence la^
Cabale delà Sapience.
Des CDfJIions dès êluidites'
des cent Formes ^ Par^
tie cinquième,
C h A P. VIÎ.
T- Es queftlôs des Quidites
des cent Formes, fefonc
en autant de façôs , ou fe pcu-
uent faire en autant de façôs
que chaque forme eil diuerfe
des neufs fujets,qui efl, parce
quelefTence eftvne,envne
façon en Dieu formeilemét:
Se en vne autre façon vne,dàs
rAnge,&:envne autre façon
dans le Ciel J ôd:en vne autre
façon yne, dans 1 homme 8c
Qibalf(îlcfue.
en vne autre façon vne , dans
l’imaginatif, ou l’imaginati-
ue,&:: en vne autre façon vne,
danslefenfitif, ou lafenfiti-
'üe,&: en vne autre façon vnea
dans le végétatif , ou la vege-
tatiuc:&: en vne autre façon
vne, dans relementatif,ou le-
iementatiue en vne autre
façon vne , dans l’inllrumen-
tatif,ou l’inftrunrentatiue, SC
en vne autre façon vne, dans
la modalitc’de telle forte que
ces dix vnitez , font diftin-
guees formellement l’vne de
l’autre: bien que dansTefren-
ce de rvnité,chaque foie vnej
car comme quand nn demâ-
de de Tvnité fimplemenc , &c
abfolument : fçauoir ficeft le
premier principe de toutes
ks chofes, Sc de toutes les au¬
tres vnitez ? il faut xerponj
‘f(^4 Le ^ et h Oenure
dre affirmatiuement, autre¬
ment Dieu ne feroitpasrny
le nombre , ny aucune chofe.
Et 11 on demande ce que c’eiè
que Tvnité fimplement : & i4
faut refpondre que ceftlef-
fence d vn premier principe>
qui exideparfoy, lequel pre¬
mier principe,c.xiflât parfoy,
nepeut eftrejautre que celuy,
qui s appelle Dieu; lequel pre¬
mier prindpem’eft que TeEre
diuin ; Confequcnienr,à cam
ft dequoy.dl.faut rechercher
de fa formalité, ou quidiré,oti
abhraiél-, qui n eft que l'efTen-*
ce de Dieu: d’où cette elTen-
ce -là, ehprimitiue à toutes
les autres eflences, & fembla^
blement , fa. bonté , fa gran^
deur/a duree: ce qui nelfpas
de mefmédc l’effenceAnge-
lique, ny dela-cdeh:e-,ny.de:
CahaliBique. 3^5
rhumainc. Et par ainli la dif¬
férence , encre l’eflence dl-
iiine ôcrefTencedes créatures
eft manifefte. Secondement,
on demadefireilre 6c l’efTem
ce feconuertiiTenc. A quoy il
faut refpondre queoüy, dans
quelque fujet, &c non dans
aucun autre. La première par¬
tie fe monftre, parce qu’autre-
ment,rien neferoit conuerti-
ble egalement auec dautre:
ce qui eft impolTible .La feco-
de partie eft claire., parce que
fl feftre 8c reirence,ou l’eftat,
. 8c l’entité , fe conuertiftoient
dans tous, fujets; à lors rien
ne feroit par participation,
mais toutes choies feroient
autres par eftence, 8c. par ainli
il ny auroit point de.premier
fouuerainement. bon , .8c de
premier fouaeraineiuét eftrcâ
jé’è Le petit Oeuure
& par ainfi, ny de dernier , Sc'
en cette forte , rien ne feroit,
cequiell contre lefens. Et
femblablemenr, on demande
fçauoir fiIVn , SclVnitéjle
fîmple, &:la fimplicieité, ou
fimplicité,rindiuifible,&: l’in-
diuifîbilieitéjOu indiuifibilité
egalement fe conuertilTenc,
Aquoyilfaut refpondre que
oüy 5 dans quelque fujet ,&
dans quelque non, La pre¬
mière partie ejft manifefte, par
ce que fi ceLan’efloir, rien ne
feroit vnparefTence , ôc par
ainfîriennefe rencontrcroit
danslanatureeftre , lemef-
me, le côcret, &: labflraitrqui
eft,parcequefidâs la naturca
il fe rencontre vn concret di-
flrinaparraifon de Ton ab-
flraid : alors il efl neGefraire3
qu’il fe rencontre vn autre
Cahaliflique.
concret > qui Toit le mefme
auec fon abftraid, fuuiant l’e-
ftre &c raifon. La fécondé par^
tie eft manifefte , parce qu'au-
trement il n’y auroij: rien qui
fut diilin£l de fon Jibftraifb.
Et femblablement il faut di¬
re de i’vnité diuine , qui eft
l’abftrait de l’vn diuin,leqijel
vn diuin, eft le melmeauec.
fonvnicé : lequel vn diuin
n eft pas eftre rien, le vr ay , Sc
le b on, par vne vérité infiniej
par vne vnité infinie , par
vne bôté infinie , defquels eft
conftituévn vray,vn eftre in-
finy,ôctourpuiuant , lequel
eftre eft compris auec vn bon
Ôç vray par enfemble,cornme
en cette figure, de laquelle fi¬
gure, il a efté dit ouuertemét
dans le Liure des figures , au¬
quel on fe rapporte =
s 68 Le petit Oeuure
Il faut derechef chercher,
fçauoir s'il côuientàia diuine
vnitc , vn vnir infiny ? à quoy
il faut refpori dre affirmatiue-
xnent, autremctia diuine vni-
téferoïc finie: ôc confequem-
ment fa bonté, fa grandeur, fa
puiirance,fa duree,fa fapiéce,
&c. ôefes autres attributs, &;
dignitez,feroientliees,&nô
libres,&elleseuirentefiéoy-
feufes dâs l’eternué,ce qui efl
impofiible: Confequément,
on demâde fi a l’vnité Angé¬
lique, conuientvair? à quor
il faut relpondre aifinnatiue-
«ient,c6<lidonnellemêt,tou-
tesfoisjcai: vn Ange fi il vnill,
alors il vnift vn parler mora-
lement , vn entendre, vn ay-
mer,vn.ramcceuoir,&: nôpas
vn Ange,vn Ciel,vn homme
Sc femblables 5ec.mais leCiei
Calaliftique,
fuiuant fon vrîité , eft la caufe
efficiente desvnicez de fes in-
ferieursdlne peut pas toutes-
fois vnir felô la première vni-
té : mais par la continuité du
mouuemét:Et femblableméc
vn home auec Ton vnité, peut
Vnir vn autre homme en l’en¬
gendrant. Et ainfi des autres
vnitez, faut-il dire , qui font
appropriées aux autres fujets.
Et fl on demande fl Dieu eft
vne tres-fimple nature , ou
vneftre tres-fimpleîilfautref*
pondre affirmatiucment , au-
treméc) n’y auroit aucune bô-
té tres-fimple, grandeur très-
fimple, duree, &: ainfi des au¬
tres , ce qui eft impoffible.Ec
fionditjdonc en Dieu , n’ya
aucune pluralité ? Il faut ref-
pondre qu’il eft vray en con-
liderât fon effence tres-pure>,
57 O I-Ê* petit Oeuure
mais en conliderant fes 'cor¬
rélatifs intrinfeques eifen-
tiels, alors ileft faux, quieiir
parce que fi en Dieu n’y auoit
ie bonificatif , qui eil le mef-
me quele Pere 3 ^ le bonifié,
qui efi: le mcfme que leFiis,&:
h boniiîcarion,qui eft le inef
me queleS.Efprir^alorsDiett
neferoitpas bonj &fembla-
blement &; tellement. Il faut
refpondreen concédant, que
^ns Dieu n’y a aucune plura¬
lité en confiderât foneffence
totale trcs-pure:mais en con^
liderant fes corrélatifs effen-
riels dénotez fous vn autre
nommons disôs qu’il eûfaux;
voire das Dieu il y a pluralité
deperfonnes, comme il y a
pluralité de corrélatifs effen-
tiels , qui font le deitatif, le
deite, &; la deirarion, qui font
Cabalijliciue, 371
formellement diftinguez, en¬
core que ce foie le mefme dâs
vne très fimple natLire:partât
êcc. Or de la pluralité Angé¬
lique il n’en eft pas ainfi, parce
<jue c’eft vne autre nature di-
itinde de la nature diuine ou
de fon e{rence,par côpofition
d’adeSc depuiftance,quifont
deux vnitez , qui caufent le
premier nôbre, qui eft le nom
bre binaire, comme il aefté
déclaré ailleurs , à fçauoir dâs
leliure ouleTraidé des con¬
ditions des figures &c des no-
bres , lequel liure précédé ce
îiure en ordre. Confequem-
ment on demande , fi l’vnité
répugné à la pluralité? àquoy
il faut rcfpondre affirmatiue-
ment-, autremétroppofition
feroit deftruite dâslesreiatifs*
Coufequément on demande
57i Lt Oeuurel
fçauoir ü la nature eft?â quoy
il faut refpondre affirmariue-
ment, autrement nul eflanc
naturel ne fe rencontreroit
dans la nature. Et ondemâde
f’ily a vnefubftance ? àquoy
il faut refpondre affirmatiue-
ment , autrement n’y auroit
rien qui fouilintles accidents
où fuit fous les accidents, d>c
femblablementnous pouuôs
demader du principe, fçauoir
f’ilelt? à quoy il faut refpôdre
aiîirmatiuement , autrement
n’y auroit aucun principié: &c
femblablement de la caufe,
fçauoir fi elle eft ? à quoy il
faut refpôdre affirmatiuemet
autrement n’y auroit aucun
caufe : de mefme du necelTai-
re, fçauoir fil eft î à quoy il
faut refpôdre affirmatiuemér,
autrement toutes chofes fe-
Cahalifiïque.
f oient contingences , & rien n ar-
riiKroit de neccffité, ce qui eft co¬
tre l’experience. Et fi on demâde
fçauoi.r l’il y a vn indiuifible ? à
quoyilfaut rcEpodre affirmatiue-
nient, autrement faudroit aller à
i’infiny dâs les diuifans &: diuifez,,
ce qui eft inconuenient. Etftoii
demande, fçauoir Eil y avn elemétî
ii faut refpondre affirmatiueraenr,
autremét n’y auroit ny matière ny
forrne,ny confequémét de formé:
par aiRftn’y auroit rien.Eift on
demande ft le mefme eft ou l’iden¬
tité? à quoy il faut refpondre atfir-
matiuement,autremcnt ne fe ren-
côtreroit pas vn en nôbre en tou¬
te la nature, mais toutes chofes fe-
roientcôfufes ^indiftindes. On
demande en outre fçauoir fiilya
vn femblablc ? à quoy il faut ref
pondre affîrmatiuemét , autremét
rien ne feroit vniforme,& par ain-
fi la relation d’cquiparence feroit
deftruide. Et fi on demande fça¬
uoir fi il y avn premier? à quoy il
L'eptn Oeu.Çah.
faut refpondre affifrnatiuementj
autrement ny auroit ny dernier,
ny mitoyen , & par ainfi rien ne
leroit. Et fi on <lemande Içauoirfi
lapuifiance eft ?àquoy ilfaut rcf-
poïKÎre àffirmaiiuement , autre¬
ment rien ne feroit a^ifny pajfïif.
Partant &c. Et comme i’ay donné
des. exemples, par la qucftion de
de la réglé B, de ces formes,ainfi
entends que i’en ay donné des au¬
tres queitions des réglés de TAl-
phabcth vniuerfel, en combinant
^ toutes lé^s réglés auec toutesles
forraesdefqueltes on a défia trai-
cy defiusdansla première par¬
tie du croific'me Traidé , àquoy
charque Labalifte doit recourir
pour laparfaide intelligence des
quiditcs de toutes les cent formes,
îefquelles queftions iay laififé à
'Cau(e de la bricuetéj&c.